Plongée dans le nouvel eldorado de l’or noir

En plein désert texan, à Midland, l’économie américaine s’ouvre de nouveaux horizons avec le pétrole de schiste, un nouvel or noir.

Qui sont les Américains qui travaillent dans ce no man’s land ? Que pensent-ils de leur président ? Témoignages.

C’est le nouvel eldorado de l’Amérique. Grâce au pétrole de schiste et à la fracturation hydraulique sur le bassin permien (formation géologique vieille de 250 millions d’années), Midland, à l’ouest du Texas, attise toutes les convoitises. Elle concentre aujourd’hui 30 % de la production américaine de pétrole et doit permettre, en 2019, aux États-Unis de redevenir le premier producteur mondial.

Des ouvriers (oilworkers) viennent de toutes les régions des États-Unis, des hôtels et des commerces sortent de terre tous les jours. Derrière cette activité effrénée qui n’est pas sans susciter des interrogations au niveau environnemental, des hommes, beaucoup, et des femmes, moins nombreuses, vivent et travaillent à Midland. A deux jours des élections de mi-mandat, cruciales pour le président Donald Trump, nous avons recueilli leurs témoignages.

« Je bosse 16 heures par jour durant cinq jours, alors le week-end je me repose et passe du bon temps avec ma famille. Mon père travaillait déjà dans le pétrole. Je gagne bien ma vie – 12 000 dollars (10 000 euros) pour quelqu’un qui n’a pas eu beaucoup d’éducation. Je préférerais utiliser mon cerveau que mes mains pour gagner de l’argent, ce serait moins dur ! J’ai besoin de l’argent du pétrole pour nourrir ma famille, l’amour n’est pas suffisant malheureusement. »

« Je suis heureux ici, c’est une petite ville, mais elle grandit vite, et il y a beaucoup d’opportunités. L’activité est stable en ce moment, ça monte et ça descend depuis un an. Si Midland est comme ça aujourd’hui, c’est grâce aux Bush pour lesquels j’ai déjà votés. Mais Donald Trump, lui, n’a aucune influence sur ce qu’il se passe ici…Je ne suis pas très fan de Ted Cruz (candidat républicain sortant du Texas, NDLR), ce n’est pas parce qu’il a un nom à consonance latine qu’il nous défend. »

« Je suis originaire du Michigan, j’ai eu du mal au début ici, maintenant ça va. J’aimerais repartir là-bas plus tard sur mes racines, mais j’ai de bons amis ici, je m’occupe de chevaux et de rodéo. Ce qui arrive à Midland n’est pas lié à Donald Trump. Pourtant, j’apprécie beaucoup notre président, il a fait beaucoup pour nous, notamment avec la santé, ça fait une grosse différence avec le précédent. »

« Je vote tout le temps pour lui, mon mari l’apprécie aussi. C’est un type qui a du non-sens, et c’est pourquoi les gens ne l’aiment pas, parce qu’il n’obéit qu’à lui-même. C’est un homme comme ça dans le pays qu’il fallait, et grâce à lui, l’Amérique ne faiblit pas, il se bat pour nous. Beaucoup de mes amis sont des supporters je pense, même si aux États-Unis, on ne parle pas trop politique entre amis. J’espère que Ted Cruz sera réélu au Texas, il correspond aussi à nos valeurs religieuses. La religion est importante pour moi, j’ai grandi dans une famille très religieuse, je lis ma Bible tous les jours et dit mes dévotions. »

« C’est beau ici, je ne voudrais changer pour rien au monde. On vit bien, le travail est bien, on gagne bien notre vie et de toute façon, il faut payer les factures. Dans mon mobil-home, ça va, ce n’est pas cher. Ma famille vit à Columbus, Caroline du Sud. J’y suis retourné tous les quatre ans, mais je reviens ici à chaque fois. Mon fils est venu avec moi au début, mais il est reparti. Dans cinq ou six ans, si je vis encore, je repartirai en Caroline du Sud, jouer avec mes petits-enfants. J’ai un fils de 45 ans et une fille de 38 ans. Je leur parle tous les jours au téléphone. Je prends surtout soin de mes petits-enfants. Travailler, c’est ce qui me garde en bonne forme, ce que je fais est très physique ! »

« L’activité se porte correctement en ce moment, mais c’était mieux il y a deux, trois mois. C’est très fluctuant. ça n’a rien à voir de toute façon au président Trump. La politique ne m’intéresse pas, je ne vote pas. Mais un jour, Trump est tout en haut, et le lendemain, tout en bas, on ne sait jamais ce qu’il va faire. Je ne dis pas que je ne l’aime pas, parce que, moi, j’aime tout le monde, que vous soyez riches, d’une autre couleur, d’un autre métier. Si vous avez besoin d’espoir, venez me voir ! Si Midland se porte bien, c’est lié aux gens qui travaillent ici. Il n’y a pas beaucoup d’Afro –Américains ici, mais je ne ressens pas le racisme sinon, j’aurais quitté le Texas. »

« J’ai quitté San Antonio (Est du Texas) sans la famille, ma femme travaille là-bas, mes enfants font leurs études. C’est un bon job, je gagne bien ma vie. En ce moment, l’activité est stable, jusqu’à présent, elle était très intense… Je loge dans un mobil-home avec six autres travailleurs, le camp est surveillé avec barbelés et mirador, on se croirait presque dans un camp militaire !

« Je pense que l’économie américaine, et notamment ici, profite de ce que fait Trump. Je suis neutre, je regarde ce que font les deux camps, mais la plupart de gens à Midland soutiennent les Républicains, C’est un peu normal d’aller dans ce sens, ce sont un peu eux qui paient nos salaires à la fin du mois. Je suis optimiste sur la situation ici, il y a de plus en plus de boulot, et un signe ne trompe pas : il y a de plus en plus de trafic routier ! »

« J’ai toujours vécu ici, ma mère était infirmière, mon père bossait dans le pétrole. Je conduis les camions pour mes amis qui ont une compagnie : le business tourne bien, c’est un peu lent ces derniers jours. Les sociétés n’ont plus beaucoup d’argent en fin d’année, donc ça ralentit notre commerce. C’est toujours pareil, ça monte, ça descend ! Je suis heureux ici, il y a quand même les factures à payer, mais ce n’est pas trop cher… Nous, on est habitués, ceux qui arrivent sont très surpris du coût de la vie. »

« Je ne vote pas, mais je pense que les propos de Trump sur l’immigration sont intolérables, beaucoup de Mexicains sont là depuis longtemps, il ne pourra pas les renvoyer. Et vouloir séparer les enfants des parents, c’est une honte. Pour moi, Trump agit comme une sorte d’Hitler un peu… Sur le plan économique, il a peut-être aidé les gens, mais j’espère surtout qu’il ne va pas nous conduire à une nouvelle guerre ou quelque chose de grave. »

« J’ai ouvert mon restaurant il y a 5 ans, il y a eu des hauts et des bas, il faut tenir. Mais je suis content, en ce moment, ça repart bien ! J’ai cru ici en mon rêve en installant mon restaurant… La situation économique ici, Donald Trump n’y est pour rien. Ce sont surtout les Mexicains qui font tourner la machine ici, alors quand il s’en prend à eux… « 

Midland, « la terre du milieu » tient son nom de la distance qui la sépare à la fois de Fort Worth/Dallas d’El Paso, deux grandes villes du Texas.

ledauphine.com

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Les prix du pétrole sont remontés et les appétits des compagnies pétrolières pour le sous-sol français se réveillent. Seulement cette fois, ils commencent par une campagne de communication bien orchestrée, qui va séduire les « automobilistes en colère ».