La mine de Salau en terrain miné

Trois ans avant sa fermeture, après les signalements de mineurs atteints de troubles pulmonaires, le site avait fait l’objet d’une série de prélèvements scientifiques, qui tous avaient révélé la présence d’amiante dans l’air et dans les roches.

Malgré ces résultats et les réserves émises par le ministère de la santé, trente ans plus tard, en octobre 2016, Bernard Cazeneuve, alors premier ministre, et Christophe Sirugue, secrétaire d’État à l’industrie, accordent un permis de recherche à la société Variscan Mines sur huit minerais dont le tungstène, le cuivre et l’or.

La relance de la mine en France est alors dans l’air du temps depuis quelques années. L’arrivée d’Arnaud Montebourg à Bercy, au début du quinquennat de François Hollande, donne le coup d’envoi. Critiqué, le gouvernement promet alors une réforme du code minier pour prendre en compte l’aspect environnemental jusqu’ici réduit à portion congrue. Cette réforme n’a jamais vu le jour lors du précédent quinquennat, et a de nouveau été promise par le ministre de la transition écologique François de Rugy il y a quelques semaines à l’issue du premier Conseil de défense écologique.

En attendant, l’État avait promis, en 2015, la rédaction d’un « livre blanc » pour faire de l’exploitation de mine « responsable ». Quand Emmanuel Macron, président de la République, s’est rendu en Guyane en 2017, il avait par exemple réaffirmé son soutien à la Montagne d’or, ce projet de méga-mine d’or au cœur de la forêt amazonienne, car celle-ci respecterait ce concept. Or le projet de livre blanc a fait long feu.

Interrogé par Mediapart en juin 2018, le service presse du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) reconnaissait que « le livre blanc n’a, en effet, pas été publié. Il est actuellement en attente du côté du ministère et n’existe donc pas en tant que tel ». « Toutefois, un référentiel technique a été rendu public sur le site minéralinfo, collection “les mines en France” », ajoutait le BRGM.

Cela n’a pas empêché les promoteurs de la réouverture de la mine de Salau, tout comme en Guyane, de se réclamer de ce concept. Et Bercy de s’en targuer pour justifier l’octroi du permis d’exploration en 2016.

Depuis ce moment et avec le soutien d’associations de défense de l’environnement (le comité écologique ariégeois, Conflens-Salau demain), Henri Richl, maire de Couflens, village dont dépend la mine, se bat pour faire annuler cette autorisation. Ils sont une vingtaine, ce mardi 11 juin, à avoir fait le déplacement jusqu’à Toulouse pour assister à l’audience du tribunal administratif.

Violaine Richl, la fille et adjointe du maire, se réjouit : « Notre recours pour annuler le permis va être enfin jugé par le tribunal. Ça paraît irréel. Ça fait plus de deux ans qu’on attend ce jour. »

À 49 ans, cette technicienne agricole est revenue vivre dans son village natal. « J’y suis très attachée. C’est pour cela que je mènerai ce combat jusqu’au bout, pour préserver la nature dans laquelle j’ai grandi », explique-t-elle.

C’est la septième fois qu’elle se présente au tribunal administratif de Toulouse. « Depuis que le permis a été accordé, nous avons dû faire face à de nombreux problèmes avec la société Variscan Mines qui se permettait de faire des travaux ou des mesures sans respecter les règles d’usage et cela avec l’aval de la préfecture », précise Violaine qui ne cache pas une certaine fatigue à devoir mener ce combat contre Variscan Mines mais aussi contre l’État.

À ses côtés, Jacques Renoud, premier adjoint au maire, a l’impression parfois de « se battre contre un ballon de baudruche. Rien ne bouge », estime-t-il. Cet ancien libraire reconverti dans l’apiculture, venu s’installer dans la région il y a vingt-trois ans, pour fuir « le tourisme de masse de L’Isle-sur-la-Sorgue » n’a aucune envie de se « retrouver au milieu des camions qui transporteront le tungstène ».

Dans ce combat, chacun a son domaine. « On doit faire avec nos petits moyens. Je me suis occupé de décortiquer les montages financiers de Variscan Mines, explique Jacques Renoud, Marcel Ricordeau, président du Comité écologique, est en charge des questions environnementales, et Violaine avec son père Henri, ont tout l’historique des procédures judiciaires. »

La salle d’audience se remplit de la vingtaine de personnes opposées à la réouverture de la mine. Ni Michel Bonnemaison, à l’origine de la demande de permis pour la société Variscan Mines, représentée par l’avocate Sarah Beau, ni la préfète, Chantal Mauchet, n’ont fait le déplacement. Seuls pour défendre le permis, Rémi Galin, chef du bureau des ressources minérales au ministère de l’écologie, et Jean-Luc Findelair, de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), sont présents.

 Durant l’audience, les opposants sont, très vite, confortés par le rapporteur public qui se prononce pour l’annulation du permis pour des motifs financiers.

En matière de code minier, l’un des principaux critères d’octroi des permis repose sur les capacités financières de l’entreprise. Or, non seulement Variscan Mines a présenté un dossier financier « inexact », qui « a nui à l’information du public et à la décision de l’administration », mais de surcroît, elle n’a pas les capacités financières disponibles et requises pour ce projet.

«Variscan n’a pas justifié de ses capacités financières»

Il est vrai que le montage réalisé par cette entreprise soulève de nombreuses interrogations. Contactée par Mediapart, la société Variscan Mines n’a pas souhaité s’exprimer, préférant attendre le jugement pour le faire.

En revanche, Michel Bonnemaison a accepté de revenir sur la genèse de la demande de permis. Après trente ans au service de l’État, « lorsque j’ai quitté le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), j’ai créé E-mines, une entreprise d’informatique pour exploiter les données minières. Les sociétés d’exploration n’ont pas les connaissances suffisantes, je leur propose donc mes services », précise le géologue pour lequel passer ainsi du public au privé dans le même domaine de compétences « ne pose pas de problème. C’était même encouragé à l’époque ».

Ariégeois, il estime que la mine de Salau est d’une richesse sous-estimée. « Mes démarches auprès des ministères ont duré plus de deux ans. Macron à Bercy a soutenu le projet alors que les ministères de l’écologie et surtout de la santé avec Touraine émettaient des réserves », précise-t-il.

Loin de faire l’unanimité au sein du gouvernement, l’octroi du permis de recherches minières à la Société Variscan a effectivement provoqué la réaction de Marisol Touraine, alors ministre de la santé. Dans un courrier du 21 novembre 2016 (en annexe de la convention entre l’État et Variscan), elle insiste sur la nécessité de conditionner ce permis à « une expertise indépendante sur le risque amiantifère ».  

Plus de deux ans plus tard, cette expertise, menée par Maxime Missori et Marie-Annick Billon-Galland, n’a toujours pas rendu ses conclusions. Pour Michel Bonnemaison, « il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur l’amiante ». En revanche, aucun commentaire sur le montage financier.

En résumé, Variscan Mines Limited, société australienne, a créé une filiale française, Variscan Mines SAS, pour détenir le permis. Lors de la présentation du dossier, Michel Bonnemaison et Variscan ont annoncé être soutenus par Apollo Multi Asset Management LLP, garant de l’engagement financier minimal de 25 millions d’euros. Mais ce soutien se révélera inexistant. Par ailleurs, parmi les actionnaires figure Juniper Capital, un fonds d’investissement basé dans les îles Vierges britanniques, un paradis fiscal donc.

Aujourd’hui, et pour faire simple, un autre fonds d’investissement, Apollo Minerals, a racheté la filiale française de Variscan, devenant ainsi le détenteur du permis. Tandis que Juniper Capital figure toujours parmi les actionnaires…  

Comme le signale le rapporteur public, « nous avons beaucoup de mal à comprendre pourquoi il n’y a pas eu un montage solide et clair ». En d’autres termes, comment expliquer une telle cascade de sociétés, parmi lesquelles un fonds d’investissements domicilié aux îles Vierges britanniques ?

La conclusion du magistrat est accablante pour l’État : « Variscan n’a pas justifié de ses capacités financières et le secrétaire d’État a donc entaché son arrêté d’irrégularités. »

Lors de sa plaidoirie, Rémi Galin, chargé du bureau des mines pour le ministère de l’écologie, peine à convaincre. Dans un jargon technocratique et peu compréhensible, il assure aux magistrats que les décisions sont prises par des experts. Concernant le montage financier et les paradis fiscaux, il précise que le ministre les jugeait « pas terribles » et déclare néanmoins en guise de conclusion : « Je me demande encore aujourd’hui comment j’aurais pu refuser ce projet. »

Grands absents de cette audience, l’environnement et la santé. Balayés d’un trait par le rapporteur public, qui estime qu’à ce stade, n’étant question que de recherches et non d’extraction, aucune raison ne justifie d’aborder ce sujet, au grand regret des avocats des plaignants, François Lafforgue et Hermine Baron.

« Le jugement devrait être rendu dans quinze jours. Nous sommes satisfaits de la demande d’annulation du permis par le rapporteur public », commente Me Lafforgue à la sortie de l’audience. « Néanmoins, nous ne sommes pas d’accord avec la lecture qui a été faite sur les risques que représente ce permis. Il est impensable qu’on n’aborde ni les dangers de l’amiante pour la santé ni les conséquences sur l’environnement d’un tel permis qui ne peut être dissocié du projet global. »

En se rendant dans les communes concernées, difficile d’ignorer les dangers que peut représenter la réouverture de la mine pour l’environnement et la santé. Au fin fond des Pyrénées, une petite route sinueuse grimpe jusqu’aux villages de Conflens et de Salau. Rien ne permet d’imaginer leur passé minier, à l’exception de trois petits immeubles construits à la fin des années 1960, pour y loger les familles.

Cependant en poursuivant la route, à plus de 1 300 mètres d’altitude, l’entrée de la mine rappelle que des hommes y ont extrait du tungstène, sur 26 kilomètres de galeries souterraines.

 Pendant quinze ans, la société minière d’Anglade (SMA), avec pour principal actionnaire l’État au travers du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), emploie près de 146 personnes. Les deux villages voisins, Couflens et Salau, connaissent alors un développement économique fulgurant, dans une région quasi déserte. Mais, dans les années 1980, la chute du cours du tungstène, consécutive à une baisse de la demande et à la concurrence chinoise, vient mettre un coup d’arrêt brutal à cet essor.

