Total autorisé à forer au large de la Guyane

… malgré l’absence de débat public

Le groupe Total « vient d’obtenir l’arrêté préfectoral lui permettant de débuter ses explorations dans les eaux territoriales de la Guyane », s’est félicité mardi dans un communiqué la collectivité territoriale de Guyane (CTG).
« L’arrêté a été pris et signifié à Total », a confirmé à l’AFP la direction générale des services de la CTG, fusion depuis décembre 2015 de la région et du département.

… Quelques heures avant ça :

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement

La prochaine PPE devrait marquer une vraie rupture. Sinon, pourquoi le Président de la République, Emmanuel Macron, réunirait-il, ce mercredi 24 octobre, les dirigeants des grandes entreprises et centres de recherche liés à l’énergie, Total, Engie, EDF, Orano, Vinci, EiffageBouygues, Armor, le CNRS, le CEA… Le projet de Programmation pluriannuel de l’énergie (PPE), qui doit fixer d’ici à la fin de l’année par décret, – donc sans passage au Parlement -, la feuille de route énergétique française pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, doit en effet être dévoilée d’ici à fin octobre pour consultation avant signature par le ministre.

FL

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Dernière minute

Quelle est la situation ?

Le préfet de Guyane a signé le 22 octobre dernier l’autorisation de travaux pour 5 forages conformément à la demande de Total EP GF, la filiale du Groupe détentrice du permis Guyane maritime. Cet arrêté préfectoral a été publié au Répertoire des actes administratifs pages 53 à 64, le 24 octobre.

http://www.guyane.gouv.fr/content/download/12909/89545/file/recue

Le délai de recours administratif étant de deux mois pour compter de la parution, Total a annoncé le début des travaux pour fin décembre. Le collectif Stop pétrole offshore Guyane est déterminé à déposer un recours, probablement sommaire dans les jours à venir et complet au plus tard le 23 décembre prochain. Ce qui devrait suspendre le commencement des travaux. Un article de synthèse épinglé sur le blog d’ http://antischistegv.free.fr/ est à paraître.

https://www.facebook.com/Stoppetroleoffshore/

https://twitter.com/stoppetroleguy?lang=fr

Le communiqué de presse des collectifs opposés au gaz de schiste et de couche :

ForagesOffshoreGuyaneMaritimeTotal_CP 181026

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Le préfet de Guyane vient d’autoriser Total à réaliser cinq puits d’exploration pétrolière offshore à quelque deux cents kilomètres des côtes guyanaises. Des associations s’indignent de cette décision, en totale contradiction avec l’Accord de Paris et la loi Hulot pour la sortie des hydrocarbures.

Le préfet de Guyane Fabrice Faure autorise Total, dans un arrêt préfectoral publié mercredi 24 octobre, à mener cinq forages à 200 kilomètres des côtes guyanaises, dans le sud-est d’une concession minière baptisée “Guyane maritime”, un territoire grand comme trois fois les Pyrénées-Atlantiques et chahuté, à certains moments de l’année, par de sérieux courants marins.

Le géant pétrolier français prévoit de creuser d’ici à janvier 2019 un premier puits dénommé « Nasua », du nom d’un petit animal au long nez et à la queue annelée qui habite la forêt guyanaise. Si une poche d’hydrocarbures est révélée, le talus continental pourrait être de nouveau perforé quatre fois d’ici à 2022 afin d’apprécier l’étendue du gisement. Les opérations seront conduites par un navire battant pavillon des îles Marshall (inscrites sur la liste des paradis fiscaux jusqu’en mars 2018), attendu à partir de la mi-décembre sur site.

Ce n’est pas la première fois que des travaux exploratoires, sismiques, sont activés au large de Kourou. En 2011, un consortium industriel avec pour actionnaire majoritaire Shell avait découvert une poche à – 6 000 mètres, dans l’ultraprofond. Mais cet événement avait cédé la place à deux années « blanches » et cinq puits secs qui n’avaient pas confirmé le gisement de « 300 millions de barils de brut », selon l’entreprise pétrolière. À l’époque, c’est la partie sud-est qui avait été forée.

