La contamination des eaux aux hydrocarbures

Cela se passe à Cruas-Meysse ; après les fuites et contaminations de tritium !

Toujours plus fort la centrale nucléaire de Cruas (Ardèche)! Une nouvelle fuite, cette fois-ci d’hydrocarbure, contamine les eaux souterraines d’une partie de la centrale et de l’eau potable depuis le 6 août 2018. Trois jours après cette découverte EDF n’était toujours pas en capacité d’identifier l’origine de la pollution. Et l’exploitant atomiste, pas gêné, de présenter des données incohérentes (bidons) aux inspecteurs de l’ASN. Doux euphémisme des inspecteurs : « la gestion de cet événement est insatisfaisante ». On ne va pas se fâcher quand même entre gens du même monde.

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Hasard et perlimpinpin. C’est au cours de relevés de niveaux de radioactivité (1) situés en trois endroits différents du site atomique que la pollution par des hydrocarbures a été découverte par hasard le 6 août 2018. Depuis quand était-elle en cours ? Quand avait-elle commencée ? Où ? Mystère et boule de gomme. Car les piézomètres situés à l’intérieur du périmètre de la centrale nucléaire (INB n° 111 et 112) étaient placés là, avant tout, pour voir si la contamination « inopportune » et mortelle au tritium du mois de mai 2018 (2) était maîtrisée ou toujours en cours. A Cruas on enchaîne les fuites en tous genres. Telle celle découlant de l’arrêt en urgence d’un réacteur en juillet dernier.

Lorsque le 9 août 2018 les inspecteurs examinent les informations dont dispose EDF pour préciser l’origine de cette pollution des eaux souterraines par des hydrocarbures et les actions mises en œuvre pour en limiter et résorber l’étendue : ils n’en reviennent pas. Bien que  » la pollution en hydrocarbures des eaux souterraines de la centrale nucléaire… est une pollution significative en raison des volumes d’hydrocarbures mis en jeu » (3) EDF ne sait toujours pas pourquoi ça fuit et pollue.  Pire : même l’eau potable avec laquelle les salariés se douchent et se désaltèrent à la cantine est polluée. Le captage présente un taux en hydrocarbures de 0,1 mg/L qui correspond au seuil de potabilité alors que les points de prélèvement de ces eaux souterraines « potables » sont situés, eux, à l’extérieur du périmètre de l’installation nucléaire de base (INB).

Une pollution importante qui touche aussi les riverains particuliers, établissements agricoles et industriels

L’étendue de la pollution est donc importante, intérieure à la centrale nucléaire et extérieure aussi. Les salariés et les riverains qui ont bu de cette eau sérieusement polluée n’ont pas été prévenus très rapidement : « la pollution en hydrocarbures du captage d’eau potable de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse n’a été caractérisée que trois jours après la détection de l’événement. » souligne les inspecteurs, et « il ne peut pas être totalement exclu que des particuliers ou des établissements agricoles ou industriels situés aux alentours de la centrale utilisent également l’eau de cette nappe. »

Et l’ASN de faire un bréviaire de communication à l’attention de la Direction en lui demandant  « d’informer sans délai de cet événement l’ensemble des riverains et utilisateurs susceptibles d’être affectés par cette pollution d’hydrocarbures, en prenant en compte l’ensemble des usages possibles des eaux souterraines.  » C’est que dans le nucléaire on est très pudique et on ne dit pas tout.

Toujours d’une extrême violence à l’égard des Directions des centrales atomiques, comme chacun-e sait, l’ASN demande que lui soit transmise « la liste exhaustive des équipements de la centrale nucléaire pouvant être à l’origine de la présence anormale d’hydrocarbures dans les eaux souterraines« . Hou là là, la nucléocratie tremble devant tant d’exigences et de sanctions. D’autant qu’on demande aussi de veiller «  à prendre en compte l’ensemble des polluants susceptibles d’avoir migré dans la nappe. » C’est digne de la maîtresse d’école avec sa règle en fer qui tape sur les doigts.

Le laxisme de la Direction de EDF : faute de place on laisse se poursuivre la pollution

Pendant l’inspection du 9 août, les inspecteurs, avertit la veille, demandent incidemment à EDF, de procéder devant eux à des tests de contrôle de présence d’hydrocarbures dans les eaux souterraines. Bingo : les tests sont  positifs au niveau de deux points de prélèvement. Et les inspecteurs de constater dans la foulée que le pompage au niveau de ces points de prélèvements n’est pas effectif.