Le 24 décembre 1986, la fermeture de la mine met 124 mineurs sur le carreau. Le village se vide, passant de 250 à quelques dizaines d’habitants. Au-delà des conséquences économiques, le sinistre est surtout sanitaire et environnemental. La mine laisse derrière elle près de 700 000 m3 de déchets, fortement concentrés en arsenic, cuivre, bismuth et amiante.

Gypaète barbu et desman

Dorénavant, un panneau met en garde les promeneurs : « Haltes pique-nique et repos déconseillées – Ancien site minier – Sols impactés ». Impactés ou plus précisément fortement pollués.

Le gypaète barbu sait-il lire le français ? Cela reste à démontrer. Ce qui est sûr, c’est que ce rapace extrêmement rare – on compte moins de 200 couples en Europe – est fortement incompatible avec une activité minière. Plusieurs spécimens ont été observés sur le territoire de Couflens. Classée espèce protégée, menacée d’extinction en France, le gypaète barbu est un oiseau extrêmement méfiant. De plus, il faut compter sept ans pour qu’un couple fasse un petit viable.

Gypaète barbu – « Destination Wild ». © National Geographic Wild France

D’autres espèces protégées pourraient pâtir de la reprise d’une activité minière. Notamment le desman, espèce rarissime, mammifère semi-aquatique qui ressemble à un rat dodu (voir la vidéo ci-dessous). Mais aussi le calotriton des Pyrénées, la loutre et l’ours brun. Selon les associations, on a dénombré 573 espèces sur le territoire, 61 animales et 512 végétales. Et il existe un haut ratio entre espèces présentes et espèces protégées.

Le desman des Pyrénées. © Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises

De fait, le permis d’exploration délivré à Variscan se trouve entièrement sur une zone Natura 2000. Il s’agit également d’une zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) et le Salat, qui coule en contrebas, a été classé pour sa préservation en tant que rivière à caractère patrimonial, en raison de la « présence de migrateurs amphihalins » et de son caractère de « réservoir biologique ».

Comme le rapporteur public lors de l’audience au tribunal administratif, la DREAL élude les questions sur tous ces sujets. « Le fait qu’il existe des contraintes environnementales n’empêche pas la délivrance d’un PER, car ce permis ne fait qu’accorder une exclusivité au porteur du dossier », explique-t-elle. Et d’ajouter : « [Ce permis] n’autorise pas directement la réalisation de travaux : ceux-ci doivent faire l’objet de déclarations ou de demandes d’autorisation au titre du code minier. Ces dossiers de demande de réalisation de travaux miniers doivent permettre à l’État de statuer sur la bonne prise en compte de ces enjeux. »

Selon les opposants à la mine, le percement d’une galerie lors de l’exploration aurait aussi pour but de vider les galeries ennoyées de l’ancienne mine, et pourrait conduire au rejet de dizaines de milliers de mètres cubes d’eau en contact avec de l’arsénopyrite (classée ici parmi les 10 minéraux les plus toxiques de la planète) dans le Salat.

Sur le carreau de la mine, et surtout sur les versants rouges de stériles qui la bordent, la nature semble avoir soigneusement évité l’endroit. L’activité minière, comme ailleurs, a cessé en laissant son lot de déchets (voir par exemple notre reportage sur l’ancienne mine d’or de Salsigne).

« En 2011, des prélèvements de ces déchets ont été faits par Geoderis, c’est-à-dire l’État. Nous n’avons reçu les résultats faisant état d’arsenic, entre autres, qu’à la fin de l’année 2016. Comme par hasard, après que le permis de recherche pour la mine a été accordé », déplore Henri Richl, maire de Conflens-Salau.

 Ancien employé de la mine, Henri Richl est, à 85 ans, l’un des plus anciens du village à s’être battu pour que les hameaux se repeuplent. La simple évocation du permis provoque en lui colère et indignation : « La mine a déjà ôté trop de vies. Aujourd’hui, Variscan et son permis ont tout perturbé : des gîtes se vident, une aubergiste risque de vendre son établissement. Les touristes s’inquiètent des pollutions et des dangers du site. »

Gagné par la fatigue d’une si longue bataille judiciaire, il s’inquiète de voir ses proches finir, eux aussi, par se résigner. « Ma fille ne sait pas si elle se représentera l’année prochaine aux élections. Mais je ne céderai pas la place aux partisans de Variscan et de la mine. Dans cette histoire, l’État se vautre dans le mensonge. Je ne lâcherai pas », assure-t-il.

« Ce mensonge avait déjà commencé à la fermeture de la mine, lorsqu’on nous disait que ce n’était pas l’amiante qui tuait les mineurs », se rappelle Madeleine Audoir, 91 ans, l’ancienne infirmière de la mine.

« Je me souviens d’un mineur que j’ai soigné avant qu’il ne soit hospitalisé et qui a demandé à sa femme de faire une autopsie de son corps à sa mort pour prouver que sa maladie provenait bien de l’amiante inhalée dans la mine. Il souhaitait que ça puisse servir aux autres mineurs », raconte Madeleine.

 Encore émue à l’évocation de ce patient, elle explique avoir dû mener un dur combat pour que soient reconnues ces maladies. Soutenue par un médecin qui avait, pour l’époque, une parfaite connaissance des atteintes pulmonaires liées à cette fibre toxique, après avoir travaillé sur des cas similaires d’ouvriers d’une mine corse. « Toutes les analyses médicales des patients venant de Salau montraient que l’origine de ces maladies était due à l’amiante. Mais la direction et l’État ne voulaient rien entendre. C’était l’omerta », poursuit-elle.

Présente dans les roches, lors de l’extraction par explosion du tungstène, l’amiante s’est propagée dans l’air, atteignant les poumons des mineurs.  

Trois ans avant sa fermeture, certains ouvriers de la mine s’inquiètent d’être atteints de graves troubles respiratoires, dans certains cas d’asbestoses, une maladie qui détruit les tissus pulmonaires. Plusieurs prélèvements réalisés en urgence, en 1983 et 1984, par le laboratoire de la caisse régionale d’assurance maladie et par le BRGM confirment la présence « d’actinolite [fibre d’amiante], dans l’air sur tous les sites contrôlés » et « d’actinolite fibreuse classée comme amiante dans les roches de la mine de Salau ».

« On ne voit pas l’avenir »

Face au refus des médecins de la sécurité sociale minière de reconnaître leurs atteintes respiratoires en maladie professionnelle, les mineurs font appel à Henri Pézerat, physico-chimiste au CNRS, à l’origine de la première mobilisation des années 1970 contre l’amiante, et à Annie Thébaud-Mony, chercheuse à l’Inserm et spécialiste de la santé publique.

Selon leur étude, « l’examen des échantillons de roches et de poussière […] ne laisse aucun doute : la présence d’actinolite dans cette mine est un phénomène général », « c’est une des variétés d’amphibole les plus dangereuses », « des fibres d’amiante, à l’origine de l’asbestose ou de cancers broncho-pulmonaires ». 

« Nous avions préconisé à l’époque auprès des institutions médicales qu’un suivi soit fait et qu’un registre des cancers de l’Ariège soit tenu, mais c’est resté lettre morte. Les autorités sanitaires en France font le choix de “ne pas savoir” surtout lorsqu’il s’agit de risques liés au travail », déplore Annie Thébaud-Mony.

En 1986, le travail des deux scientifiques permet néanmoins de recenser 14 cas d’atteintes respiratoires, dont 4 cas d’asbestose, 3 cas de silicose, et 2 décès par cancer broncho-pulmonaires, reconnus en maladie professionnelle.

À l’annonce de la réouverture de la mine, l’ancienne infirmière Madeleine Audoir a tout d’abord pensé que la « vallée allait revivre ». Mais très vite, à la lecture du projet, Madeleine se rend compte du « mensonge ». « Il s’agit d’exploiter de nouveau des mineurs. L’emploi ne concernera que quelques dizaines de personnes, 46, dit-on aujourd’hui. Une misère lorsqu’on pense aux conséquences sanitaires. C’est une insulte faite à la mémoire des morts de l’amiante », déplore-t-elle.

Aujourd’hui, elle s’insurge contre ses camarades du Parti communiste, qu’elle a depuis quitté, ou des membres de la CGT, dont elle fait encore partie, qui mettent en doute les décès dus à l’amiante. « Quel recul intellectuel ! Le Parti communiste comme la CGT sont des dinosaures. Lorsqu’on leur dit : “Ne vous inquiétez pas, nous ferons une mine responsable sans pollution”, ils y croient, ou feignent d’y croire. C’est lamentable », se désole Madeleine qui ne décolère pas. « On ne voit pas l’avenir. On le détruit ici avec de tels projets », conclut-elle.

« Aujourd’hui, ce n’est pas parce que la mine est restée fermée que l’amiante est partie. D’autant qu’elle est à la fois dans les roches qui contiennent le tungstène, mais aussi présente dans l’air, sous forme de poussière. Il s’agit donc d’une pollution par l’empoussièrement et d’un environnement qui est en soi amiantifère », précise Annie Thébaud-Mony.

La pollution est telle que les protections doivent être drastiques. Alors que la préfecture de l’Ariège avait, en septembre 2018, autorisé l’entreprise à réaliser des travaux dans la mine, un mois plus tard, le tribunal administratif de Toulouse a suspendu cette autorisation compte tenu de « l’existence de risques potentiels sérieux liés à leur exécution […] et de la gravité de ces risques pour la santé des travailleurs ».

Les partisans de la mine, quant à eux, n’admettent toujours pas ce risque. C’est le cas du docteur Jean-Louis Vicq qui a soigné des mineurs « sans jamais reconnaître leur maladie professionnelle », tient-il à préciser. Doutant des dangers de l’amiante, il préfère parler de la psychologie des mineurs qui, d’après lui, veulent « choper du pognon en déclarant des problèmes liés à l’amiante. C’est dans leur mentalité pour avoir une rente financière en plus »

Selon lui, dans un « pays ariégeois [qui] se meurt, l’avenir passe par ce qui ressemble à un retour en arrière mais qui pourrait s’avérer être un grand bond en avant ». La nostalgie d’une vallée peuplée brouille parfois les esprits et le docteur Vicq n’en est pas la seule victime.

