Refus de l’extractivisme climaticide n° 399

Épuisement des ressources & Ravages de l’extractivisme

1/ Les trois projets du gouvernement qui menacent l’Amazonie française
Alors que l’Amazonie brésilienne s’embrase, la Guyane française projette de miner, brûler et noyer sa forêt primaire avec l’appui des services de l’État, de la Collectivité territoriale et aux bénéfices des incontournables multinationales de l’extractivisme et de l’énergie (par Maiouri Nature Guyane).
https://blogs.mediapart.fr/or-de-question-guyane

2/ Bolivie : le pouvoir d’Evo Morales s’enfonce toujours plus dans l’impasse de l’extractivisme minier
Le projet minier Casaya, dans le département de Chuquisaca, est un révélateur des contradictions entre le discours officiel du gouvernement bolivien et ses politiques réelles. Déclaré d’utilité publique, le secteur minier a souvent la priorité, au détriment de la protection de l’environnement et des communautés. Une analyse de ces contradictions par Frédéric Thomas, docteur en sciences politiques et chargé d’études au Centre tricontinental.
https://www.bastamag.net/Bolivie-Amazonie-Evo-Morales-Industries-minieres-extractivisme-Terre-Mere-peuples-autochtones

3/ Arsenic dans l’Aude, plomb à Notre-Dame… Quand les problèmes environnementaux perturbent la rentrée
A Paris, cinq écoles privées n’ont pas pu accueillir des élèves tandis que, dans l’Aude, des parents inquiets ont manifesté pour dénoncer la pollution liée à l’ancienne mine d’arsenic.
https://www.francetvinfo.fr/culture/patrimoine/incendie-de-notre-dame-de-paris/arsenic-dans-l-aude-plomb-a-notre-dame-quand-les-problemes-environnementaux-perturbent-la-rentree_3600215.html

4/ Les contradiction du Canada face à la question climatique
Le Canada veut d’un côté instaurer une taxe carbone pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, de l’autre profiter de l’exploitation des énergies fossiles, notamment les sables bitumineux. À deux mois des élections fédérales, France24 revient sur la place de l’écologie dans la campagne et dans le pays : « cet été, le Premier ministre a déclaré l’état « d’urgence climatique ». Mais il a aussi approuvé l’expansion dans l’ouest du pays d’un oléoduc géant, source de conflits depuis plusieurs années. »
https://resistanceinventerre.wordpress.com/2019/09/03/les-contradiction-du-canada-face-a-la-question-climatique/

5/ Production Uranium : Pour exploiter l’uranium kazakh, Orano va raser une forêt protégée
Au Kazakhstan, premier producteur mondial d’uranium, Orano (ex-Areva) va raser une forêt protégée pour exploiter un gisement. La dérogation de l’entreprise française a été obtenue lors de la visite de Bruno Le Maire fin juillet dans ce pays d’Asie centrale devenu stratégique pour l’industrie nucléaire française.
https://reporterre.net/Pour-exploiter-l-uranium-kazakh-Orano-va-raser-une-foret-protegee

6/ Nicolas Sersiron : Ni ici, ni ailleurs : Contre la mine de Salau, et son monde
Les zadistes de Notre Dame des Landes, en lutte contre l’aéroport et son monde, disaient « nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend ». A Salau, dans cette vallée reculée de l’Ariège, nous sommes aussi la nature qui se défend contre le projet d’extraction de Tungstène et d’or… et son monde. Au-delà d’un combat contre l’extractivisme et ses externalités négatives locales : pollutions des terres et de l’eau, pollution des travailleurs, ce qui se joue ici est aussi une lutte globale contre le monde de la propriété privée sans limite. La grande majorité des européens font partie de ces 20 % de la population mondiale qui consomment 80 % de ses ressources. Si, depuis le 1er janvier, les 7,5 milliards d’humains vivaient comme les Européens, le 10 mai 2019 nous aurions détruit toutes les ressources naturelles que la planète peut renouveler en un an.
Combat de deux mondes
http://www.cadtm.org/Ni-ici-ni-ailleurs-Contre-la-mine-de-Salau-et-son-monde

7/ Au Canada, l’Alberta en guerre contre les écologistes
Le gouvernement de la province pétrolière canadienne est parti en croisade contre tout ce qui s’approche de près ou de loin du mouvement écologiste. Il a notamment créé une « cellule de guerre » pour lutter contre la « désinformation » et défendre, entre autres, l’exploitation des sables bitumineux.
https://reporterre.net/Au-Canada-l-Alberta-en-guerre-contre-les-ecologistes

8/ Les majors pétrolières ont approuvé 50 milliards de dollars de projets incompatibles avec l’Accord de Paris
Pour respecter les objectifs climatiques, la demande de combustibles fossiles devra inexorablement diminuer. Pourtant, les principales majors pétrolières et gazières continuent de parier contre l’Accord de Paris. Selon une nouvelle étude publiée le 6 septembre par Carbon Tracker, celles-ci ont validé pour 50 milliards de dollars d’investissements dans des projets qui ne pourront pas être rentables dans un scénario de réchauffement limité à 1,6°C.
https://www.novethic.fr/actualite/energie/energies-fossiles/isr-rse/les-majors-petrolieres-ont-approuve-50-milliards-de-dollars-de-projets-incompatibles-avec-l-accord-de-paris-147664.html

9/ Climat : la politique pro-charbon de Donald Trump attaquée par 22 États et 7 grandes villes
Aux États-Unis, 22 États et 7 grandes villes ont décidé de porter plainte contre la politique environnementale du gouvernement. Les plaignants dénoncent la nouvelle réglementation de l’administration Trump qu’ils jugent inefficace à la fois pour lutter contre le changement climatique et la pollution. Cette bataille judiciaire qui s’engage sera déterminante pour le futur environnemental et énergétique des États-Unis.
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/climat-la-politique-pro-charbon-de-trump-attaquee-par-22-etats-et-7-grandes-villes-147603.html

10/ Pérou : les paysans se liguent contre des projets miniers destructeurs
Deuxième producteur de cuivre et d’argent au monde, et cinquième pour l’or, le Pérou attire les entreprises minières du monde entier. Ces dernières provoquent de plus en plus le rejet des populations locales. Dans le sud du pays, le projet de mine de cuivre Tía María cristallise la colère des communautés locales envers les mines et la classe politique, gangrénée par la corruption.
https://reporterre.net/Au-Perou-les-paysans-se-liguent-contre-des-projets-miniers-destructeurs

11/ Défense de l’Amazonie : à quand un moratoire sur les permis miniers en Guyane ?
Lorsque l’on entend ‘forêt amazonienne’, on pense généralement ‘Brésil’. Pourtant, 8 autres Etats profitent de cet écosystème exceptionnel. Parmi eux, la France avec 8,3 millions d’hectares en Guyane française. Alors que l’État français préconisait récemment un « statut international » à l’Amazonie voué à sa préservation, sa politique minière en Guyane démontre un certain fossé entre les discours et les actes. En attendant la réforme du Code minier annoncée pour la fin de l’année, Guyane Nature Environnement et France Nature Environnement demandent un moratoire sur les titres miniers en Guyane.

