STEP

Le projet d’interconnexion gazière Catalogne/France en sursis ?

Après le forcing opéré depuis plusieurs années par le commissaire européen pour le climat et l’énergie, Miguel Arias Canete, pour faire passer ce projet, celui-ci n’avait pas prévu que le premier ministre Mariano Rajoy serait amené à se retirer de la vie politique ni que le régulateur français confirmerait son désaccord.

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Après le forcing opéré depuis plusieurs années par le commissaire européen pour le climat et l’énergie, Miguel Arias Canete, pour faire passer ce projet, celui-ci n’avait pas prévu que le premier ministre Mariano Rajoy serait amené à se retirer de la vie politique ni que le régulateur français confirmerait son désaccord.

Décryptage

A l’origine, et dans le cadre des projets d’interconnexions gazières européennes, le gigantesque projet Midcat avait été déposé dès 2013 afin de relier le centre de l’Espagne au nord de la France et comprenant plusieurs tronçons de gazoduc à construire, d’autres à réaménager et des stations de compression à installer.

Ce projet, inclus dans la liste des projets d’intérêts communautaires (PCI), avait bon espoir d’avancer rapidement, avec les appuis des lobbies bruxellois et leurs dessous de table, sachant qu’une fois accepté un projet PCI bénéficie de larges subventions de fonds publics européens.

Mais la vie politique n’est pas toujours un long fleuve tranquille et les soutiens officiels de l’Espagne se sont écroulés en ce mois de juin 2018 avec le départ de Mariano Rajoy, victime de ses corruptions, allié politique depuis toujours de M. A. Canete. Le nouveau gouvernement espagnol n’est probablement pas un militant de l’abandon des fossiles, mais il ne serait cependant pas sans lui déplaire de pouvoir contrer son prédécesseur sur ce projet.

Côté français, l’enthousiasme ne s’est pas vraiment manifesté non plus depuis le départ de F. Hollande qui, de bonne grâce, avait signé la « Déclaration de Madrid » en 2015, quelques mois avant de signer l’Accord de Paris – une contradiction de plus notons-le – où était noté l’intérêt de « réaliser une évaluation active pour le projet MidCat », interconnexion gazière entre les trois pays France, Espagne et Portugal.

Mais cet avis n’était pas celui du régulateur français – CRE commission de Régulation de l’Energie, qui vient de le confirmer : « …. Face au coût de Midcat, 2 milliards d’euros, les opérateurs français -Téréga – et espagnol – Enagas) ont présenté un projet plus modeste, STEP (estimé à 290 millions d’euros pour la partie française – nddl), ….projet dont les coûts excèdent ses bénéfices présumés selon une étude menée par la commission européenne (cabinet Poyiri) ….. bénéfices qui seraient localisés exclusivement dans la péninsule ibérique » – extraits rapport CRE – interconnexions électriques et gazières – juillet 2018.

Après avoir débouté le tronçon Eridan dans la vallée du Rhône (qui faisait partie du MidCat) et avoir émis de très fortes réserves sur Midcat, la CRE s’apprête à étudier le dossier STEP des opérateurs dès qu’il le lui sera remis, une fois complet, pour avis conjoint avec le régulateur espagnol sous 6 mois.

L’histoire ne s’arrête pas là, car l’avis du régulateur français étant uniquement technique, il peut être débouté par une décision diplomatique : or, le sommet de Madrid de 2015 n’était qu’une étape, un second sommet est prévu fin juillet au Portugal et actuellement, aucune déclaration du président Macron ne nous porte à penser qu’il aurait un avis favorable pour ce projet. Mais les sommets diplomatiques réservent parfois des surprises ……

Et n’oublions pas que l’enjeu essentiel de la mise en place des interconnexions gazières, est celui d’un marché européen du gaz, fortement poussé par la commission européenne, tout à fait dans les options politiques libérales du président Macron et très probablement de son homologue espagnol Pedro Sanchez.

La mobilisation locale n’a pas attendu études et avis des experts pour s’opposer à ce projet dès l’automne 2017 : tant son rôle négatif au niveau du dérèglement climatique que les inutiles destructions environnementales qu’il provoquera, son inutilité en termes de sécurité d’approvisionnement et un surcoût certain pour la population locale, ont fait réagir population et élus : conférences de presse, actions, voeu de 18 communes, du Conseil Départemental des Pyrénées-Orientales et positionnement du Conseil Régional d’Occitanie.

Cette mobilisation va s’amplifier avec les rendez-vous de la rentrée :

> 8 septembre : journée internationale pour le climat, tenue d’une table d’information pour appel à signature des maires (ce sera pendant le festival international de la photographie)

> 22 septembre: passage étape du Tour Alternatiba à Perpignan et conférence sur le projet STEP le samedi après-midi

> 13 octobre : journée Global Gasdown et action conjointe avec le collectif catalan

Nous souhaitons que ces voix seront entendues pour que soit prise rapidement la décision de stopper la mise oeuvre d’un projet inutile et très nuisible pour la planète.

Affaire à suivre.

Jacqueline Balvet, Attac France