François-Xavier Carbou, de la CGT, estime que de « l’amiante, il y en a partout et nulle part ». Façon de remiser l’épineuse question pour défendre « une cinquantaine d’emplois si la mine rouvre. Ce n’est pas le nirvana mais c’est déjà cela ». Le délégué syndical souhaite surtout que Salau soit « un début pour remettre en marche l’extraction des mines en France. Ce serait déjà un grand pas en avant », avant de conclure : « Je rêve en disant cela… » 

Ce rêve, c’est aussi celui que partagent les membres de PPERMS, association pour promouvoir une exploitation responsable de la mine de Salau, avec néanmoins, toujours le même bémol : l’amiante et la pollution qui cristallisent beaucoup de contradictions.

La présidente de l’association, Hélène Nirascou, professeur d’éducation physique, reconnaît les dangers liés à cette fibre. Elle-même a « alerté l’éducation nationale sur les dangers qu’on faisait prendre aux élèves dans un gymnase dont le toit est fait en amiante-ciment. Cela fait des années que l’on vit avec cela. La seule réponse a été un blâme à mon encontre ».

Après un tel préambule, difficile de ne pas aborder la présence de l’amiante dans une mine dont elle défend la réouverture. Embarrassée, elle estime qu’il s’agit d’une situation différente. Perplexe, nous lui demandons des explications : « Attendons les analyses des experts sur la teneur en amiante de la mine. » Nous n’en saurons pas plus.

Plus prolixe, l’un des fondateurs de l’association, Jacques Soucasse, est « désespéré par l’audience qui s’est tenue à Toulouse et la demande d’annulation du permis par le rapporteur public ».

« Variscan a les reins solides financièrement et, à l’exception de quelques déchets à l’extérieur de la mine, tout est sous-terrain donc il n’y a pas de dégradation pour l’environnement, claironne-t-il avant d’aborder ce qui est pour lui la vraie maladie qui ronge la région : « Le départ des jeunes qui vont chercher du travail vers les villes les plus proches comme Toulouse. On est sinistré ici. Il n’y a plus rien, que des vieux. »

Un article de mediapart en date du 13 juin

Permis prolongé

Cela concerne Gazonor

Objet : Arrêté du 12 juin 2019 prolongeant le permis exclusif de recherches de mines d’hydrocarbures conventionnels liquides ou gazeux, dit « permis de Sud-Midi » (Nord et Pas-de-Calais) à la société Gazonor SAS
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https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000038599204&categorieLien=id

Les investissements mondiaux dans le pétrole augmentent

… Malgré le réchauffement climatique

En 2018, l’économie mondiale a augmenté ses investissements dans les énergies fossiles tandis que ceux dans les énergies renouvelables stagnaient. L’exact contraire de ce qu’il faudrait faire pour limiter la hausse des températures mondiales.

STAGNATION. Le constat effectué par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport sur les investissements mondiaux en matière d’énergie est sans appel : rien ne va dans la bonne direction. Les 1,6 trillions (milliards de milliards) d’euros destinés en 2018 à l’extraction et à l’utilisation du pétrole, du charbon et du gaz et au développement des énergies renouvelables sont globalement insuffisants pour garantir à l’ensemble de l’humanité l’accès à une électricité propre et durable en 2030. Et les experts constatent une stagnation des investissements dans les énergies renouvelables quand ceux consacrés aux énergies fossiles repartent à la hausse. Constat de Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE : “ Le monde n’investit pas assez dans les réseaux traditionnels d’approvisionnement pour assurer les tendances actuelles de consommation, ni n’investit assez dans les technologies propres pour changer la trajectoire actuelle. De quelque façon que vous regardiez, nous accumulons les risques pour le futur.”

Pour la troisième année consécutive, le montant global des investissements dans l’énergie est resté au même niveau et reste inférieur à celui constaté en 2014, avant la chute du prix du pétrole du fait de l’essor des gaz de schiste américains. Or, cela n’est pas suffisant pour atteindre l’un des objectifs de développement durable décidé par les États à l’horizon 2030 : la fourniture d’une énergie propre à l’ensemble de l’humanité. Des progrès sont certes enregistrés. En 2010, 1,2 milliard d’hommes n’avaient pas l’électricité. Ils sont 840 millions aujourd’hui à vivre dans le noir et 3 milliards à se chauffer et à cuire les aliments sur des appareils polluants à base de bois ou de charbon. L’effort actuel indique qu’ils seront encore 650 millions en 2030, à 90 % en Afrique subsaharienne. Les investissements dans le secteur électrique dépassent cependant ceux des secteurs gaziers et pétroliers.

Les investissements dans le secteur pétrolier  et charbonnier augmentent tandis que ceux du secteur électrique baissent avec une stagnation des énergies renouvelables. Le soutien à l’efficacité énergétique ne progresse pas.

La production électrique à base de charbon va continuer des années encore

RENTABILITÉ. En 2018, les investissements ont été tirés par la poursuite des efforts américains sur le gaz et le pétrole de schiste (+4%) si bien que les États-Unis ont réduit leur écart avec le premier investisseur mondial, la Chine. L’Inde a également connu un bond supérieur à 12% au cours des trois dernières années. Absent de cette compétition, l’Afrique subsaharienne représente moins de 15% des investissements mondiaux pour 40% de la population mondiale. Selon l’AIE, cela démontre la frilosité des investisseurs qui mettent leur argent sur des projets faciles à monter avec une rentabilité rapide. Le secteur de l’exploration-production des énergies fossiles et la construction de centrales électriques approvisionnent le marché en moyenne 20% plus rapidement qu’en 2010. Outre les investissements américains dans le gaz de schiste, l’AIE note également la persistance du recours au charbon dans le monde, une source énergétique qui permet justement d’apporter très rapidement au marché les capacités qu’il demande avec l’extension des réseaux électriques et le développement des appareils ménagers.

La Chine, premier investisseur, finance en priorité le système électrique tandis que les Etats-Unis portent leurs efforts sur le gaz et pétrole de schiste.

Un appel pour réorienter les investissements vers une électricité durable

COURAGE. Le charbon connaît donc une augmentation de 2% quand les énergies renouvelables stagnent, soit l’exact contraire de ce que préconise l’accord de Paris de réduction des gaz à effet de serre. “Sans les technologies de capture et stockage du carbone ou des aides pour stopper préventivement des centrales, l’électricité à partir de charbon et son fort taux d’émissions de CO2 devrait garder une part importante du système global énergétique pour de nombreuses années encore”, note le rapport. Enfin, dernière tendance néfaste pour la lutte contre le réchauffement climatique : les financements en direction de l’efficacité énergétique — qui auraient dû connaître un hausse — restent stables. Pourtant, la réduction de la demande en énergie est cruciale pour atteindre les objectifs de neutralité carbone au milieu du siècle. Les investissements dans les transports propres et la chaleur renouvelable sont également en baisse de 2%.

Pour l’AIE, pas de doute : “Les tendances actuelles des investissements dans l’énergie appellent à des décisions courageuses pour construire un système énergétique plus soutenable”. Et l’agence de lancer un appel aux gouvernements pour qu’ils orientent les décisions d’investissement dans la bonne direction.

sciencesetavenir.fr

Start-up nation ?

Non, low-tech nation !

Plutôt que de s’enfoncer toujours plus loin dans l’impasse des high-tech, si nous faisions le choix d’être la première low-tech nation ? La France, pour peu qu’elle prenne ce virage radical et ambitieux, pourrait devenir la vitrine exemplaire de cette indispensable révolution. Philippe Bihouix* nous livre ici une réflexion à contre-courant. II vient par ailleurs de publier un nouvel ouvrage au Seuil intitulé « Le bonheur était pour demain, les rêveries d’un ingénieur solitaire ».

Low-tech : avouons que le terme n’est pas, de prime abord, particulièrement séduisant et aurait plutôt tendance à créer quelques réactions épidermiques du type : « Quoi ? Vous voulez mettre la science au rencart et en revenir aux haches de pierre ? »… ou bien revenir « à l’araire, au compagnonnage, aux chevaux de poste, à la famine, au silex, au mésolithique moyen et à la socialité des bonobos ou des hippies… » (prière de rayer les mentions inutiles) ?
Peut-être aurait-il mieux fallu remettre au goût du jour les outils conviviaux d’Ivan Illich, les technologies « appropriées » (intermediate technologies) de l’économiste Ernst Friedrich Schumacher, les techniques autonomes d’André Gorz, ou du moins éviter l’anglicisme et parler de technologies sobres, agiles, durables, résilientes…
Quant à définir les low-tech précisément, accrochez-vous ! Le vélo, avec ses mille pièces élémentaires, est évidemment un objet bien plus durable, sobre, facile à utiliser et simple à réparer qu’une voiture bardée d’électronique et de métaux high-tech. Mais pour fabriquer le dérailleur et les câbles de frein, vulcaniser les pneus et les chambres à air, il faut des usines d’une haute technicité… de même que les unités de production du simple bicarbonate de soude, à la base de nombreux produits ménagers à préparer soi-même dans une louable démarche écologique et zéro déchet.
Et, compte-tenu de la concentration humaine que nous avons atteinte, personne ne recommande de débrancher les ordinateurs ou les dispositifs de contrôle des grands systèmes de production d’eau potable et d’assainissement, sans parler du secteur médical.

Sans qu’il y ait matière à s’en réjouir, le temps devrait jouer en faveur des low-tech, et les faire apparaître de plus en plus comme une impérieuse nécessité, au fur et à mesure que les promesses technologiques ne seront pas tenues, que les prétendus nouveaux modèles économiques resteront marginaux, que les négociations internationales piétineront, que l’état de la planète et des ressources continuera de se dégrader.
Les faits sont accablants. Malgré l’impressionnante croissance des énergies renouvelables, on ne parvient pas ne serait-ce qu’à accompagner la croissance de la demande électrique : sur les 600 TWh supplémentaires produits en 2017 par rapport à 2016, 300 TWh l’ont été avec du solaire et de l’éolien, et 300 TWh avec… du charbon essentiellement.
Il n’y a par ailleurs eu aucune dématérialisation de l’économie – bien au contraire : sur les quinze dernières années, l’extraction minière de presque tous les métaux a progressé plus vite que le produit intérieur brut. L’extractivisme s’accélère et il n’y a, à date, « transition » que dans les discours officiels sirupeux… et dans nos rêves.