https://www.fne.asso.fr/communiques/d%C3%A9fense-de-lamazonie-%C3%A0-quand-un-moratoire-sur-les-permis-miniers-en-guyane

12/ Au Congo, l’autre poumon vert de la planète peine aussi à respirer
La planète a deux poumons : la forêt amazonienne et la forêt qui couvre le bassin du Congo. Déjà le monde suffoque parce que le premier de ces poumons est en flammes. Et l’autre ? L’immense forêt tropicale qui s’étend sur l’Afrique centrale, depuis le Gabon et le Congo Brazzaville, le Cameroun et le Gabon et surtout, au cœur de cet immense bassin, la République démocratique du Congo, gardienne du fleuve est elle aussi menacée.
https://www.farmlandgrab.org/post/view/29136

https://yonnelautre.fr/

Projet gazier en Papouasie-Nouvelle Guinée

Feu vert papou à Total, ExxonMobil et Oil Search

La Papouasie-Nouvelle-Guinée a annoncé qu’un projet gazier de plusieurs milliards de dollars, conclu en avril avec un consortium international comprenant le français Total, se poursuivrait, le gouvernement renonçant à demander une renégociation du contrat.

« Le gouvernement a désormais donné son feu vert à Total pour avancer », a annoncé dans un communiqué le ministère du Pétrole après des discussions avec le géant énergétique français.

Le groupe australien Oil Search, partenaire de Total et ExxonMobil sur ce projet de gaz naturel liquéfié (GNL) de 13 milliards de dollars, avait déploré le mois dernier que le gouvernement papouasien manifeste le souhait de renégocier certains termes d’un contrat qu’il avait présenté comme « juridiquement contraignant » mais aussi « juste et équilibré ».

Arrivé à la tête du gouvernement en mai, l’ancien ministre des Finances James Marape avait d’emblée promis de modifier une loi jugée trop favorable aux entreprises étrangères qui exploitent les vastes ressources naturelles du pays.

Le mécontentement, qui couvait du fait de la corruption endémique et du sous-développement chronique du pays, s’était cristallisé autour du projet Total/ExxonMobil/Oil Search, qui vise à quasiment doubler les exportations de GNL du pays, ce qui en ferait un acteur international majeur.

En dépit de la promesse de M. Marape de « maximiser les bénéfices » des richesses du pays, le consortium international semble au final n’avoir fait que peu de concession.

Total doit préparer un plan détaillant les retombées du projet pour les populations locales, mais aussi négocier avec les parties souhaitant un accès aux gazoducs ou encore établir une coentreprise avec le groupe papouasien Kumul.

La Papouasie, l’un des pays les plus pauvres d’Asie, possède d’immenses richesses naturelles, en particulier des champs gaziers.

afp ; zonebourse

Refus de l’extractivisme climaticide n° 398

Épuisement des ressources & Ravages de l’extractivisme

1/ Pollution à l’arsenic dans l’Aude : 38 enfants surexposés
Ce fut la plus grande mine d’or d’Europe, il n’en reste qu’une pollution gigantesque. Trente-huit enfants vivant dans la vallée de l’Orbiel (Aude) ont un taux d’arsenic supérieur à la moyenne, a fait savoir, mardi 13 août, l’agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie. Ces jeunes, âgés de quelques mois à 11 ans, habitent à proximité de l’ancienne mine d’arsenic de Salsigne, qui abrite encore des millions de tonnes de poudres diverses et variées.
https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/08/13/pollution-a-l-arsenic-dans-l-aude-38-enfants-surexposes_5499068_3244.html
Nouveau bilan : 46 enfants surexposés à une pollution à l’arsenic dans la vallée de l’Orbiel
Selon l’ARS, au 27 août, 143 enfants ont bénéficié d’un premier test d’exposition à l’arsenic dans l’Aude. Pour 46 d’entre eux, ces résultats sont supérieurs à la valeur de référence pour la population française. Ils n’étaient que 38 début juillet (sur 103 enfants testés).
https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/aude/carcassonne/nouveau-bilan-46-enfants-surexposes-pollution-arsenic-vallee-orbiel-1715177.html
Revue de presse : https://yonnelautre.fr/spip.php?article13955

2/ Papouasie–Nouvelle-Guinée : l’accès aux gisements d’or intensifie les guerres tribales
Le 8 juillet dernier, un guet-apens a faisait au moins 24 morts en Papouasie–Nouvelle-Guinée. Les victimes de ce massacre s’ajoutent à la longue liste des innocents qui ont été tués durant ces dernières semaines. La violence, même si elle a toujours été présente d’une certaine manière dans la région, a explosé à cause de l’injuste répartition des richesses entre les propriétaires des terrains exploités par les multinationales…
https://mrmondialisation.org/papouasie-nouvelle-guinee-lacces-aux-gisements-dor-intensifie-les-guerres-tribales/

3/ Et l’entreprise la plus rentable au monde est toujours le pétrolier Saudi Aramco… mais ses profits baissent
En six mois, le plus grand pétrolier au monde, Saudi Aramco, à enregistrer 46,9 milliards de dollars de bénéfices. C’est le double d’Apple sur toute l’année 2018 ! Mais le groupe souffre quand même d’un recul de 12 % en raison de la faiblesse du brut.
https://www.novethic.fr/actualite/energie/energies-fossiles/isr-rse/et-l-entreprise-la-plus-rentable-au-monde-est-toujours-saudi-armaco-mais-ses-profits-baissent-147593.html

4/ Les arbres, le nouvel argument responsable des pétroliers
Eni, Shell, Total… Plusieurs compagnies pétrolières veulent se lancer dans la plantation d’arbres, pour stocker du carbone et compenser leurs émissions. Elles sont de plus en plus poussées par certains investisseurs à communiquer sur leurs actions pour réduire leur impact sur le réchauffement climatique. Mais la reforestation ne sera efficace que sous certaines conditions.
https://www.novethic.fr/actualite/energie/energies-fossiles/isr-rse/les-arbres-le-nouvel-argument-responsable-des-petroliers-147575.html

5/ La Russie lance sa première centrale nucléaire flottante pour exploiter le pétrole de l’Arctique
La volonté de nombreux pays, dont la Russie, de profiter de la fonte des glaces du Grand Nord pour exploiter les gigantesques réserves pétrolières qui s’y trouvent n’est pas une surprise. Mais l’utilisation de centrales nucléaires pour alimenter des sites industriels isolés est une autre paire de manches. C’est pourtant bien ce que s’apprête à faire Moscou avec l’Akademik Lomonosov, un gigantesque réacteur flottant.
https://www.novethic.fr/actualite/energie/energie-nucleaire/isr-rse/la-russie-lance-sa-premiere-centrale-a-nucleaire-flottante-pour-exploiter-le-petrole-de-l-arctique-147611.html