Question de base : pourquoi le pompage des hydrocarbures polluants n’a-t’il pas lieu alors que c’est le meilleur moyen de limiter la propagation de la pollution ? Eh bien tout simplement par ce qu’il « avait été arrêté le mardi 7 août 2018″. Et pourquoi ? « Faute de capacités d’entreposage des effluents pollués sur le site« . Le coup de Fukushima ! On ne pompe plus car on ne sait pas où mettre la merde. Le nucléaire c’est si simple.

Et les inspecteurs vont aller de découverte en découverte. L’origine de la fuite d’hydrocarbures dans les eaux souterraines et dans le réseau d’eau potable est suspectée provenir du bâtiment industriel « huilerie ». Mais, « malgré la persistance de la pollution plusieurs jours après sa détection », EDF continue d’exploiter l’huilerie « pourtant identifié par l’exploitant comme un point de départ potentiel de la pollution. » Le b-a-ba des mesures à prendre ne semble pas très maîtrisé ici non plus. Ca fuit, ça pollue mais on continue le business comme si de rien était.

Aussi dans l’attente d’une identification un peu plus précise des origines de cette pollution aux hydrocarbures toxiques, les inspecteurs demandent « d’arrêter toute opération d’exploitation du déshuileur de la centrale nucléaire« .

Et même de procéder à « des investigations approfondies de l’ensemble des ouvrages de génie civil et des traversées de ces ouvrages ». Car, comme pour les trains, une fuite peut en cacher une autre. Ainsi il serait bien que, par exemple, le joint « hypalon » situé au niveau de la jonction entre la rétention et le mur de la fosse du système de collecte des effluents hydrocarburés non  radioactifs (SEH) soit déposé afin, c’est tout bête, « de permettre les investigations dans la zone inférieure« . Bah oui, y’a des hauts et y’a des bas dans le nucléaire aussi.

L’ASN en conclue que « la gestion actuelle de cet événement par EDF est insatisfaisante« . C’est le moins que l’on puisse dire.

Des demandes polies mais aucune sanction.

L’ASN espère que la centrale nucléaire de Cruas déploie enfin « des moyens adaptés et rapides » pour « déterminer l’origine, le volume et le cheminement de la pollution des eaux souterraines par les hydrocarbures et limiter l’étendue de cette pollution au sein des eaux souterraines« . A croire qu’à la centrale atomique de Cruas on ne sait pas comment s’y prendre.

Enfin on n’est pas loin de cela, car un autre doute se fait jour qui semble bien tourner à la provocation irresponsable. Un sérieux point d’achoppement existe : la pollution aux hydrocarbures aurait dû conduire EDF à mettre immédiatement en œuvre un plan d’action, un PAM (Plan d’Appui et de Mobilisation) prévu dans les prescriptions réglementaires (4) du Plan d’Urgence Interne (PUI). Or il n’en a rien été. Pourquoi ? Une nouvelle fois mystère et boule de gomme. Peut-être que comme c’est les vacances les gars sont sur le banc de sable mitoyen en train de se faire bronzer… ou que la Direction a tenté d’étouffer l’affaire.

Vu la désinvolture ambiante, l’autorité de sûreté nucléaire va jusqu’à oser considérer « que des réflexions doivent être engagées dès à présent par EDF concernant le traitement des terres de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse souillées par des hydrocarbures.  » Ah bon ? Aurait-on pu faire comme si rien ne s’était passé et cacher ces terres polluées ? On ose le suspecter : le nucléaire c’est moderne, sérieux, maîtrisé, à la pointe des technologies et responsable.

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(1) appareils de mesures de niveaux de radioactivités « piézomètres »

(2) lettre de suite de l’inspection INSSN-LYO-2018-0793 du 30 mai 2018, réalisée à la suite de l’événement relatif à la présence de tritium dans les eaux souterraines du site, mise en ligne sur le site Internet de l’ASN (www.asn.fr)

(3) Inspection INSSN 2018-0826 de la division ASN de Lyon, Lettre au Directeur du CNDPE de Cruas-Meysse

(4) guide de l’ASN du 21 octobre 2005 et

https://www.asn.fr/Reglementer/Participation-du-public/Installations-nu

 

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/