Les low-tech n’annoncent pas et ne fantasment pas un retour aux temps troglodytiques. Et ce serait aussi une grave erreur que de les cantonner à une vision marginale, à une dimension de bricolage familial ou de (re)découverte de quelques techniques anciennes, ici ou ailleurs, de la maison en paille aux outils agricoles, en passant par le solaire thermique, la machine à laver à pédales, le four solaire et les toilettes sèches.
Les low-tech sont bien plus que cela, et doivent porter une dimension systémique et politique… et certainement, sans doute, morale, culturelle voire philosophique.

Changer radicalement de modèle

Dimension systémique d’abord, car les trois mots d’ordre d’une démarche low tech – sobriété et économie à la source ; conception basée sur des techniques durables et réparables, les plus simples et les moins dépendantes possible des ressources non renouvelables ; conditions de production basées sur le savoir et un travail humain digne – s’appliquent autant et même plus au niveau collectif qu’au niveau individuel, et visent d’abord à remettre en cause les modèles économiques et sociaux actuels, avant même de s’attaquer à la « question technique ».
(Re)mettre en place des circuits de distribution plus courts, avec moins d’emballages, de gâchis, de déchets, n’est pas une question technologique : on sait depuis longtemps consigner et nettoyer une bouteille. Mais il faut s’organiser pour cela, avec un modèle qui fonctionne entre producteurs, transporteurs, distributeurs et consommateurs.
La sobriété ou la frugalité font d’autant moins peur qu’elles se fondent facilement avec la notion d’efficacité. Les acteurs institutionnels les plus ouverts consentent à reconnaître qu’un meilleur usage des ressources, une meilleure efficacité des procédés de production et des modes de consommation, pourraient conduire à une certaine sobriété des besoins en énergie et en ressources, et à un impact environnemental enfin soutenable. Mais les gains en efficacité sont toujours réduits, au moins pour partie, par l’effet rebond. C’est donc bien une sobriété d’usage qui devra être, à terme, obtenue.
Dans le bâtiment : moins construire (et intensifier l’usage des surfaces existantes), moins chauffer (et moins climatiser), et pas seulement concevoir et isoler correctement les constructions récentes ou anciennes – il est en effet terriblement plus efficace, plus rapide, plus abordable d’isoler les corps que d’isoler les bâtiments eux-mêmes. Dans le transport : moins se déplacer, ou plus lentement, et pas seulement utiliser des véhicules plus efficaces et moins émetteurs de CO2, ou les partager. Au quotidien : moins consommer, et pas uniquement mieux recycler, « faire plus et mieux avec moins », ainsi que nous y invite le slogan de l’économie circulaire. Dans l’alimentation : moins manger de viande, entre autres…

Actionner le puissant levier normatif

Dimension politique ensuite : si les engagements citoyens, les initiatives locales, les questionnements et les envies dans certaines entreprises (notamment à travers les convictions individuelles) sont formidables, ils doivent être relayés, soutenus, encouragés, démultipliés par la volonté politique. Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre que le changement ou la transition « arrivent d’en haut ». L’histoire montre que les décisions politiques suivent et rattrapent les évolutions et les revendications de la société civile, et non qu’elles les précèdent ou les anticipent.
Mais la puissance publique possède encore d’énormes moyens d’action : le pouvoir normatif et réglementaire ; les choix fiscaux et les mécanismes de soutien à l’innovation ; le pouvoir prescriptif à travers la commande publique ; et même le pouvoir d’exemplarité et d’entraînement. Sur ce dernier point, pourquoi, par exemple, encourager l’usage du numérique à l’école dans toutes les matières (et générer des tombereaux de déchets électroniques ingérables), sous prétexte de modernité, alors qu’aucune étude scientifique n’a pu à ce jour démontrer qu’on apprend mieux avec un ordinateur ou une tablette qu’avec un livre ?

Malgré la fascination pour les marchés-libres-et-non-faussés, le levier normatif et réglementaire reste un outil puissant de l’action publique. Il n’est certes pas toujours simple à manier d’un point de vue démocratique, et les mesures (technocratiques) peuvent être rapidement vues comme « liberticides », ou accusées de toucher les populations les plus fragiles économiquement – pensons aux débats récents et houleux autour de l’écotaxe ou de la taxe carbone. Il est impératif que les mesures soient perçues comme justes et équitables.

Pour ne prendre qu’un exemple, la réduction progressive de la taille maximale des voitures serait plutôt facile à obtenir par l’interdiction des plus grosses cylindrées, et/ou par une taxe annuelle proportionnelle (ou fortement progressive) au poids et à la puissance. En l’espace de quelques années, nous pourrions faire évoluer le parc global très significativement, avec des voitures de plus en plus petites, consommant de moins en moins – tandis qu’actuellement, les gains d’efficacité sur la motorisation sont intégralement absorbés par l’augmentation du poids des véhicules.

Rapidement, le parc évoluerait vers des équivalents 2CV ou 4L, au moteur bridé, dépouillés de tout équipement superfétatoire, consommant un à deux litres aux cent kilomètres – avec réglage électronique et filtre à particules tout de même –, cohabitant mieux avec les vélos. Liberticide, me direz-vous ? Certainement ! C’est ce qui permet la vie en société : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »

Une révolution par le bas

Imaginons un instant ce qui serait faisable grâce à un réel engagement politique aux différentes échelles. On pourrait ouvrir dans chaque agglomération, chaque commune voire chaque quartier, des lieux de réparation citoyenne, à l’image des repair cafés, des « recycleries – ressourceries » pour développer le réemploi des objets, la récupération et le recyclage des matériaux, des « maisons du bricolage partagé », où les riverains mutualiseraient les outils, échangeraient des fournitures et des conseils…
On pourrait lancer des initiatives zéro déchet et d’économie (en ressources) dans toutes les administrations, les écoles et les entreprises publiques, en surfant sur l’engouement d’une partie grandissante de la population… citoyennes, citoyens, à vos composts de combat !

D’une manière générale, les dépenses publiques pourraient être réorientées afin de favoriser le travail humain et l’économie locale plutôt que la consommation d’énergie et de matières premières.
Plutôt que de subventionner les industries high-tech et les projets numériques, le soutien irait en priorité à des initiatives concrètes, sources d’activités et d’emplois pérennes, de développement local, de lien social, d’amélioration de la qualité de vie, d’écosystèmes revigorés : ateliers de production à petite échelle (savons, produits d’entretien, cosmétiques, couture, produits alimentaires transformés…), services à la personne, activités culturelles et artistiques, entrepreneurs de l’économie (presque) circulaire…
Plutôt que d’acheter des tablettes aux collégiens, les départements leur paierait des cours de théâtre, subventionnerait les orchestres et les salles de spectacle.

La France, première low-tech nation

La France serait à la pointe de l’innovation. Mais une innovation différente, courageuse, incroyable, détonante, pas une innovation consistant à sucer la roue de la Silicon Valley et ses services numériques et interstitiels, ou à se pavaner une fois par an au Consumer Electronics Show de Las Vegas.
Une France low-tech nation plus que start-up nation, championne mondiale du zéro déchet et du recyclage ; une France décidant de son avenir commun et non serrant les fesses dans la compétition internationale et la jungle des avantages comparatifs de David Ricardo ; une France sachant s’habiller, s’équiper, s’outiller et s’amuser sans réduire en esclavage des populations entières à l’autre bout de la planète.

Une transition à base de sobriété et de low-tech aurait en outre l’avantage de contribuer à apaiser les tensions internationales, actuelles ou à venir, sur les matières premières (cobalt ou tantale en République démocratique du Congo, lithium du triangle Chili-Bolivie-Argentine, terres rares chinoises, platinoïdes de Russie et d’Afrique du Sud…).
Peut-être cela permettrait-il à un petit groupe de pays européens, optant pour une sobriété choisie et intelligente, de gagner en crédibilité à la table des négociations climatiques, en expérimentant et en proposant un modèle alternatif vraiment…  disruptif, encore à inventer et à expérimenter : celui d’un système économique de post-croissance, capable d’offrir aux populations le plein emploi dans une société plus apaisée, plus résiliente et plus respectueuse.

Et rêvons encore plus loin : les visiteurs étrangers, d’abord médusés, repartiraient enchantés (enfin, peut-être), et, qui sait, colporteraient le changement partout en rentrant chez eux. Comment créer un effet d’entraînement, comment convaincre les autres habitants de la planète de ne pas adopter notre « mode de vie », centré sur la croissance et la voiture, toutes deux mortifères ?
Je ne vois qu’une solution crédible, bien qu’affreusement utopique – mais après tout pas tellement plus que la poursuite infinie de notre trajectoire « accélérationniste » actuelle : nous devons amorcer un virage radical, et démontrer que virage nous rend plus heureux. Chiche ?

* Philippe Bihouix est ingénieur centralien et essayiste, spécialiste de l’épuisement des ressources minérales. Son ouvrage L’âge des low tech, Vers une civilisation techniquement soutenable (Seuil, 2014) a popularisé le terme en France.
Il vient de publier son nouveau livre
Le Bonheur était pour demain au Seuil.

socialter.fr

Une action contre les énergies nocives

Des militants écolos ont perturbé l’assemblée générale de la Société Générale

70 militants des Amis de la Terre, d’Anv-Cop21 et de Youth for Climate France ont fait irruption, le mardi 21 mai au soir, lors de l’assemblée générale de la Société Générale. Ils ont exigé la fin des soutiens financiers de la banque aux énergies les plus nocives pour le climat. La Société Générale contribue notamment au financement d’un projet de terminal d’exportation de gaz de schiste liquéfié, Rio Grande LNG.

Les activistes ont enchaîné les questions sur la reconnaissance de l’objectif 1,5 °C, sur les conséquences de l’exploitation du gaz de schiste… « La Société Générale suit des scénarios qui ignorent l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°. Reconnaissez-vous cet objectif ou allez-vous nous mener vers un monde invivable à 3° ? » a demandé Maxime, un militant, au directeur général de la banque Frederic Oudéa. « Quand assumerez-vous un discours de vérité sur le gaz de schiste et exclurez-vous de vos soutiens ce secteur qui empoisonne la terre et l’atmosphère ? » l’a interrogé Victorine. Des activistes sont montés sur scène, avec des pancartes, avant de se faire sortir.