6/ La mafia du sable et ses ravages
Une compétition énorme fait rage autour du sable, qui devient une denrée rare. La très forte demande en sable a conduit le crime organisé à se lancer dans cette activité et des centaines de personnes ont été assassinées pour du sable ces dernières années.
La demande de sable a grimpé en flèche, mais elle cause des dommages à l’environnement alors que les mineurs récoltent ce bien lucratif – un ingrédient vital pour le béton – et elle provoque des conflits, a déclaré un chercheur à la BBC.
https://resistanceinventerre.wordpress.com/2019/08/28/la-mafia-du-sable-et-ses-ravages/

7/ 105 ONG appellent les banques internationales à ne pas financer trois projets d’exportation de gaz de schiste au Texas
Plus de 100 organisations de la société civile – ONG environnementales et de défense des droits humains, associations locales, représentants des communautés amérindiennes – appellent dans une lettre ouverte 45 banques internationales à ne pas soutenir le développement de trois projets de terminaux d’exportation de gaz de schiste prévus au sud du Texas [1] et actuellement en recherche active de financements [2]. Hautement controversés, ces projets présentent des risques irréversibles pour le climat, les communautés locales, ainsi que pour la réputation des banques qui décideraient de les financer. En France, la réponse de Société Générale est particulièrement attendue alors que celle-ci s’est imposée au cours des dernières années comme leader de secteur et poursuit un mandat de conseil financier pour le double projet de terminal Rio Grande LNG et de gazoduc Rio Bravo Pipeline.
https://www.amisdelaterre.org/105-organisations-de-la-societe-civile-appellent-les-banques-internationales-a.html

https://yonnelautre.fr/

Amazonie

Macron se moque de nous

Voilà E. Macron de plus en plus écologiste, au point de se fâcher avec le président du Brésil et à ne pas signer le traité du Mercosur qu’il encensait en juin dernier. C’est sûr, le CETA est bien mieux même si Trudeau encourage l’extraction du gaz de schiste.

Alors, on annonce la création d’un fond « Amazonie » pour que les pays concernés achètent des bombardiers d’eau, des équipements pour leurs sapeurs‑pompiers, etc. En même temps les membres du G7 qui ne représentent qu’une infime partie de la population mondiale et moins de la moitié des ressources économiques sont prêts renier le droit à la souveraineté du Brésil en traitant directement avec les gouverneurs de province. La première ministre du Danemark l’a pourtant bien dit à Trump à propos du Groenland, l’époque où une minorité de pays pouvait acheter « terres nationales et les habitants » est révolue. Mais, Macron démocrate en chef rêve d’être à la tête d’un vaste empire.

Revenons, à la forêt en feu. Les propositions du G7, inspirées par l’incroyable intelligence de Jupiter 1er, sont une fois de plus un cataplasme sur une jambe de bois et en même temps une remarquable entreprise d’enfumage… Finalement Macron récupère la fumée amazonienne pour nous endormir comme si nous étions des insectes.

Une fois encore on ne traitera pas la cause des incendies. Bien entendu qu’il est hors de question de s’attaquer aux propriétaires terriens qui veulent augmenter leurs territoires pour produire encore plus de soja puisque les éleveurs des pays du G7 et notamment la France l’achètent en quantités démesurées mais à coût faible. En même temps les mêmes éleveurs se réjouissent de la volte-face de Macron sur le Mercosur, ils seront ainsi protégés d’un surplus d’importation de viande de bœufs brésiliens.

Donc le ministre brésilien de l’Éducation n’a pas totalement tord quand il écrit : « Macron n’est pas à la hauteur de ce débat [sur l’Amazonie]. C’est juste un crétin opportuniste qui cherche le soutien du lobby agricole français ». Le mot « crétin » n’est peut-être pas approprié car Macron est un stratège comme beaucoup de narcissiques autoritaires.

Et nous, pôvres français franchouillards, nous sommes ravis et prêts à croire en la révolution écologiste de Jupiter.

agoravox

Pics de méthane dans l’atmosphère

L’exploitation du gaz de schiste mise en cause

La signature chimique du méthane libéré par les opérations de fracturation hydraulique a été détectée dans l’atmosphère, faisant des activités gazières les principales suspectes.

Ces dix dernières années, les scientifiques ont mesuré dans l’atmosphère d’importantes augmentations du volume de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Au départ, les vaches et les zones humides étaient pointées du doigt mais de nouvelles recherches attirent l’attention sur les volumes de méthane rejetés par la production de combustible fossile et accusent principalement les activités d’extraction du gaz de schiste des États-Unis et du Canada.

Cette croissance « massive » des émissions de méthane est apparue au moment-même où le recours à la fracturation hydraulique pour le gaz de schiste a pris de l’ampleur aux États-Unis, indique Robert Howarth, écologiste à l’université de Cornell et auteur de l’étude publiée le 14 août dans la revue Biogeosciences.

« Nous savons que cette augmentation est en grande partie due à la production de combustibles fossiles et ces travaux suggèrent que plus de la moitié proviendrait des opérations d’extraction du gaz de schiste, » affirme-t-il lors d’une interview.

Cette forte croissance des émissions de méthane est préoccupante car le méthane réchauffe le climat de 80 fois plus que le dioxyde de carbone (CO2) à volume équivalent au cours des 20 premières années qui suivent sa libération dans l’atmosphère, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Au bout de 20 années, une grande partie du méthane devient du CO2 et peut alors stagner dans l’atmosphère plusieurs centaines d’années.

Le méthane libéré par la production de gaz de schiste présente une empreinte chimique légèrement différente du méthane relâché par les rots de vache (et non pas leurs flatulences comme beaucoup le pensent) ou par les zones humides. De précédentes études ont montré que le gaz de schiste comportait généralement moins de carbone 13 que de carbone 12 en comparaison au méthane issu des gaz naturels conventionnels et d’autres combustibles fossiles comme le charbon, explique Howarth. Cette différence est suffisante pour diminuer le poids de l’atome de carbone, un composant central de la molécule de méthane.

L’étude a recueilli des données antérieures sur la composition chimique du méthane présent dans l’atmosphère puis a appliqué une série d’équations pour déterminer quelle proportion de cette forme plus légère de méthane pouvait être attribuée aux gaz de schiste. Ils ont découvert que cette forme allégée de méthane libérée lors des activités de fracturation contribuait considérablement à la hausse globale des émissions de méthane depuis 2008.

Il reconnaît toutefois que l’empreinte chimique laissée par le gaz de schiste peut varier en fonction de la localisation et de la façon dont l’analyse est réalisée. Bien que cette étude ne puisse pas être considérée comme une preuve accablante, elle met tout de même en évidence un lien entre la récente augmentation de méthane dans l’atmosphère et la production de gaz de schiste.

« C’est un peu flou, mais l’empreinte est là, » déclare Howarth.

