Au Royaume-Uni

L’industrie du gaz de schiste au bord de l’effondrement

Ineos, une entreprise qui espérait exploiter du gaz de schiste outre-Manche, menace d’abandonner ses projets si les règles ne sont pas modifiées.

Un clou de plus vient d’être enfoncé dans le cercueil de l’industrie du gaz de schiste au Royaume-Uni. Ineos, l’une des entreprises les plus actives du secteur, menace de jeter l’éponge. Dirigée par Jim Ratcliffe, l’homme le plus riche du Royaume-Uni, la société estime que les normes antisismiques actuellement en place sont trop draconiennes, rendant la fracturation hydraulique presque impossible.

Lors d’une réunion qui s’est tenue le 23 novembre avec l’Oil and Gas Authority – le régulateur britannique –, dont le Financial Times a dévoilé le compte rendu lundi 15 avril, Ineos a estimé que les normes actuelles étaient « artificiellement basses ». « Ineos affirme que des limites [antisismiques] sensées, réalistes et soutenues par la science sont nécessaires, faute de quoi il a été clairement laissé entendre que l’entreprise arrêterait de demander des autorisations [de forage] », décrit le compte rendu.

Manifestations locales et lutte contre les permis de forer ont sensiblement ralenti l’action du secteur

L’avertissement d’Ineos intervient à un moment critique pour le gaz de schiste au Royaume-Uni. En 2011, la petite entreprise Cuadrilla, qui explorait un puits près de Blackpool, dans le nord-ouest de l’Angleterre, avait provoqué quelques tremblements de terre lors d’opérations de fracturation hydraulique. Le gouvernement britannique avait immédiatement instauré un moratoire, puis autorisé de nouveau les forages, mais en renforçant les normes.

Cet épisode a échaudé la population britannique, qui se bat désormais de façon systématique contre tous les projets de gaz de schiste. Manifestations locales et lutte contre les permis de forer ont sensiblement ralenti l’action de l’industrie, malgré le soutien ferme du gouvernement. Actuellement, il n’existe aucune production utilisant la fracturation hydraulique outre-Manche.

Pression sur les autorités publiques

Cuadrilla a cependant réussi à obtenir de haute lutte un nouveau permis d’exploration, toujours près de Blackpool. En octobre 2018, elle a commencé une opération de fracturation hydraulique, une première depuis sept ans. Pour l’ensemble du secteur, la réussite de ce projet est essentielle.

Mais la société n’arrive pas à mener à bien ces travaux d’exploration, butant sur les normes antisismiques. A chaque secousse de plus de 0,5 sur l’échelle de Richter, elle est obligée de marquer une pause de dix-huit heures. Or, ce niveau – impossible à ressentir naturellement – a déjà été atteint une dizaine de fois depuis le début des travaux.

Bloquée dans son travail, Cuadrilla a tenté de mettre la pression sur les autorités publiques pour desserrer l’étau des normes, mais le gouvernement britannique a émis une fin de non-recevoir. Ineos, qui a les poches beaucoup plus profondes, a renchéri dans le lobbying, comme le prouve le compte rendu de la réunion avec le régulateur.

Cette entreprise pétrochimique, qui possède des raffineries, rêve d’utiliser le gaz de schiste britannique comme matière première bon marché pour ses usines. Elle a donc acheté d’importants permis d’exploration dans plusieurs régions anglaises et a lancé un programme de consultation des populations locales. Cependant, elle ne cache pas son exaspération face aux multiples retards, elle qui espérait forer dès 2017. Si elle abandonnait la partie, le secteur du gaz de schiste britannique serait mort-né.

https://www.lemonde.fr/