« L’Assemblée générale des actionnaires de Société Générale a confirmé l’irresponsabilité de la banque en matière de climat, a réagi Anv-Cop21 sur son site internet. Non contente de couper la parole des citoyen·nes concerné·es et militant·es de Youth For Climate, des Amis de la Terre et d’Action Non-Violente Cop21, elle a prétendu se soucier des enjeux climatiques mais a réitéré de façon contradictoire son soutien aux énergies les plus sales, notamment au secteur du gaz de schiste et au projet climaticide Rio Grande LNG. »

En mars 2019, le rapport international Fossil Fuel Finance Report Card 2019 révélait que les 33 principales banques mondiales ont accordé 1688 milliards d’euros de financements aux énergies fossiles depuis la COP21. Parmi elles, les Françaises BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis ont financé le charbon, le pétrole et le gaz à hauteur de 124 milliards d’euros depuis 2016. reporterre.net

Refus de l’extractivisme climaticide n° 389

Épuisement des ressources & Ravages de l’extractivisme

1/ Union européenne : alerte sur l’aluminium.
La production d’aluminium demande tellement d’électricité que l’on a pu dire : « l’aluminium, c’est de l’électricité solide ».Les Etats membres de l’Union Européenne ont jeté l’éponge.Désormais, près des 3/4 des besoins en aluminium
primaire, un métal de plus en plus utilisé dans les économies modernes seront importés. Et les besoins vont croître. Fragilisées par une transition énergétique privilégiant par des aides massives les énergies renouvelables, les compagnies d’électricité européennes sont de moins en moins aptes à s’engager sur le long terme à fournir à prix très bas les quantités massives de courant
nécessaires aux fonderies d’aluminium. Celle de Dunkerque doit être considérée comme une exception, car elle est alimentée par la centrale nucléaire de Gravelines. Dès à présent, les fournitures russes d’aluminium de Rusal sont
nécessaires, avec des aléas politiques dont l’année 2018 a donné un avant-goût.
La Chine est en position de dominer le marché mondial de l’aluminium.
http://www.geopolitique-electricite.fr/documents/ene-276.pdf

2/ Rothschild & co appelé à ne pas soutenir la mine de Carmichael d’Adani en Australie
« Keep coal in the ground », ce slogan militant pour le climat est devenu ces dernières années une position partagée au niveau mondial, fondée non pas sur des croyances mais sur des faits. S’il est encore temps de prévenir l’emballement du dérèglement climatique et ses conséquences sociales et économiques désastreuses, plusieurs rapports scientifiques ont clairement indiqué que cela nécessiterait un arrêt immédiat de la construction de nouvelles mines et centrales à charbon ainsi qu’une sortie progressive mais rapide des infrastructures de charbon existantes.
https://www.amisdelaterre.org/Rothschild-co-appele-a-ne-pas-soutenir-la-mine-de-Carmichael-d-Adani-en.html

3/ L’or de la Guyane jusqu’à la lie
Un renoncement de la France au projet Montagne d’or serait une avancée. Outre qu’il n’est pas gagné, il ne suffirait pas à préserver la forêt guyanaise de l’exploitation aurifère.
C’était il y a un mois, jour pour jour ou quasi. Le 11 avril, par arrêté, le ministre français de l’Économie et des Finances accordait le permis exclusif de recherche de mines d’or dit « permis de Bélizon », en Guyane, à la société Amazone Gold. En janvier, il en avait octroyé un à la société Newmont LaSource, couvrant une surface de 66,49 km² entre les communes d’Iracoubo et de Mana, toujours en Guyane. Entre ces deux dates, nous rappelle le site gouvernemental Minéralinfo, quatre consultations publiques ont été lancées dans ce bout d’Amazonie auquel s’agrippe la France, toutes à la suite des demandes de recherche d’or formulées par des industriels. Encore n’est-ce là qu’un point effectué à mi-chemin de l’année 2019. En 2018, trois permis leur ont été octroyés, et 16 consultations ont été enclenchées à la suite des demandes déposées depuis 2015.
https://www.humanite.fr/biodiversite-lor-de-la-guyane-jusqua-la-lie-672029

4/ Monts de Lacaune (Tarn) : Tungstène : Refuser le projet de mine
NON au permis de recherche pour une mine de tungstène dans les Monts de Lacaune. Son exploitation en plein Parc Naturel du Haut Languedoc serait une catastrophe dans un environnement jusqu’ici préservé de prairies et de bois et un air ayant permis la reconnaissance de l’IGP Salaisons sèches des Monts de Lacaune.
https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/urgent-nonauneminedetungstenetarn-3126.html

5/ Montagne d’or en Guyane : « Une aberration qui n’aurait jamais lieu en métropole »
VIDEO. Nous avions interviewé Christophe Yanuwana Pierre, porte-parole de la jeunesse autochtone de Guyane, opposé au projet sur lequel Emmanuel Macron se dit prêt à reculer.
https://www.nouvelobs.com/societe/20190507.OBS12603/montagne-d-or-en-guyane-une-aberration-qui-n-aurait-jamais-lieu-en-metropole.html

6/ Enfouissement des déchets nucléaires en France : pas la seule solution, affirme l’IRSN
Il est tout à fait possible d’entreposer à sec les combustibles nucléaires usés qui s’accumulent dans les piscines de La Hague, affirme un rapport de l’IRSN. Ouvrant la voie à un changement radical dans la doctrine de gestion des déchets radioactifs. Et rendant inutile le projet d’EDF à Belleville-sur-Loire.
https://reporterre.net/L-enfouissement-des-dechets-radioactifs-n-est-pas-la-seule-solution-affirme-l

7/ Energie et climat : Les projets d’investissement des compagnies pétrolières et gazières mettent en péril les objectifs climatiques
L’industrie pétrolière et gazière prévoit d’investir près de 5000 milliards de dollars dans les dix ans pour explorer de nouvelles ressources potentielles. Des projets qui sont « aux antipodes » des objectifs climatiques définis par l’Accord de Paris, selon un rapport de l’ONG Global Witness. Selon le rapport, tous les investissements dans de nouveaux champs gaziers et pétrolifères sont incompatibles avec l’objectif de contenir le réchauffement à +1,5°C.
https://www.novethic.fr/actualite/energie/energies-fossiles/isr-rse/les-projets-d-investissement-des-compagnies-petrolieres-et-gazieres-mettent-en-peril-les-objectifs-climatiques-147184.html

8/ Rothschild soutient un projet rejeté par 47 banques et assureurs internationaux
Rares sont les projets aussi controversés que celui de Carmichael, un projet de production et d’exportation de charbon porté par l’entreprise indienne Adani au nord-est de l’Australie. Situé dans le bassin de Galilée dans l’Etat du Queensland, le projet comprend une mine de charbon mais aussi les infrastructures de transport destinées à son exportation par voie ferrée puis par bateaux à travers la Grande Barrière de corail.
Après son rejet par 47 institutions financières, c’est sur la banque française Rothschild & co que repose fortement l’avenir du projet.
https://www.amisdelaterre.org/Rothschild-soutient-un-projet-rejete-par-47-banques-et-assureurs-internationaux.html

9/ Réponse massive de la société civile internationale à la Journée mondiale d’action #AntiChevron
Plus de 260 organisations, réseaux, syndicats et mouvements sociaux au niveau mondial, représentant plus de 280 millions de personnes, se mobilisent pour dénoncer l’impunité de Chevron en Équateur et demandent le soutien du président équatorien aux communautés autochtones et paysannes concernées.
Après quinze ans de litige en Équateur concernant la réparation de dommages causés lors du plus grand désastre environnemental en l’Amazonie, une coalition représentant plus de 30 000 indigènes a gagné le procès contre le géant pétrolier Chevron une fois pour toutes.
http://bilaterals.org/?reponse-massive-de-la-societe&lang=en

10/ Agir contre l’extraction de l’or en Guyane : Le gouvernement renonce au projet minier Montagne d’Or
C’est l’une des décisions prises par le tout nouveau Conseil de Défense écologique qui a tenu sa première réunion ce jeudi 23 mai en présence de 13 ministres et du Président de la République. L’exécutif a jugé le projet de mine Montagne d’or, en Guyane, incompatible avec les exigences environnementales de la France. De nouveaux financements pour la transition écologique ont également été annoncés ainsi qu’un budget 2020 aligné avec l’Accord de Paris.
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/le-gouvernement-renonce-au-projet-de-mine-montagne-d-or-en-guyane-147295.html

11/ Le sable est surexploité et c’est une catastrophe environnementale, selon l’ONU
Il est partout. Dans les infrastructures, les ponts, les routes, le verre, les cosmétiques… Le sable est la matière première la plus utilisée après l’eau. Or cette ressource n’est pas illimitée et son extraction a des conséquences désastreuses sur l’environnement. À ce rythme, d’ici 2100, la quasi-totalité des plages pourrait avoir disparu. Un nouveau rapport de l’ONU plaide pour un encadrement international de son utilisation.
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/ressources-naturelles/isr-rse/le-sable-est-surexploite-et-c-est-un-grave-probleme-environnemental-147294.html

https://yonnelautre.fr/

Le grand bond en arrière

Un article de Nicolas Sersiron, sur le climat

Des habitants de la ZAD de Notre Dame des Landes qui défendaient une zone naturelle contre un grand bétonnage, une artificialisation de sols agricoles quasiment vierges de pesticides et d’engrais chimiques, disaient qu’ils ne défendaient pas la nature mais qu’ils étaient la nature qui se défend. Face aux désastres commencés, et surtout à venir, du réchauffement climatique, nous devons tous devenir le climat qui se défend. Sans le climat tempéré de ces derniers millénaires nous ne serions pas là, s’il disparaît nous ne serons plus là.