LA FRACTURATION EN QUESTION

Le gaz naturel est principalement du méthane. La fracturation est un procédé d’extraction pétrolière ou gazière qui consiste à forer un puits verticalement puis horizontalement dans une formation de schiste. Un mélange hautement pressurisé d’eau, de produits chimiques et de sable est injecté pour créer et maintenir ouvertes des fissures par lesquelles s’échappe le gaz. La quasi-totalité des opérations de fracturation se trouvent aux États-Unis ou au Canada. Environ deux tiers du gaz nouvellement produit ces dix dernières années dans le monde était du gaz de schiste produit aux États-Unis et au Canada à l’aide de la fracturation, selon les estimations l’étude menée par Howarth.

Le volume de méthane ayant rejoint l’atmosphère ces dix dernières années correspond également aux études qui montrent que les opérations de fracturation entraînent des pertes de 2 à 6 % du gaz produit par fuite, évacuation ou brûlage, indique Howarth.

Une étude parue en 2015 estimait que la région des schistes de Barnett au nord du Texas perdait à cause des fuites 544 000 tonnes de méthane par an pour un taux de fuite raisonnable égal à 1,5 %. Ce qui équivaut à 46 millions de tonnes de CO2, plus que des états comme le Nevada ou le Connecticut.

En 2015, une étude menée par John Worden du Jet Propulsion Laboratory de la NASA a découvert que les niveaux de méthane étaient restés stables pendant des années mais qu’ils avaient brusquement augmenté peu de temps après 2006, de 25 millions de tonnes par an. À l’aide de satellites et d’autres méthodes d’évaluation ils ont conclu que la contribution des combustibles fossiles à cette augmentation était de 12 à 19 millions de tonnes, le reste provenant probablement de sources biologiques.

L’étude réalisée par Howarth ajoute une pièce au puzzle déjà extrêmement complexe du méthane, commente Worden par e-mail en refusant de développer davantage.

Il est peu probable que cette simultanéité entre la brusque augmentation mondiale des concentrations en méthane et l’intensification des opérations d’exploitation des schistes ne soit qu’une coïncidence, fait remarquer Anthony Ingraffea, professeur d’ingénierie à l’université de Cornell et collègue de Howarth. Le rapport laisse entendre que l’empreinte chimique des gaz de schistes apporte une preuve de l’existence d’un lien direct, ajoute Ingraffea, qui a eu l’occasion de lire une première version du rapport.

« Une analyse isotopique des échantillons de gaz au niveau des têtes de puits sur un certain nombre d’opérations de fracturation serait un moyen facile de prouver ou réfuter l’hypothèse d’Howarth, » poursuit-il. « S’il cette hypothèse est avérée, alors nous saurons que les activités de fracturation aggravent le réchauffement climatique et entravent les efforts fournis pour rester en dessous des 2 °C. »

En 2015, lors de l’accord de Paris sur le climat, chaque pays s’est engagé à maintenir le réchauffement des températures sous la barre des 2 °C pendant que certaines îles proches du niveau de la mer et d’autres parties insistaient pour fixer cette limite à 1,5 °C.

Bien qu’elles soient souvent omises des débats climatiques, émissions de méthane en hausse viennent s’ajouter au réchauffement actuel et poursuivront sur cette lancée si rien n’est fait pour les arrêter.

« L’atmosphère réagit rapidement aux variations des émissions de méthane. Une réduction immédiate du méthane peut constituer une solution rapide de ralentissement du réchauffement climatique, » suggère Ingraffea.

Les propres recherches d’Ingraffea ont montré qu’un petit pourcentage de puits était responsable d’une majeure partie des émissions de méthane en raison de fuites ou d’évacuation volontaire. La modernisation des infrastructures et la capture du gaz plutôt que son évacuation sont deux solutions qui réduiraient fortement les émissions mais augmenteraient les coûts.

ENVIRONNEMENT ET SANTÉ

Aux États-Unis, l’administration Trump tente par tous les moyens d’accroître la production de gaz de schiste en annulant les lois qui régissent les opérations de fracturation sur des terres publiques. Ces règles exigeaient des entreprises qu’elles dévoilent les produits chimiques utilisés pour la fracturation et imposaient des normes plus strictes en matière de construction des puits de fracturation et de gestion des eaux usées. De plus, le gouvernement américain vend aux enchères des millions d’hectares de droits de forage aux exploitants de gaz et de pétrole.

Les préoccupations environnementales et sanitaires ont poussé la France et l’Allemagne à interdire la fracturation. Les États de New York, du Maryland et du Vermont également interdit cette pratique. Une étude menée en 2018 en Pennsylvanie a montré que les enfants nés à moins de deux ou trois kilomètres d’un puits de fracturation étaient plus petits et en moins bonne santé.

En Arkansas, des chercheurs ont découvert que les niveaux d’eau de 51 % des cours d’eau avaient dangereusement diminué en raison du pompage pratiqué par les activités de fracturation. La fracturation et l’injection en puits profonds de ses résidus ont par ailleurs été largement associés à des tremblements de terre.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Refus de l’extractivisme climaticide n° 397

Épuisement des ressources & Ravages de l’extractivisme

1/ Explosion de gaz dans le Kentucky
Explosion de gaz « Comme si une bombe atomique s’était déclenchée » : Une personne est morte, au moins cinq sont blessées et jusqu’à sept sont portées disparues après qu’une rupture d’un gazoduc régional près d’un parc de maisons mobiles ait causé une explosion massive dans le centre du Kentucky jeudi matin. L’explosion sur le pipeline Texas Eastern, propriété d’Enbridge, a provoqué un incendie massif qui a projeté des flammes à 300 pieds dans les airs et détruit cinq maisons après que les autorités ont évacué 75 des résidents du parc mobile. « C’était comme si une bombe atomique avait explosé », a déclaré l’un des évacués à WKYT-TV. En janvier, une autre ligne du système Texas Eastern a explosé dans l’Ohio, et le Louisville Courier-Journal rapporte que les organismes de réglementation ont recodé plus de deux douzaines d’« incidents importants » sur la ligne Kentucky.