Sept ans plus tard, Total lorgne la zone centrale. « Les études menées entre 2014 et 2015, intégrant toutes les données recueillies, permettent de mettre en évidence un potentiel d’exploration intéressant. L’évaluation de 500 à 1 000 millions de barils, en cas de succès, a été annoncée », reprend le rapport de la commission d’enquête publique publié début octobre et « favorable » à l’industriel.

« Ce projet est en totale contradiction avec l’Accord de Paris, la loi Hulot pour la sortie des hydrocarbures et les prescriptions du groupe d’experts pour le climat (GIEC) qui nous enjoint [sic] à maintenir les énergies fossiles dans le sol pour éviter l’emballement du réchauffement climatique », s’indigne le collectif Stop pétrole offshore Guyane.

L’affaire est d’autant plus problématique qu’il n’y a eu aucun débat public d’envergure. « Montagne d’or », l’autre dossier minier fortement controversé, a mis sous le tapis les enjeux liés à l’exploitation d’hydrocarbures en milieu marin profond. Les services de l’État, Total et les commissaires enquêteurs ont fait le reste : le coût du projet a été tronqué, le pétrolier français ayant exclu des calculs le coût des forages. Ce qui lui a permis de ne pas franchir la barre des 300 millions d’euros à partir de laquelle il est obligatoire d’organiser un débat public,  soulignait l’Autorité environnementale (AE) dans un avis publié le 30 mai 2018.

Pour Guyane nature environnement, l’enquête publique, qui s’est déroulée durant les vacances d’été, a été « expédiée ». Elle a rassemblé 7 183 avis (dont deux favorables), soit une participation « record » pour la Guyane, selon la commission d’enquête publique.

Rémi Girault, président de l’association Guyane nature environnement, s’interroge sur les prévisions de Total en cas de marée noire : « Elles montrent un impact fort à Sainte-Lucie, mais rien en Martinique trente kilomètres plus loin. C’est ce qui a justifié l’absence d’enquête publique et d’information aux Antilles françaises. C’est d’autant plus étonnant quand on sait que les sargasses [des algues toxiques – ndlr] qui atterrissent sur leurs côtes passent au large de la Guyane avant. » En cas de fuite d’hydrocarbures, Total annonce « 20 jours » de délai pour la colmater.

L’Autorité environnementale soulignait également que « la faiblesse de certains volets importants pour appréhender les impacts apparaît ainsi particulièrement préoccupante (toxicité des produits utilisés, impact sur la macrofaune marine notamment du bruit sous-marin, modélisation des conséquences d’une marée noire) ».

Total ne dispose que de peu de temps dans cette affaire. S’il considère que le gisement est rentable, il devra déposer une demande d’autorisation d’exploiter avant le 1er juin 2019. Ainsi, un décret interministériel du 11 octobre 2018 rend désormais « compressible le délai de trois mois lié à l’instruction du programme de travaux de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures ».

Le préfet n’a par ailleurs pas attendu la totalité des avis pour donner son feu vert. Il a ainsi informé, lors du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) du 22 octobre, selon des propos rapportés, que l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) avait un mois pour faire remonter ses remarques…

Le président de la collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre – qui avait soutenu Emmanuel Macron à la présidentielle –, s’est réjoui mardi de l’ouverture des travaux exploratoires et a fait savoir par communiqué de presse qu’un accord-cadre avait été conclu avec le pétrolier pour « dix millions d’euros » dès la publication de l’arrêté préfectoral. Ce fonds équivaut à dix jours de forage en mer et sera versé à la collectivité au profit de la pêche, « des filières d’excellence », de la « création d’entreprises » et pour le « désenclavement » énergétique de l’intérieur par le biais des énergies renouvelables.

Rodolphe Alexandre a aussi appelé de ses vœux la création d’une « filière pétrolière » régionale, pour créer de l’emploi. En la matière, la commission de suivi et de concertation sur le pétrole, instaurée par la préfecture et le conseil régional en 2011, excelle : Céliane Ringuet, ex-chargée de communication de cette commission, est aujourd’hui la responsable régionale des relations extérieures pour Total. Quant à Christian Claudon, ex-chargé de mission économique, il est devenu le directeur du développement du projet « Montagne d’or ».

mediapart