Constat :

Notre mode de vie, celui des 20 % les plus riches, sera-t-il compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique en remplaçant le pétrole par des énergies renouvelables ? La réponse est négative. Exemple. Il faut d’immenses quantités de pétrole, pour construire une grande éolienne : des camions, des grues, des excavatrices, de 1 000 à 2 000 t d’acier et de béton plus des résines composites, des fibres de verre et de carbone et pour chaque éolienne, 3 ha de sol. Cela alors que leur durée de vie n’est que de 20-25 ans. Construire un voire deux milliards de voitures et de camions électriques, pour remplacer les voitures thermiques, demanderait là aussi des quantités gigantesques de pétrole plus d’autres ressources finies comme le lithium, le cobalt, les métaux issus des terres rares, sans oublier une énorme production supplémentaire d’électricité. Ces ressources n’existent pas sauf à croire que « sainte technologie » fera un miracle ! La seule véritable possibilité, pour empêcher le climat de continuer à se dégrader, est de restreindre très fortement notre boulimie de matériel et de confort et donc notre consommation d’énergie fossile et renouvelable.

Le réchauffement climatique progresse au même rythme que les quantités de GES émis, alors que 80 % de notre énergie est d’origine fossile. 2018 fût l’année record d’extraction de pétrole : 100 millions de barils/jour. Entre 1950 et 2018, la température a déjà augmentée de 1,2° en moyenne, beaucoup plus aux pôles. Or ce sont les gaz émis ces trente dernières années qui en sont la cause principale. Imaginons ce que sera le climat en 2050, dans 30 ans, alors que nous dépassons chaque année les quantités de GES émises l’année précédente. L’indicateur en est la concentration de CO2 dans l’atmosphère, aujourd’hui plus de 410 ppm, particules par million…. Alors que, depuis 12 000 ans, la concentration de CO2 n’avait pas dépassé 280 ppm…

L’extractivisme est la base de notre confort et du système des profits. Les ressources naturelles sont des biens communs, elles appartiennent à tous. Pourtant nous participons à cette dépossession par privatisation qui est la cause aussi bien du réchauffement que des pollutions et des catastrophes environnementales. Quand la société Total nous vend du pétrole, elle nous fait payer ses coûts d’extraction, de raffinage, de distribution et en plus de très importants dividendes versés à ses actionnaires. Par contre elle ne paie pas la ressource elle-même ou si peu, ni le réchauffement issu de la combustion, ni les impôts issus de ses bénéfices qu’elle cache dans les paradis fiscaux, ni pour le manque que vivront les générations futures qui n’auront plus cette fantastique énergie à leur disposition.

Le travail gratuit des esclaves africains et le commerce triangulaire des siècles passés, marquent la naissance de l’extractivisme et aussi celui d’une nouvelle drogue, l’argent facile… pour quelques-uns. Durant plus de trois siècles une gigantesque transfusion du continent Amérique vers le continent Europe a été fabriquée par les colons et les armateurs avec le sang des esclaves et des amérindiens. Quand l’esclavage sera aboli au 18ème siècle et que les pays d’Amérique du sud se libéreront de leurs chaînes coloniales, prêts et dettes illégitimes, imposés par les banques européennes, permettront de maintenir l’asservissement des peuples de ce continent. Le transfert des ressources naturelles du Sud vers le Nord s’intensifiera.

1800 marque le début de la civilisation thermo-industrielle. Le charbon sera le nouvel esclave énergétique qui augmentera considérablement les capacités extractives et productives. La machine à vapeur va permettre au continent Europe d’augmenter considérablement la transfusion intercontinentale de ressources et de travail volés, en colonisant quasiment l’ensemble des continents. Avec la fin de l’esclavage commence le travail forcé de centaines de millions d’humains « dé-chaînés » en Afrique et en Asie, en Amérique du nord l’extermination des amérindiens s’intensifie.

La seconde guerre mondiale a produit un grand tournant économique et une révolution culturelle nommé société de consommation ou civilisation du gaspillage. L’Amérique du Nord colonisé par les blancs européens, devient la locomotive civilisationnelle du monde. De gré ou de force !

Les décolonisations ne seront qu’apparentes, formelles, comme en Amérique du sud un siècle auparavant. L’asservissement par la dette illégitime avec l’aide de la Banque mondiale, du FMI, des banques privées et des États enrichis par la colonisation, remplacera les armées d’occupation en Afrique, en Inde, en Indonésie, etc. La grande accélération de la civilisation thermo-industrielle qui a lieu à cette époque est le résultat de l’utilisation massive du pétrole et de l’ensemble des ressources naturelles. Elle fera la fortune des industriels et des banques. Depuis les années 70 « … la population a été multipliée par deux et le produit intérieur mondial par quatre. Pendant la même période, l’extraction mondiale annuelle de matériaux est passée de 27 milliards de tonnes à 92 milliards de tonnes en 2017. » Impossible de continuer à ce rythme.

Selon Jancovici, chacun de nous dispose de 400 assistants ou esclaves énergétiques fictifs. Cela veut dire que nous disposons de l’énergie très majoritairement fossile correspondant à l’énergie déployé par 400 personnes soit 0,25 kWh x 400 = 100 kWh chaque jour. Un litre de pétrole contient 10 kWh d’énergie. Un plein de pétrole est équivalent au salaire d’une année de travail, d’un homme ou d’une femme, soit au minimum 15 000 euros. Le pétrole n’est pas cher !!! Mais pas cher du tout et cela ne durera pas.

Matthieu Auzanneau, spécialiste du pétrole et responsable du blog Oilman sur le journal Le Monde, pense avec l’AIE, que le pic de tous les pétroles, conventionnels et non conventionnels se produira vers 2025. Le prix des énergies risquent de faire un bond irrésistible et de transformer fondamentalement notre civilisation, comme il l’avait fait il y a moins d’un siècle, mais en sens inverse, celui de la décroissance involontaire et forcée. Cela d’autant plus que les pétroles non conventionnels, schistes, sables bitumineux, sous les eaux très profondes, ne sont pas rentables, même à 100 dollars le baril. Les banques sont prises dans des prêts sans fin à cette industrie destructrice. La première qui fera faillite produira un effet domino. Ce sera la fin du pétrole pas cher.

Qui sont les grands réchauffeurs et comment ?

Le plus grand émetteur est le système agroalimentaire industrialisé. Du champ à l’assiette en passant par le gaspillage, selon l’association GRAIN, c’est 50 % des GES. Il faut y inclure engrais, pesticides, machinisme, perte considérable de MOS contenant de grandes quantités de CO2, transformation industrielle des aliments, chaîne du froid, emballage, transport continental et maritime, grande distribution, importation de viandes, soja, huile de palme, produits exotiques et bien sur la déforestation massive pour produire ces aliments et l’immense gaspillage.

Aujourd’hui, entre 70 et 80 % des terres sont dédiées à la viande et au lait : grains, fourrage, pâturage. En France la grande majorité des champs de grandes cultures sont cultivés sous forme de colza, blé, orge, pois, une très faible part va directement à l’alimentation humaine comme partout ou l’agriculture productiviste a remplacé les petits paysans. Eux qui encore aujourd’hui, en Asie, Afrique, avec 25 % des terres nourrissent encore 75 % des humains.

Viennent ensuite les bâtiments passoires à thermies, chauffage et/ou climatisation : habitats, bureaux, usines et autres.

Le libre-échange intercontinental imposé par la grande finance a une part très importante dans le réchauffement avec les transports de marchandises par porte-conteneurs, camions, avions qui ne paient aucune taxe sur les carburants ni sur le CO2 émis. Il permet d’augmenter considérablement les productions industrielles en faisant fabriquer à l’autre bout de la planète des biens matériels et agricoles par des salariés payés 30 à 40 dollars par mois comme dans les usines d’Éthiopie ou du Bangladesh. Biens qui seront transports et vendus dans des pays ou les salaires sont entre cent et mille fois plus élevés.

L’hyper-mobilité individuelle dans les pays du Nord est aussi une grande responsable des émissions de GES avec l’utilisation d’engins de 1 500 kg (plastique, acier, caoutchouc) pour transporter 70 kg de viande humaine, d’avions pour nouer des affaires ou encore bronzer sous les cocotiers.

La mode et l’habillement avec la fast-fashion ou le renouvellement rapide, est un des grands pôles de réchauffement et de pollution. Que ce soit avec le coton qui utilise près de 40 % de l’eau de l’agriculture plus engrais et pesticides, le lycra à base de pétrole ou la laine des moutons. Un jeans, coton, lycra etc, parcourt 65 000 km (ensemble de la fabrication et distribution) et utilise 7 500 litres d’eau.

Enfin, parmi les principaux pôles de réchauffement, l’obsolescence programmée des objets, tels que téléphones, high-tech, engins ménagers, automobiles, a une part importante dans l’extractivisme. Donc dans le réchauffement, en entraînant un gaspillage des ressources naturelles transformées, donc le renouvellement inutile de ces biens et la dégradation de notre écosystème globale.

Causes moins visibles

Au fondement de la transformation sociétale de la deuxième partie du 20ème siècle, est le confort matériel extravagant acquis par 20 % des humains grâce au pétrole au détriment des 80 %. Or c’est cet hyper confort, comparé aux milliers de générations précédentes, qui a provoqué le réchauffement et les désastres environnementaux. Le grand remplacement et la quasi-disparition des valeurs ancestrales de sobriété, d’égalité sociale, de respect et d’harmonie avec la nature datent de cette époque. Le remplacement des paysans par des exploitants dans les pays riches en est un repère aussi visible que sombre.

Solidarité, entraide, économie de moyens, recyclage et autonomie alimentaire étaient les valeurs de nos ancêtres. Il existe de nombreux exemples de sociétés humaines ayant vécu pendant des millénaires, dans des systèmes égalitaires, sans rapport de domination, et au sein desquelles les ressources étaient partagées. L’accumulation de richesse était dévalorisée socialement. La compétition tant recherché par nos décideurs, avec pour résultante les inégalités, n’est pas la règle des sociétés humaines. Elle l’est devenue avec l’imposition autoritaire de la privatisation des communs et de la marchandisation par quelques-uns, de toujours plus de domaines de la vie. Dans de nombreuses tribus celui qui ne respectait pas l’égalité était aussitôt rappelé à l’ordre. Ces civilisations ont laissé peu de traces dans l’histoire. Les ethno-archéologues nous les font découvrir petit à petit. Celles que l’ « Histoire » officielle nous apprend à l’école et nous donne à admirer aujourd’hui ont laissé des traces visibles : temples, pyramides et autres immenses palais. A leur tête des rois, pharaons, empereurs, imposaient des régimes tyranniques par la violence. Cette « Histoire » a oublié les peuples entiers qui ont été réduits en esclavages pour construire ces magnificences, les invasions guerrières mortifères, les inégalités colossales. Dans ces civilisations, ne pas pouvoir rembourser ses dettes aux usuriers vous transformait en esclave à vie. Dans la Grèce antique, berceau de la démocratie, seul 3 % de la population votait, etc.