2/ Agir contre les agro-carburants en France : Stop au diesel à l’huile de palme et de soja, MAINTENANT !
Le biodiesel contient de plus en plus d’huile de palme et de soja, provoquant toujours plus de déforestation. L’UE veut exclure l’huile de palme dans une large mesure, mais seulement à partir de 2030, ce qui est bien trop tard. Demandons au gouvernement d’agir MAINTENANT : stop à l’huile de palme et de soja dans les réservoirs !
https://www.sauvonslaforet.org/petitions/1183/stop-au-diesel-a-lhuile-de-palme-et-de-soja-maintenant?mtu=427242699&t=5583

3/ Suède : la population du comté d’Österlen veut laisser le vanadium sous terre
Un bras de fer est engagé entre les habitants du comté d’Österlen, dans le sud-est du royaume, et une compagnie britannique qui a obtenu un permis d’exploration du vanadium, un métal rare employé dans la construction et les batteries.
https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/08/06/en-suede-la-population-veut-laisser-le-vanadium-sous-terre_5496963_3244.html

4/ Désinvestir les combustibles fossiles dans le Monde : Le plus puissant gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock a perdu 90 milliards de dollars en misant sur les énergies fossiles
Trop investi dans des entreprises liées aux énergies fossiles, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, l’américain BlackRock a perdu ou à loupé des opportunités évaluées à 90 milliards de dollars ces dix dernières années, selon un institut spécialisé. Aujourd’hui, seulement 0,8 % du portefeuille de 6 500 milliards de dollars est investi dans des fonds à orientation environnementale ou sociale.
https://www.novethic.fr/actualite/finance-durable/isr-rse/le-plus-puissant-gestionnaire-d-actifs-au-monde-blackrock-a-perdu-90-milliards-de-dollars-en-misant-sur-les-energies-fossiles-147564.html

5/ En finir avec le charbon en Europe : Ursula von der Leyen veut créer un fonds de transition énergétique juste
La prochaine présidente de la Commission européenne, qui prendra ses fonctions en novembre, commence à donner des indications sur sa prochaine législature. À l’occasion d’un déplacement en Pologne, Ursula von der Leyen a déclaré vouloir créer un fonds d’investissement pour aider à la transformation des pays dépendant du charbon. Elle veut également lancer une consultation des citoyens sur l’avenir de l’Europe.
https://www.novethic.fr/actualite/finance-durable/isr-rse/sortie-du-charbon-ursula-von-der-leyen-veut-creer-un-fonds-de-transition-energetique-juste-147532.html

6/ Total se rebiffe contre l’exclusion de l’huile de palme de la liste des biocarburants
Démarrée au début du mois, la bioraffinerie de Total à La Mède, fonctionnant en partie avec de l’huile de palme importée, est déjà menacée. L’entreprise a déposé un recours contre l’exclusion de l’huile de palme de la liste des biocarburants et la suppression de son avantage fiscale. Elle s’estime victime de discrimination par rapport aux autres entreprises européennes, non soumises à la même disposition. Les ONG quant à elles rappellent le pouvoir néfaste de l’huile de palme sur la déforestation.
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/biodiversite/isr-rse/total-se-rebiffe-contre-l-exclusion-de-l-huile-de-palme-de-la-liste-des-biocarburants-147535.html

7/ La ruée vers le sable à bord du Stellamaris, un navire extracteur français
La demande en sable, déjà la deuxième ressource la plus consommée au monde devant le pétrole, va exploser dans les années à venir. Utilisé majoritairement dans la construction, il est source de tensions dans plusieurs régions du monde où les plages sont littéralement vidées. Loin de ces images désastreuses, la France a mis en place des normes environnementales strictes et la profession assure un suivi des impacts. Reportage à bord d’un des quatre navires extracteurs qui sillonnent nos côtes.
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/ressources-naturelles/isr-rse/reportage-la-ruee-vers-le-sable-a-bord-d-un-navire-extracteur-francais-147509.html

8/ Enfants de Salsigne : le bilan s’alourdit
Dans la vallée de l’Orbiel (Aude), frappée par de fortes inondations en octobre, le nombre d’enfants contaminés par l’arsenic ne cesse d’augmenter : près de deux enfants sur trois en présentent des taux anormalement élevés, selon les derniers résultats disponibles. En cause, l’héritage désastreux de la mine de Salsigne.
http://adenca.over-blog.com/2019/07/enfants-de-salsigne-le-bilan-s-alourdit.html

9/ Pétrole : le marché mondial de l’or noir au bord de la crise
La guerre commerciale menée par Washington contre la Chine pousse les prix de l’or noir à la baisse, malgré les tensions avec l’Iran dans le détroit d’Ormuz.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/08/12/petrole-le-marche-mondial-sous-la-pression-de-donald-trump_5498641_3234.html

10/ Le modèle du pétrole de schiste américain suscite des interrogations
La guerre commerciale menée par Washington contre la Chine pousse les prix de l’or noir à la baisse, malgré les tensions avec l’Iran dans le détroit d’Ormuz.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/08/12/le-modele-du-petrole-de-schiste-americain-suscite-des-interrogations_5498675_3234.html

11/ La Norvège recule sur la sortie du pétrole de son fonds souverain
Il y a deux ans, le fonds souverain norvégien a marqué les esprits en annonçant un désinvestissement des hydrocarbures, un message fort venant du fonds qui a bâti sa richesse sur le pétrole de la mer du nord. Mais le plan final qui se dessine ne concernerait que 5,7 milliards de dollars sur un portefeuille de 1 100 milliards.
https://www.novethic.fr/actualite/finance-durable/isr-rse/la-norvege-recule-sur-la-sortie-du-petrole-de-son-fonds-souverain-147590.html

https://yonnelautre.fr/

Fracturation hydraulique et santé

Une nouvelle étude démontre que les bébés qui naissent à proximité de puits de gaz et de pétrole ont entre 40 à 70% plus de chances d’avoir des défauts cardiaques congénitaux.

D’après une nouvelle étude, il y a entre 40 et 70% de plus de probabilité pour les femmes enceintes de donner le jour à un bébé ayant des défauts cardiaques congénitaux si elles habitent à proximité d’exploitation de gaz et de pétrole.

A l’Université du Colorado, la Dr Lisa Mckenzie et son équipe de chercheurs ont trouvé que les produits chimiques émis par des puits de gaz et de pétrole peuvent avoir des impacts sérieux et potentiellement mortels sur des bébés dont la mère habite à moins de 1,5 km du site d’un puits actif – et c’est le cas pour 17 millions d’Américains.

Les chercheurs ont étudié plus de 3000 nouveau-nés qui ont vu le jour dans le Colorado entre 2005 et 2011. Il y a environ 60 000 sites de fracturation hydraulique dans l’état d’après le mouvement populaire Colorado Rising.

Dans les régions où les sites d’extraction du gaz et du pétrole étaient les plus nombreux, il y avait entre 40 et 70% de probabilité pour que les mères accouchent de bébés atteints de défauts cardiaques congénitaux (DCC).

La Dr Mckenzie a déclaré : » Nous avons observé plus d’enfants naître avec des défauts cardiaques congénitaux dans des régions où il y avait le plus de puits de gaz et de pétrole en activité. »

L’étude était plus précise que des rapports antérieurs en ce qui concerne le lien entre l’extraction du gaz et du pétrole et les DCC. Les chercheurs ont étudié des familles dans lesquelles les femmes enceintes ont vécu à proximité d’un puits de gaz ou de pétrole actif jusqu’au deuxième mois de grossesse, moment où le développement cardiaque a lieu chez le fœtus.

Ils ont également évalué l’intensité de l’activité d’extraction de gaz et de pétrole, déterminé exactement à quelle distance les femmes enceintes vivaient des puits et se sont assurés qu’il n’y avait pas d’autres sources importantes de pollution atmosphérique qui pourraient fausser leurs résultats.

Un des journalistes scientifiques a qualifié l’étude de « très convaincante » sur les réseaux sociaux.

