Les investissements mondiaux dans le pétrole augmentent

… Malgré le réchauffement climatique

En 2018, l’économie mondiale a augmenté ses investissements dans les énergies fossiles tandis que ceux dans les énergies renouvelables stagnaient. L’exact contraire de ce qu’il faudrait faire pour limiter la hausse des températures mondiales.

STAGNATION. Le constat effectué par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport sur les investissements mondiaux en matière d’énergie est sans appel : rien ne va dans la bonne direction. Les 1,6 trillions (milliards de milliards) d’euros destinés en 2018 à l’extraction et à l’utilisation du pétrole, du charbon et du gaz et au développement des énergies renouvelables sont globalement insuffisants pour garantir à l’ensemble de l’humanité l’accès à une électricité propre et durable en 2030. Et les experts constatent une stagnation des investissements dans les énergies renouvelables quand ceux consacrés aux énergies fossiles repartent à la hausse. Constat de Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE : “ Le monde n’investit pas assez dans les réseaux traditionnels d’approvisionnement pour assurer les tendances actuelles de consommation, ni n’investit assez dans les technologies propres pour changer la trajectoire actuelle. De quelque façon que vous regardiez, nous accumulons les risques pour le futur.”

Pour la troisième année consécutive, le montant global des investissements dans l’énergie est resté au même niveau et reste inférieur à celui constaté en 2014, avant la chute du prix du pétrole du fait de l’essor des gaz de schiste américains. Or, cela n’est pas suffisant pour atteindre l’un des objectifs de développement durable décidé par les États à l’horizon 2030 : la fourniture d’une énergie propre à l’ensemble de l’humanité. Des progrès sont certes enregistrés. En 2010, 1,2 milliard d’hommes n’avaient pas l’électricité. Ils sont 840 millions aujourd’hui à vivre dans le noir et 3 milliards à se chauffer et à cuire les aliments sur des appareils polluants à base de bois ou de charbon. L’effort actuel indique qu’ils seront encore 650 millions en 2030, à 90 % en Afrique subsaharienne. Les investissements dans le secteur électrique dépassent cependant ceux des secteurs gaziers et pétroliers.

Les investissements dans le secteur pétrolier  et charbonnier augmentent tandis que ceux du secteur électrique baissent avec une stagnation des énergies renouvelables. Le soutien à l’efficacité énergétique ne progresse pas.

La production électrique à base de charbon va continuer des années encore

RENTABILITÉ. En 2018, les investissements ont été tirés par la poursuite des efforts américains sur le gaz et le pétrole de schiste (+4%) si bien que les États-Unis ont réduit leur écart avec le premier investisseur mondial, la Chine. L’Inde a également connu un bond supérieur à 12% au cours des trois dernières années. Absent de cette compétition, l’Afrique subsaharienne représente moins de 15% des investissements mondiaux pour 40% de la population mondiale. Selon l’AIE, cela démontre la frilosité des investisseurs qui mettent leur argent sur des projets faciles à monter avec une rentabilité rapide. Le secteur de l’exploration-production des énergies fossiles et la construction de centrales électriques approvisionnent le marché en moyenne 20% plus rapidement qu’en 2010. Outre les investissements américains dans le gaz de schiste, l’AIE note également la persistance du recours au charbon dans le monde, une source énergétique qui permet justement d’apporter très rapidement au marché les capacités qu’il demande avec l’extension des réseaux électriques et le développement des appareils ménagers.

La Chine, premier investisseur, finance en priorité le système électrique tandis que les Etats-Unis portent leurs efforts sur le gaz et pétrole de schiste.

Un appel pour réorienter les investissements vers une électricité durable

COURAGE. Le charbon connaît donc une augmentation de 2% quand les énergies renouvelables stagnent, soit l’exact contraire de ce que préconise l’accord de Paris de réduction des gaz à effet de serre. “Sans les technologies de capture et stockage du carbone ou des aides pour stopper préventivement des centrales, l’électricité à partir de charbon et son fort taux d’émissions de CO2 devrait garder une part importante du système global énergétique pour de nombreuses années encore”, note le rapport. Enfin, dernière tendance néfaste pour la lutte contre le réchauffement climatique : les financements en direction de l’efficacité énergétique — qui auraient dû connaître un hausse — restent stables. Pourtant, la réduction de la demande en énergie est cruciale pour atteindre les objectifs de neutralité carbone au milieu du siècle. Les investissements dans les transports propres et la chaleur renouvelable sont également en baisse de 2%.

Pour l’AIE, pas de doute : “Les tendances actuelles des investissements dans l’énergie appellent à des décisions courageuses pour construire un système énergétique plus soutenable”. Et l’agence de lancer un appel aux gouvernements pour qu’ils orientent les décisions d’investissement dans la bonne direction.

sciencesetavenir.fr