Notre monde moderne s’est bâti sur une inversion des valeurs de simplicité et d’harmonie avec la nature qui avaient été dominantes pendant des millénaires. Le profit, la cupidité, l’hubris ou la soif de pouvoir, sont devenus désirables et respectables. Le gaspillage généralisé, la perte d’autonomie alimentaire avec la disparition des paysans -conséquence de l’urbanisation-, l’hyper-mobilité, l’insouciance de l’impact climatique et social de nos consommations sont devenus des normes au mépris des 80 % de l’humanité qui n’y ont pas accès et aussi des générations futures.

Le résultat visible est l’augmentation des inégalités aussi bien entre les pays qu’à l’intérieur des pays. La consommation ostentatoire est la nouvelle norme, les maladies psychiques, nerveuses et les affections de longues durées augmentent au point que l’espérance de vie diminue aux États-Unis, un des pays les plus inégalitaires et stagnent ailleurs. Partout l’EVSI (espérance de vie sans incapacité) diminue. La majorité d’entre nous – sauf quelques-uns dont maintenant les Gilets Jaunes qui ont acquis une maturité très rapidement – croient ou font semblant de croire les fables que les médias nous servent à longueur de journée : la croissance du PIB va résoudre tous les problèmes : pauvreté, inégalités, emploi, etc. En réalité elle ne fait qu’aggraver les questions climatiques, environnementales et sociales. Il y a aujourd’hui découplage entre bien-être et croissance économique. Les niveaux de consommation dépassent largement ce qui suffirait à maintenir notre niveau de bien-être. L’espérance de vie à Cuba est égale à la nôtre, avec un niveau de richesse 10 fois inférieur. D’autres pays ont la même espérance de vie en émettant 3 fois moins de CO2. C’est donc possible !!!

Conséquences

Pour lire l’article complet : https://yonnelautre.fr/spip.php?article15560

Un désastre en Equateur

Les peuples autochtones sont en première ligne

Un tribunal d’arbitrage de la Haye a ordonné à l’Etat d’Équateur d’annuler la sentence de réparation pour les dommages causés par la pétrolière Chevron en Amazonie équatorienne, malgré le fait que cette sentence ait été ratifiée par 4 cours équatoriennes, incluant la Cour constitutionnelle d’Équateur. Cette sentence constitue non seulement une attaque  contre les droits des communautés touchées qui ne sont pas parties du litige arbitral entre l’Équateur et Chevron, mais aussi contre la démocratie.  Elle implique que l’Équateur viole sa propre constitution. C’est un précédent international grave étant donné qu’il situe un tribunal d’arbitrage au dessus des cours nationales et affaiblit ainsi les fondements mêmes de l’État.

C’est un désastre pour les peuples autochtones qui restent sans défense et tous ceux qui luttent contre la destruction de la nature et de la planète.

Union des communautés touchées par les opérations pétrolières de Texaco Chevron – Amazonie Equateur

Voici la lettre envoyée au tribunal de La Haye

Lettre ouverte à l’Équateur concernant l’Affaire Chevron

(21 mai, Journée mondiale #AntiChevron)

Monsieur Lenín Moreno Garcés

Président de la République de l’Équateur

21 mai 2019

Objet : Affaire Chevron-Texaco en Équateur

Monsieur le Président,

Les organisations sociales et de réseaux internationaux de la société civile soussignés, engagés pour la défense des droits humains et de la justice sociale, économique et environnementale, nous nous adressons à vous, profondément préoccupés par la situation de l’affaire Chevron-Texaco en Amazonie équatorienne.

Cette affaire montre clairement le fonctionnement de l’architecture conçue pour garantir l’impunité des sociétés transnationales dans le monde entier. Après 25 ans de procès, le jugement  qui condamne Chevron (anciennement Texaco) à payer 9,5 milliards de dollars pour la réparation du désastre environnemental n’a toujours pas été appliqué, bien qu’il ait été confirmé par toutes les instances judiciaires en Équateur. Chevron a retiré tous ses actifs de l’Équateur afin d’éviter son exécution. En conséquence, les demandeurs ont dû recourir à des tribunaux étrangers (en Argentine, au Brésil et au Canada) pour faire homologuer et exécuter le jugement, sans succès jusqu’à présent. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de personnes affectées continuent de souffrir de graves problèmes de santé. Les décès dus au cancer sont 130% plus fréquents et le risque de mortalité est 260% plus élevé que dans les autres régions de l’Équateur. Plus de 880 puits remplis de pétrole brut laissé par Texaco continuent de polluer les sols. Les rivières sont toujours pleines de rejets d’hydrocarbures et polluées des déversements de pétrole brut en Amazonie, l’une des régions les plus riches en biodiversité au monde. Depuis plus de 40 ans, ces impacts n’ont pas fait l’objet de mesures de restauration adéquates. La pollution criminelle causée par la société transnationale continue à se répandre.

Pire encore, en 2009, Chevron a poursuivi l’État équatorien devant la Cour Permanente d’arbitrage de La Haye, activant le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS en anglais). Outre une compensation financière, l’entreprise pétrolière a demandé que la Cour intervienne au sein même du système judiciaire équatorien. En août 2018, le panel d’arbitrage a donné raison à Chevron, condamnant l’Équateur à payer un montant actuellement encore inconnu à la société transnationale. Il a également ordonné au gouvernement équatorien d’empêcher l’exécution de la condamnation prononcée par les tribunaux équatoriens. Ces dispositions sont inconstitutionnelles et inapplicables en Équateur. Si le gouvernement appliquait cette sentence arbitrale, il violerait sa propre constitution, invaliderait les droits des 30 000 personnes affectées et favoriserait ouvertement les intérêts de Chevron. Cette décision créerait ainsi un dangereux précédent au niveau international qui pourrait inciter d’autres tribunaux d’arbitrage similaires à se placer au-dessus des cours de justice nationales, affaiblissant ainsi les fondements de l’état de droit.

Monsieur le Président, aujourd’hui votre gouvernement dirige le processus visant l’élaboration d’un  Traité contraignant les sociétés transnationales à respecter les droits humains, qui pourrait mettre fin à l’impunité des transnationales, et qui se trouve en cours de négociation au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Il ne faut pas oublier que le traité constitue une demande de millions de personnes, regroupées en centaines d’organisations sociales, de syndicats et de communautés affectées à travers le monde.

En parallèle, nous assistons aujourd’hui à une mobilisation populaire internationale croissante contre le mécanisme ISDS. Pour preuve, plus d’un demi-million de signatures de citoyens et citoyennes de l’Union européenne ont été remises au vice-président de la Commission européenne ces derniers jours, demandant à l’Union européenne de rejeter l’ISDS et de soutenir l’adoption du Traité contraignant aux Nations Unies, ainsi que d’autres normes obligeant les sociétés transnationales à respecter les droits humains au niveau européen et national.

Monsieur le Président, nous voudrions vous rappeler que cette affaire ne fait pas exception. Chevron a été dénoncée pour avoir généré des impacts sociaux et environnementaux dans d’autres pays, comme par exemple à travers l’exploitation de gaz et huiles de schiste en Argentine, qui ont gravement affecté les communautés autochtones Mapuche. En outre, les compagnies pétrolières comme Chevron sont directement et de manière importante responsables du changement climatique, ce qui se traduit aujourd’hui par des centaines de milliers de victimes, l’expulsion de millions de personnes de leurs terres, des réfugiés climatiques, et précipite la planète entière dans la plus grande crise environnementale jamais connue.

Monsieur le Président, nous voudrions vous dire que nous ne comprenons pas l’orientation que prend actuellement votre gouvernement dans cette affaire. Nous tenons à vous rappeler qu’il est de l’obligation de tous les États de protéger les droits humains de leurs populations face aux violations commises par des tiers. Nous vous prions instamment de ne pas céder aux pressions du gouvernement des États-Unis ou de Chevron et de faire prévaloir les droits des Équatoriens et Équatoriennes conformément à la Constitution de l’Équateur.

Nous vous prions de ne pas intervenir dans le procès entre les communautés affectées, regroupées au sein de l’UDAPT (Union de Communautés affectées par Chevron-Texaco en Equateur) et cette société transnationale, et bien au contraire, d’offrir votre soutien et votre protection aux communautés autochtones et paysannes en respectant, protégeant et garantissant leurs droits face aux intérêts des compagnies transnationales.

Nous restons vigilants sur l’évolution de l’affaire Chevron en Équateur. En outre, aujourd’hui, 21 mai, Journée mondiale Anti-Chevron, nous nous mobilisons massivement dans différents pays et régions afin de dénoncer l’impunité des entreprises multinationales et d’exprimer notre solidarité avec les communautés affectées.

Choc climatique

La France n’est pas préparée à ce  qu’elle subira d’ici à 2050

Vagues de chaleur, sécheresses, submersions : l’Hexagone doit anticiper les effets du réchauffement, en adaptant l’agriculture, le bâti ou les territoires vulnérables.

Un climat méditerranéen sur la moitié de l’Hexagone, des sécheresses des sols intenses et longues, des phénomènes de submersions marines plus fréquents. D’ici à 2050, la France devra absorber un « choc climatique inévitable ». Comment y faire face ? Avec quels outils et quels moyens ? C’est l’objet d’un vaste rapport rédigé par les sénateurs Ronan Dantec (écologiste, Loire-Atlantique) et Jean-Yves Roux (divers gauche, Alpes-de-Haute-Provence) sur l’adaptation de notre pays aux dérèglements climatiques au mitan du siècle, publié jeudi 16 mai. Ce travail, le plus complet jamais réalisé sur le sujet, conclut en substance que la France n’est pas préparée.