La biologiste, Sandra Steingraber, faisait partie du groupe d’experts sur les dangers de l’extraction des combustibles fossiles qui ont désigné l’étude comme la preuve la plus récente que le fait de permettre aux puits de gaz et de pétrole de fonctionner, surtout à proximité de communautés, constituait un danger pour la santé publique. Sur Twitter, la Dr Steingraber a écrit, après avoir lu le document : « C’est une étude solide » notant que les scientifiques avaient construit sur des connaissances que les scientifiques possédaient déjà concernant des produits chimiques émis pendant la fracturation hydraulique dont on sait qu‘ils sont nocifs pour la santé prénatale.

La Dr Steingraber a écrit : « Des études antérieures sur les effets de l’extraction du gaz et du pétrole sur la santé cardiaque des nouveau-nés ne prenaient pas en compte l’étape de la grossesse ni ce qui se passait sur le puits pendant cette fenêtre. » Ce fait est important parce que les structures cardiaques se forment très tôt dans le développement – pendant les deux premiers mois. Si la FH est littéralement en train de démolir des cœurs de fœtus, cela se fait forcément au début de la grossesse.’

Elle a ajouté : »Quand les chercheurs ont regardé où habitaient les mères juste avant de concevoir et pendant les premières semaines ultra-importantes après la conception, ils ont trouvé des schémas surprenants. »

Les DCC sont la première cause de décès chez des enfants qui ont des défauts congénitaux. Il y a plus de probabilité que des bébés qui naissent avec des DCC ne « profitent » pas, aient des lésions cérébrales et ont des problèmes développementaux. Cette étude est publiée au moment où le Président Trump projette d’ouvrir 725 000 acres de terres publiques en Californie à des compagnies de gaz et de pétrole. Depuis le début de son mandat, le Président a offert un total de 378 million d’acres de terres publiques et d’eau pour les activités d’extraction du gaz et du pétrole.

La Dr Steingraber a encouragé vivement les opposants à l’extraction des carburants fossiles à déclarer publiquement leur opposition en faisant appel aux législateurs et en adressant des lettres aux rédacteurs en chef, notant que la Dr Mckenzie est ciblée depuis des années par les géants du gaz et du pétrole pendant qu’ils combattent les recherches qui révèlent les dangers à la santé publique qu’ils représentent.

Traduction : Maureen Johnson

Face à la frénésie pétrolière

La résistance s’organise en Grèce

Depuis 2014, 72 % des eaux et 13 % des terres de la Grèce sont destinées à la recherche et l’exploitation des hydrocarbures, bien souvent à l’insu des populations locales. Mais, avec l’aide d’associations environnementales, la résistance s’organise, notamment dans l’Épire.

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« C’est impossible que ça arrive pour de vrai. Non, je ne peux pas imaginer qu’il n’y ait plus d’arbres ici. Si les travaux se font vraiment, s’ils commencent à sortir du pétrole de la terre, nous les bloquerons. Nous n’avons pas le choix. » Costas, prof de maths à la retraite, nous dit ça tout en déchargeant d’énormes sacs d’engrais et de terre de sa voiture. Et, comme chaque jour, pose la même question à sa fille, qui gère le commerce : « Et les ouvriers de la prospection, on a eu des nouvelles aujourd’hui ? » Son visage est doux, son front cuivré luit sous le soleil. « Non rien. Je crois qu’ils ont été aperçus ce matin vers Zagori [un village voisin d’une trentaine de kilomètres], mais le maire est venu protester en personne, les ouvriers ont tout replié et sont partis. »

Difficile d’imaginer que leur village, Zitsa, petit bourg d’environ quatre-cents habitants perdu dans un massif montagneux de l’Épire, soit au cœur des appétits de grands groupes pétroliers. Et pourtant, le sous-sol de cette région du nord-ouest de la Grèce, la plus pauvre du pays, pourrait regorger d’hydrocarbures (pétrole, gaz et gaz de schiste). Tout comme un gros tiers du pays, à la fois dans les terres et en milieu marin. « Le gouvernement a ouvert tout l’ouest du pays aux compagnies pétrolières, il y en a pour des années, nous en sommes encore aux toutes premières phases », se désole Takis Grigoriou, chargé de mission chez Greenpeace Grèce. L’ONG, après un engagement historique contre l’extraction du lignite, a décidé de placer le pétrole au cœur de ses activités fin 2017. « C’est devenu clair qu’il fallait s’en soucier, que ça devenait un enjeu majeur. »

Vingt « blocs » ont été délimités comme on coupe un gâteau, le long de la côte occidentale, des Balkans à la Crète 

L’hypothèse de présence d’hydrocarbures dans les sous-sols de l’Épire n’est pas nouvelle. L’armée italienne fut la première à y mener des recherches durant la Seconde Guerre mondiale, avant qu’Athènes ne reprenne le flambeau dans les années 1960, puis 1980. Mais le paysage, difficile et escarpé, avait rendu les prospections infructueuses. Les récentes innovations technologiques, notamment le traitement des données sismiques, ont rebattu les cartes. La seule concession de Ioannina, qui couvre une partie de l’Épire, promet ainsi aujourd’hui de produire entre 3.000 et 10.000 barils par jour.

À en croire les déclarations en 2014 d’Antonis Samaras, alors Premier ministre (droite) : en 30 ans, pas moins de 150 milliards d’euros d’entrées fiscales pourraient bénéficier à la Grèce. Une manne pour un État qui peine toujours, neuf ans plus tard, à sortir son économie du marasme dans lequel l’a plongée la crise de la dette publique, qui lui a fait perdre près du tiers de son produit intérieur brut (PIB).

La suite est connue : 20 « blocs » ont été délimités comme on coupe un gâteau, le long de la côte occidentale, des Balkans à la Crète. Les sites en mer couvrent au total 58.000 km2, soit 72 % des eaux grecques. À terre, 17.000 km2 sont concernés, soit 13 % du territoire. Tous les blocs ont été attribués ou sont en cours d’attribution sous la forme de concessions de 25 ans. Au rendez-vous, deux compagnies nationales : Hellenic Petroleum et Energean. Mais aussi des grandes compagnies occidentales : Total, ExxonMobil, Repsol ou encore Edison, une filiale d’EDF.

Pour l’instant, au cœur des massifs épirotes, ni forage ni puits de pétrole, seulement la chaleur et les nuées de papillons. Pour apercevoir les travaux préparatoires, une seule solution : suivre les pistes. Costas, le vieux prof de maths, ne se fait pas prier. Petrus, son vieux copain, un ancien boulanger à Athènes, insiste pour nous accompagner. Il faut s’éloigner du village, quitter la route et ralentir l’allure sur les chemins rocailleux, s’enfoncer à pied dans le maquis escarpé, traverser les forêts de noyers et de châtaigniers. « Peu de gens viennent jusqu’ici. » La zone est reculée, à peine parcourue par les chasseurs, qui y traquent lièvres et sangliers. Difficile de comprendre comment les ouvriers peuvent l’atteindre.

