En Guyane, la Montagne d’or a du plomb dans l’aile

La commission nationale du débat public (CNDP), présidée par l’ancienne ministre de l’environnement Chantal Jouanno, a présenté à Cayenne ses « principaux points de vigilance » sur le méga-projet minier en Guyane.

Elle appelle à clarifier rapidement les mesures prévues « en matière de gestion des risques » si ce projet envisagé en pleine forêt humide était réalisé en 2020. Les opposants se réjouissent.

« L’absence de réponses jugées réalistes remet en question la crédibilité du projet. » En dévoilant son rapport ce vendredi (à télécharger ici), la commission nationale de débat public (CNDP) a plombé le méga-projet minier sur deux aspects. « La faisabilité technique » du projet aurifère de la Montagne d’or en forêt humide guyanaise repose ainsi « sur l’aménagement de la piste, longue de plus de 120 kilomètres, dont il n’est pas certain qu’elle puisse supporter durablement le volume du trafic et l’approvisionnement énergétique du complexe industriel envisagés ».

C’est à son ombilic, situé sur le domaine forestier privé de l’État, soumis à l’épreuve du temps équatorial et au rythme infernal des transports de cargaisons dangereuses qu’est pour l’instant suspendu le projet Montagne d’or, rejeté par beaucoup de Guyanais. Les conclusions de la CNDP ne pouvaient être autres, dans un territoire où les pistes sont ravagées par les averses et les inondations six mois dans l’année, et alors que les moyens de production électrique du site minier équivaudraient au besoin les 30 000 Guyanais non raccordés au réseau littoral.

Sans fermer la porte au consortium Nordgold-Columbus Gold, François de Rugy, le nouveau ministre de la transition écologique avait d’ailleurs anticipé la publication du rapport de la CNDP puisqu’il partageait il y a quelques jours sur France Inter sa « conviction », selon laquelle « on ne peut pas le faire tel quel ».

Au-delà des interrogations techniques majeures qui demeurent à cause d’« un projet monolithique, sans aucune proposition d’évolution si ce n’est marginale », la commission s’est intéressée au sujet crucial « des impacts environnementaux », qui « n’[ont] pu être correctement éclairé[s] » faute de document présenté par la Compagnie minière Montagne d’or (CMO). Ainsi le permet la loi, lorsqu’un industriel est soumis au débat public, il n’est pas obligé de présenter les études d’impacts et de risques. « Il est bien difficile de se prononcer sur l’opportunité d’un projet sans ces données environnementales », note Chantal Jouanno, présidente de la CNDP, en déplacement à Cayenne.

Sans ces études, et malgré les promesses du chef de l’État d’ériger la compagnie en parangon de la mine à la Française, le maître d’ouvrage a échoué à convaincre les indécis ou calmer une partie des citoyens alarmés par les risques que fait courir le projet : l’équivalent de 220 terrains de foot de rebuts de l’usine à cyanuration, l’entassement à l’air libre de dizaines de millions de tonnes de roches broyées chargées d’éléments potentiellement acides pour l’air et le réseau hydrographique et le recours à des dizaines de milliers d’explosifs aux portes de la forêt primaire et de « forêts reliques » (qui ont survécu à plusieurs évènements climatiques, nuisances, impactant pour le long terme les milieux naturels).

N’en déplaise à CMO et à la collectivité territoriale de Guyane, qui avaient érigé en potomitan de leur posture l’intérêt économique et fiscal, avec 782 millions d’euros d’investissement, 750 emplois directs et 3 000 emplois pendant douze ans, la question environnementale polarise les attentions. « La juste évaluation des risques chroniques et accidentels et la définition des moyens de les réduire et d’y faire face sont assurément parmi un des aspects les plus importants de ce dossier », écrivent les experts. Ce sujet sera d’ailleurs le temps fort de l’enquête publique, en 2019.

Quelques heures avant la remise du rapport, Pierre Paris a donné une conférence de presse téléphonique. Le président de CMO ne voit ni dans les déclarations du ministre ni dans le rapport de la CNDP un « frein à l’avancement du projet ». Il assure que celui-ci sera amendé, comme les modalités de « transport des matières dangereuses ». Son langage est resté orienté sur l’acceptation sociale qui « conditionne » la réussite du projet. Pierre Paris évoque l’installation d’« un comité consultatif local » à Awala-Yalimapo, commune autochtone de 1 500 habitants, voisine de Saint-Laurent-du-Maroni, localité sur laquelle est assis le gisement. L’industriel annonce aussi le rapprochement avec la société Total (détentrice d’un permis offshore en Guyane) pour constituer un fonds en faveur du développement économique régional.

À la lecture du rapport, des membres du collectif Or de question ont fait part de leur satisfaction. Harry Hodebourg, aussi délégué régional Cap 21, s’est dit « agréablement surpris par le contenu qui est impartial, exhaustif, sans concession, et qui a bien repris la réalité des réactions guyanaises majoritairement contre le projet ». « On est assez heureux de voir que ce projet ne se fera pas en l’état, donc c’est déjà une très grande victoire », a ajouté Marie Fleury, également membre du muséum national d’Histoire naturelle.

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