Dans ce document de 150 pages, commandé et adopté par la délégation à la prospective du Sénat et rédigé à l’issue de l’audition de 36 experts, les sénateurs avancent une trentaine de propositions pour « enclencher une véritable mutation de la société », telles que la mise en place d’un plan national d’adaptation de l’agriculture, le développement de normes de construction anti-inondations ou la mise en open source (accès libre) des données climatiques.

« Les politiques d’adaptation souffrent encore d’un déficit persistant de reconnaissance et de légitimité, à la fois dans le débat public et dans les politiques publiques », regrette Ronan Dantec. De fait, les acteurs envisagent encore trop souvent les enjeux climatiques au travers du seul prisme de l’atténuation, c’est-à-dire la limitation des émissions de gaz à effet de serre et la protection et l’amélioration des puits de carbone, ce qui revient à s’attaquer uniquement aux causes du changement climatique. Son corollaire, l’adaptation, qui traite des conséquences du dérèglement du climat en limitant ses impacts négatifs, est moins pris en compte. Par exemple, seuls 20 % des financements internationaux sur le climat y sont consacrés. Or, les deux stratégies, « éviter l’ingérable » et « gérer l’inévitable », comme les nomme le rapport, devraient aller de pair.

Les politiques d’adaptation sont un « enjeu à la fois urgent et majeur ». Car, rappelle le rapport, « le réchauffement climatique et ses stigmates sont déjà là, transforment la géographie physique et humaine de la France et font peser sur nos existences des contraintes et des risques tangibles ».

Jusqu’à + 5 °C en été

Nous sommes donc en 2050. Selon le scénario « relativement optimiste » retenu dans le rapport, la machine climatique mondiale ne s’est pas complètement emballée et le cadre géopolitique n’a pas fondamentalement évolué par rapport à aujourd’hui. Si notre société ne s’est pas effondrée, les impacts du changement climatique se sont aggravés de « manière significative », même si « encore non critique ». Dans cette France à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, les vagues de chaleur sont plus fréquentes et plus intenses, l’enneigement en montagne continue de diminuer et les glaciers de reculer.

C’est en réalité dans la seconde moitié du XXIe siècle que la situation climatique sera « vraisemblablement très dégradée ». A ce moment-là, les prévisions s’avèrent incertaines, car elles dépendent essentiellement des choix qui seront faits aujourd’hui pour réduire (ou non) les émissions de gaz à effet de serre. Mais cette prospective plus lointaine s’avère nécessaire, assurent les auteurs, pour de nombreuses décisions de long terme en matière d’aménagement public, de construction d’infrastructures ou de replantation de forêts.

Dans un scénario de poursuite des rejets au même rythme qu’actuellement, la France est en 2100 « écrasée de chaleur », particulièrement dans le Sud-Est. Les températures grimpent de + 3,4 °C à + 3,6 °C en hiver et + 2,6 °C à + 5,3 °C en été par rapport à la moyenne de référence (1976-2005). Les canicules extrêmes se multiplient, bien plus sévères que celle de 2003. Les précipitations augmentent l’hiver, sauf dans le Sud-Ouest. La hausse du niveau de la mer atteint 60 cm à 1 mètre par rapport au début du XXe siècle. La période de sécheresse des sols duresix mois au lieu de deux mois sur la période 1961-1990. Vers 2060, les territoires méditerranéens sont soumis à un risque extrême d’incendie 80 à 100 jours par an.

Lire l’entretien : Des risques de submersion fréquents en Nouvelle-Aquitaine  

Loi-cadre sur l’adaptation

Malgré cet avenir qui ne va cesser de s’assombrir, les rapporteurs pointent « une mobilisation globalement insuffisante », et même « embryonnaire pour la grande majorité des collectivités territoriales et des filières économiques ». Et ce, en dépit de l’adoption, en 2011, d’un premier « plan national d’adaptation au changement climatique », suivi d’un deuxième pour la période 2018-2022 – deux textes non normatifs.

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Ils préconisent donc « d’envoyer sans tarder un signal politique fort sur le caractère prioritaire de l’adaptation », notamment en confiant au Parlement l’examen d’une loi-cadre sur ce sujet, assortie d’un « large débat sociétal », ainsi que d’une inscription des enjeux climatiques dans le cursus scolaire et la formation professionnelle. Un « rôle moteur » devrait aussi être donné aux régions et aux structures intercommunales, les mieux à même de définir et de mettre en œuvre des politiques territoriales efficaces.

Ils mettent encore en avant la nécessité « d’un chiffrage transparent et crédible des besoins financiers ». Le ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, a annoncé que 3,5 milliards d’euros seront alloués au deuxième plan national d’adaptation, alors que le précédent n’avait bénéficié que de 17 millions d’euros. L’effort paraît donc significatif. Mais cette enveloppe – outre qu’elle ne figure pas explicitement dans le plan – provient pour l’essentiel (3 milliards d’euros) d’une réaffectation d’une partie des budgets des agences de l’eau. « Sans un accompagnement financier fort, les collectivités auront du mal à s’engager véritablement dans des politiques ambitieuses », préviennent les sénateurs.

Normes de construction et agroécologie

A leurs yeux, plusieurs chantiers sont « cruciaux ». D’abord, « l’accompagnement des territoires les plus vulnérables face au changement climatique ». Il s’agit des outremers, particulièrement exposés au risque cyclonique, des zones littorales, grignotées par l’érosion et menacées de submersion, ainsi que des régions montagneuses, où le réchauffement fragilise les activités pastorales et le tourisme associé aux sports d’hiver.

Ensuite, « l’adaptation du bâti et de l’urbanisme », par l’adoption de normes de construction et d’aménagement des villes limitant les dommages provoqués par des événements extrêmes tels qu’inondations, tempêtes ou vagues de chaleur.

Autre grand chantier, une refonte des politiques de l’eau, afin de privilégier l’économie et le recyclage de la ressource hydrique – dont l’irrigation agricole consomme aujourd’hui 43 % –, tout en misant sur des solutions naturelles pour la préserver, comme la « désartificialisation » des sols ou la restauration des zones humides.

Les auteurs insistent encore sur l’indispensable « transformation du secteur agricole », en première ligne face à la hausse des températures et à la raréfaction de l’eau. Ils prônent « une mutation vers l’agroécologie », qui renforce la capacité des sols à stocker et à restituer l’eau aux plantes, mais aussi la recherche de variétés culturales plus résistantes à la sécheresse. Ce secteur doit se préparer à « une recomposition de la carte de France des cultures ».

Le rapport sera envoyé au premier ministre, ainsi qu’à François de Rugy et à son collègue à l’agriculture, Didier Guillaume. Afin, espère Ronan Dantec, que le gouvernement mette en chantier une « vraie culture de l’adaptation ».

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Affaire Chevron en Amazonie équatorienne

La décision de la Cour suprême du Canada ferme la porte à la fin de l’impunité

La Campagne globale pour revendiquer la souveraineté des peuples, démanteler le pouvoir des sociétés transnationales et mettre fin à l’impunité regrette la décision de la Cour Suprême du Canada sur l’affaire Chevron en Amazonie équatorienne et réitère la nécessité urgente d’établir un traité contraignant des Nations Unies sur les sociétés transnationales et les droits humains.

La Campagne globale pour revendiquer la souveraineté des peuples, démanteler le pouvoir des sociétés transnationales et mettre fin à l’impunité, un réseau mondial rassemblant plus de 200 organisations, mouvements, syndicats et communautés touchées par des sociétés transnationales dans le monde entier, regrette la décision de la Cour Suprême du Canada, qui a rejeté l’appel des communautés affectées par Chevron – anciennement Texaco – en Amazonie équatorienne.

En 2015, les sept juges de la Cour Suprême du Canada ont décidé d’accepter la compétence pour mener à bien le « processus d’exécution » au Canada, en reconnaissant la légitimité de la décision de la Cour Suprême de l’Équateur sur l’affaire Chevron. Cette décision représentait un grand espoir pour les communautés autochtones de l’Union des personnes affectées par Chevron-Texaco en Équateur (UDAPT) que justice soit rendue. Cependant, le 23 mai 2018, la Cour d’appel de l’Ontario a rejeté la demande, alléguant que Chevron Canada était une société autonome et indépendante de la société mère Chevron et que, par conséquent, il n’avait aucune obligation envers la justice équatorienne. Cela a représenté un autre coup dur pour le peuple autochtone équatorien, qui a présenté l’appel rejeté aujourd’hui.

Il convient de rappeler que les opérations de Chevron en Amazonie ont profondément et négativement affecté la vie des peuples autochtones, l’écosystème, l’eau et les biens communs. Entre 1964 et 1992, Texaco-Chevron a déversé près de 650 000 barils du pétrole brut et plus de 16 milliards de gallons d’eaux résiduaires dans les rivières et les sols de la forêt, affectant la santé et les modes de vie de plus de 30 000 autochtones et paysan-ne-s de différentes communautés. Les impacts dévastateurs de leurs activités en Équateur ont fait à ce que l’affaire soit connue sous le nom de « Tchernobyl en Amazonie ». Face à un désastre de cette ampleur, l’UDAPT lutte depuis plus de 25 ans et son objectif est maintenant de parvenir à l’exécution du jugement équatorien, dans le but de réparer les dommages environnementaux, sociaux et culturels causés par la société pétrolière. La sentence de la justice équatorienne est irrévocable et constitue la raison pour laquelle les victimes continueront à lutter pour l’accès à la justice dans d’autres juridictions étrangères jusqu’à ce que les dommages soient réparés.

La décision de la Cour suprême du Canada montre encore une fois l’existence d’une architecture qui a toujours favorisé l’impunité des sociétés transnationales. L’affaire Chevron n’est pas unique. Compte tenu de l’ampleur et de la nature systématique des conflits sociaux et environnementaux générés par les sociétés transnationales dans le monde entier, la Campagne globale lance un appel aux États pour qu’ils avancent dans les négociations d’un traité international contraignant sur les sociétés transnationales et les droits humains. La campagne lance aussi un appel à la solidarité internationale auprès des communautés affectées par Chevron.

Stop corporate impunity

http://www.cadtm.org/La-decision-de-la-Cour-supreme-du-Canada-ferme-la-porte-a-la-fin-de-l-impunite