Soudain, le vrombissement d’un hélicoptère se répand dans le ciel. À basse altitude, il hélitreuille des caisses volumineuses. « C’est comme ça qu’ils transportent leur matériel et tous leurs outils, certaines zones ne sont même pas accessibles par la route », précise Costas, visage tourné vers les cimes. Lorsqu’on lui demande comment il peut être sûr qu’il s’agit bien d’ouvriers de la compagnie pétrolière, il rit jaune. « Pourquoi y aurait-il un hélicoptère ici autrement ? » Son copain rigole à son tour.

Après un bon moment à crapahuter, le vieux professeur s’immobilise. Il pointe du doigt un petit ruban jaune qui flotte au vent, noué à la branche d’un arbuste. « C’est comme ça qu’ils balisent leurs chemins jusqu’aux zones où ils font leurs explosions. » Effectivement, tous les 20 mètres, un ruban conduit à un autre. À la fin du jeu de piste, des trouées artificielles autour desquelles la végétation a été arrachée. Au milieu, des sacs de sable couvrent les orifices qui ont servi à introduire des explosifs dans le sol. Depuis un an, des milliers de ces trouées clairsèment la région.

Les habitants des dizaines de hameaux dispersés dans le massif de l’Épire semblent parfois à peine au courant du destin qui a été négocié pour eux, à des centaines de kilomètres de là, à Athènes. C’est le cas de Stavros, originaire de Kalahori, patelin d’une quarantaine d’âmes. « J’ai découvert ce projet seulement fin 2016, en tombant sur un reportage sur Alpha

[une télévision privée]

qui vantait les aspects positifs de l’exploitation pétrolière de Prinos [l’ancienne et unique exploitation grecque, dans l’est du pays, exploitée depuis le début des années 1970]. La seconde partie du reportage, c’était mon village ! Tu imagines ? Il montrait les traces de pétrole qui remontent à la surface, près de la rivière. » Personne alors, dans les communautés locales, ne se soucie réellement du problème. C’est seulement l’année suivante, avec l’arrivée des premiers ouvriers et le lancement des recherches à l’automne 2017, que les locaux prennent conscience de la situation, sans n’avoir jamais vu l’esquisse d’une consultation publique.

La région abrite pourtant un des blocs à l’agenda le plus avancé. Le Parlement grec a ratifié le lancement des opérations dans la zone en octobre 2014. 4.187 km2 sont concernés, faisant craindre un désastre écologique d’ampleur. Pas moins de 20 espaces naturels protégés pourraient être touchés, rien que pour ce bloc. Deux autres sites, cette fois dans le Péloponnèse, inquiètent aussi les ONG : Katocolo (cinq millions de barils espérés) et le golfe de Patras (200 millions de barils espérés). « L’extraction pétrolière est un danger imminent. D’ici un an, ils auront fini les tests sismiques, ensuite ce sera le moment des premiers forages », dit Takis, de Greenpeace.

Aucun des partis politiques représentés à la Vouli (le Parlement grec) ne semble désireux de remettre en question cette frénésie pétrolière. Ni même la formation de gauche radicale Syriza, au pouvoir depuis 2015, qui s’était pourtant fait élire avec un programme ne laissant guère de place à l’extractivisme. « C’est une trahison inacceptable, ils étaient contre. Une trahison qui aura des conséquences désastreuses sur l’économie locale et l’environnement ! » dit Dimitris Ibrahim, engagé avec WWF. Et d’ajouter : « Les seuls qui nous soutiennent, c’est le MeRA25 et Varoufakis [le Front réaliste européen de la désobéissance, formation fondée en 2018 par l’ancien ministre des Finances du premier gouvernement Tsipras]. » Après avoir approché les 3 % aux élections européennes, la jeune formation pourrait espérer faire son entrée à la Vouli lors des élections anticipées le 7 juillet prochain.

« Il y a toujours eu ici un sens très fort de la communauté, de l’attachement à la terre » 

Au cœur des maquis, les communautés épirotes se sont faites à l’idée qu’il fallait s’organiser sans rien attendre de personne. En 2017, Lila, une habitante de la région lance le premier groupe Facebook dédié au sujet. Deux ans plus tard, Save Epirus compte plus de 16.000 membres des quatre coins du pays. « Il n’y avait aucune information pour les habitants. On a créé ce groupe pour informer et aussi pour s’organiser. C’est compliqué de se croiser ici, il n’y a pas forcement beaucoup de contacts entre les communautés », explique Lila. Âgée de 44 ans aujourd’hui, elle a quitté Athènes en 2007 pour se lancer dans les chambres d’hôtes. Comme elle, les jeunes de la capitale ou de Thessalonique, la deuxième ville la plus peuplée du pays, sont nombreux à envisager de s’installer dans le massif de l’Épire, reprenant parfois des terres familiales. Sans compter les retraités, comme Costas ou Petrus, qui reviennent au village pour leurs vieux jours. « Il y a un réseau de la diaspora épirote en Grèce. Il y a toujours eu ici un sens très fort de la communauté, de l’attachement à la terre. Les jeunes reviennent tous passer l’été dans leur village », nous confirme Anastasis, un jeune étudiant investi dans l’opposition au projet à Ioannina, chef-lieu de l’Épire adossée au lac Pamvotis. « Cette région fait office de laboratoire pour les industries pétrolières : si le projet parvient à être accepté ici, alors ils pourront le faire partout », analyse le jeune homme.

Dans les villes d’Athènes, de Thessalonique ou encore de Ioannina, les milieux militants et écologistes grecs se sont rapidement mobilisés. L’Alimura, centre social autogéré au cœur de la petite capitale régionale, accueille chaque semaine depuis février 2018 une assemblée ouverte. Jusqu’à 60 ou 70 personnes font parfois le déplacement, parfois de communes éloignées. Un rôle de relais essentiel, mais que Dimitris Ibrahim, de la WWF, veut nuancer : « Ils [les réseaux anarchistes et antiautoritaires grecs] sont très actifs, ils ont des réseaux très développés, mais ils ne touchent pas tout le monde, les Grecs ne s’y retrouvent pas forcement. »

Les petits villages semblent en tous cas mobiliser au-delà de leurs maquis. Les premières manifestations organisées à Ioannina ont fait le plein de soutiens. Plus de 2.000 personnes défilaient en mai 2018 dans le chef-lieu de l’Épire, qui ne compte que 65.000 habitants. Puis, à nouveau en juin 2019. Un exploit sans le soutien d’un parti politique. La manifestation organisée à Athènes, en février, n’a en revanche rassemblé que quelques centaines de personnes. « Ils doivent prendre conscience que ce problème nous concerne tous, il faut que tout le monde se rende compte et se mobilise », dit Lila.

« Tout le monde est d’accord pour travailler ensemble. On se structure peu à peu » 

Des réunions publiques et des assemblées se multiplient un peu partout sur les territoires concernés. L’idée émerge d’une grande coordination de toutes les assemblées contre les exploitations pétrolières de Grèce pour le mois de septembre. Un mouvement vu avec enthousiasme par les ONG. « Bien sûr que nous y participerons, si nous avons la chance d’être invités. Mais ce sont des mouvements citoyens, portés par des collectifs très divers, cela n’a rien à voir avec nos structures, notamment en matière d’organisation, il ne faut pas tout mélanger », dit le chargé de mission de la WWF.

Bien qu’elles tiennent à s’afficher en retrait, les organisations Greenpeace et WWF demeurent très actives et cherchent à faire décoller le mouvement. Samedi 22 juin, 13 délégations de dix différentes zones promises à l’exploitation d’hydrocarbures se sont ainsi rendues à bord du mythique Rainbow Warrior afin de tenter de coordonner les différents collectifs. « Je pense que c’était un succès, tout le monde est d’accord pour travailler ensemble. On se structure peu à peu. Maintenant, comment trouver des idées concrètes rapidement ? » résume Takis, chargé de mission de Greenpeace.

Les deux organisations ont aussi essayé d’emmener la bataille sur le terrain juridique, sans guère de garantie de succès. Deux recours déposés par les ONG sont en cours d’examen par les plus hautes institutions du pays. L’un a été lancé en 2018 et concerne le bloc de Ioannina, l’autre, cette année, pour le bloc marin au sud-ouest de la Crète. À chaque fois, les organisations mettent en cause des infractions à la législation existante sur les études des conséquences environnementales. Les décisions sont attendues pour la rentrée. Ni le ministère grec de l’Environnement et de l’Énergie ni l’entreprise Repsol, qui gère les recherches dans le bloc de Ioannina, n’ont pas pour l’instant donné suite à nos sollicitations.

reporterre.net

Refus de l’extractivisme climaticide n° 396

Épuisement des ressources & Ravages de l’extractivisme

1/ Intimidations, viols, violences, meurtres… : ces exactions qui salissent l’industrie minière
Chaque année, des dizaines de personnes meurent dans le monde en tentant de défendre leurs terres, leurs environnements. Activistes, militants, et mêmes journalistes subissent des violences, reçoivent des menaces de mort, sont assassinés, pour s’être dressés contre des exploitations minières censées améliorer leurs vies. Si la question est peu évoquée, elle n’en demeure pas moins importante dans cette course à l’exploitation des ressources naturelles où, souvent, les populations locales ne pèsent rien face à des enjeux industriels et financiers considérables.
https://agenceecofin.com/hebdop3/1807-67961-intimidations-viols-violences-meurtres-ces-exactions-qui-salissent-l-industrie-miniere

2/ RCA (République centrafricaine) : le parlement accuse 4 compagnies minières chinoises de désastre écologique
Une commission du parlement centrafricain vient de rendre publics les résultats de son enquête sur l’activité minière dans la zone de Bozoum, une ville située au nord du pays. Il en ressort que les entreprises chinoises Tian Roun, Tian Xiang, SMC Mao et Meng sont responsables de graves abus liés à l’exploitation de mines d’or. Le rapport évoque un désastre écologique.
https://www.afrik21.africa/rca-le-parlement-accuse-4-compagnies-minieres-chinoises-de-desastre-ecologique/

3/ Pénurie de phosphore : il sera question d’éviter une famine mondiale
Tandis que l’épuisement du pétrole se trouve au centre d’un grand nombre de débats, la raréfaction du phosphore est loin d’être un sujet aussi médiatisé et ne mobilise guère la sphère politique. En avez-vous seulement entendu parler ? Pourtant, élément majeur de l’agriculture et indispensable à toute vie, son amenuisement face à une demande qui croît de manière exponentielle pourrait signer une rupture avec le modèle agro-industriel dominant, menaçant de ce fait la sécurité alimentaire mondiale.
https://mrmondialisation.org/penurie-de-phosphore-il-sera-un-jour-question-deviter-une-famine-mondiale/

4/ Chili : 40 000 litres de pétrole se déversent dans les eaux réputées parmi les plus pures de la planète
Marée noire dans une eau parmi les plus pures de la planète. Quelque 40 000 litres de pétrole se sont déversés au large du Chili, samedi 27 juillet, à la suite d’un incident sur le terminal d’une compagnie minière situé sur une île en Patagonie, ont annoncé les autorités. Le pétrole s’est déversé dans une zone réputée pour la pureté de ses eaux et son riche écosystème marin.
https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/chili-40-000-litres-de-petrole-se-deversent-dans-les-eaux-reputees-parmi-les-plus-pures-de-la-planete_3555001.html

5/ Sortie du charbon : Société Générale rate son tir, à quand une régulation de la finance privée ?
Les dernières semaines ont été rythmées par les annonces de plusieurs banques françaises sur le secteur du charbon. Aux politiques de Crédit Agricole, de La Banque Postale Asset Management et de Natixis, succède aujourd’hui celle moins disante de Société Générale. Ces engagements volontaires à géométrie variable, autant que l’absence d’engagement de certaines comme BNP Paribas, marquent une occasion manquée pour ces banques et un test échoué pour le gouvernement. Les Amis de la Terre rappellent l’Etat à sa responsabilité de régulateur, indispensable pour encadrer les impacts de la finance privée sur le climat et assurer une sortie des énergies fossiles alignée avec l’Accord de Paris.
https://www.amisdelaterre.org/Sortie-du-charbon-Societe-Generale-rate-son-tir-a-quand-une-regulation-de-la.html

6/ Engie augmente au Chili sa production d’électricité à partir de charbon, en dépit de l’urgence climatique
S’il est une entreprise française qui ne pourra pas se positionner comme un acteur de la lutte contre le changement climatique lors de la COP25 au Chili en novembre prochain, c’est bien Engie. L’autoproclamé « leader mondial de la transition zéro carbone » dispose encore de six centrales à charbon dans ce pays d’Amérique du sud et vient d’en inaugurer une septième. Or, le respect de l’Accord de Paris et des mesures préconisées par les experts du GIEC pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle exigent au contraire une sortie immédiate du charbon.
https://www.amisdelaterre.org/Au-Chili-Engie-augmente-sa-production-d-electricite-a-partir-de-charbon-en.html

7/ Non à la réouverture de la mine de SALAU (Ariège) : le ministère de l’Économie a annoncé qu’il ferait appel de l’annulation du permis de recherches
Le ministère de l’Économie a annoncé qu’il ferait appel de l’annulation du permis de recherches accordé à la société Variscan Mines pour l’ouverture d’une mine de tungstène dans le sud de la France. Depuis quelques années, on assiste à un regain d’intérêt pour l’activité minière, mais la plupart des projets ont été abandonnés face à l’opposition locale. Celui de la mine de Salau, en Ariège, ne fait pas exception.
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/ressources-naturelles/isr-rse/une-mine-de-tungstene-en-ariege-pourrait-rouvrir-dans-les-dix-prochaines-annees-145543.html

https://yonnelautre.fr/