Choc climatique

La France n’est pas préparée à ce  qu’elle subira d’ici à 2050

Vagues de chaleur, sécheresses, submersions : l’Hexagone doit anticiper les effets du réchauffement, en adaptant l’agriculture, le bâti ou les territoires vulnérables.

Un climat méditerranéen sur la moitié de l’Hexagone, des sécheresses des sols intenses et longues, des phénomènes de submersions marines plus fréquents. D’ici à 2050, la France devra absorber un « choc climatique inévitable ». Comment y faire face ? Avec quels outils et quels moyens ? C’est l’objet d’un vaste rapport rédigé par les sénateurs Ronan Dantec (écologiste, Loire-Atlantique) et Jean-Yves Roux (divers gauche, Alpes-de-Haute-Provence) sur l’adaptation de notre pays aux dérèglements climatiques au mitan du siècle, publié jeudi 16 mai. Ce travail, le plus complet jamais réalisé sur le sujet, conclut en substance que la France n’est pas préparée.

Dans ce document de 150 pages, commandé et adopté par la délégation à la prospective du Sénat et rédigé à l’issue de l’audition de 36 experts, les sénateurs avancent une trentaine de propositions pour « enclencher une véritable mutation de la société », telles que la mise en place d’un plan national d’adaptation de l’agriculture, le développement de normes de construction anti-inondations ou la mise en open source (accès libre) des données climatiques.

« Les politiques d’adaptation souffrent encore d’un déficit persistant de reconnaissance et de légitimité, à la fois dans le débat public et dans les politiques publiques », regrette Ronan Dantec. De fait, les acteurs envisagent encore trop souvent les enjeux climatiques au travers du seul prisme de l’atténuation, c’est-à-dire la limitation des émissions de gaz à effet de serre et la protection et l’amélioration des puits de carbone, ce qui revient à s’attaquer uniquement aux causes du changement climatique. Son corollaire, l’adaptation, qui traite des conséquences du dérèglement du climat en limitant ses impacts négatifs, est moins pris en compte. Par exemple, seuls 20 % des financements internationaux sur le climat y sont consacrés. Or, les deux stratégies, « éviter l’ingérable » et « gérer l’inévitable », comme les nomme le rapport, devraient aller de pair.

Les politiques d’adaptation sont un « enjeu à la fois urgent et majeur ». Car, rappelle le rapport, « le réchauffement climatique et ses stigmates sont déjà là, transforment la géographie physique et humaine de la France et font peser sur nos existences des contraintes et des risques tangibles ».

Jusqu’à + 5 °C en été

Nous sommes donc en 2050. Selon le scénario « relativement optimiste » retenu dans le rapport, la machine climatique mondiale ne s’est pas complètement emballée et le cadre géopolitique n’a pas fondamentalement évolué par rapport à aujourd’hui. Si notre société ne s’est pas effondrée, les impacts du changement climatique se sont aggravés de « manière significative », même si « encore non critique ». Dans cette France à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, les vagues de chaleur sont plus fréquentes et plus intenses, l’enneigement en montagne continue de diminuer et les glaciers de reculer.

C’est en réalité dans la seconde moitié du XXIe siècle que la situation climatique sera « vraisemblablement très dégradée ». A ce moment-là, les prévisions s’avèrent incertaines, car elles dépendent essentiellement des choix qui seront faits aujourd’hui pour réduire (ou non) les émissions de gaz à effet de serre. Mais cette prospective plus lointaine s’avère nécessaire, assurent les auteurs, pour de nombreuses décisions de long terme en matière d’aménagement public, de construction d’infrastructures ou de replantation de forêts.

Dans un scénario de poursuite des rejets au même rythme qu’actuellement, la France est en 2100 « écrasée de chaleur », particulièrement dans le Sud-Est. Les températures grimpent de + 3,4 °C à + 3,6 °C en hiver et + 2,6 °C à + 5,3 °C en été par rapport à la moyenne de référence (1976-2005). Les canicules extrêmes se multiplient, bien plus sévères que celle de 2003. Les précipitations augmentent l’hiver, sauf dans le Sud-Ouest. La hausse du niveau de la mer atteint 60 cm à 1 mètre par rapport au début du XXe siècle. La période de sécheresse des sols duresix mois au lieu de deux mois sur la période 1961-1990. Vers 2060, les territoires méditerranéens sont soumis à un risque extrême d’incendie 80 à 100 jours par an.

Lire l’entretien : Des risques de submersion fréquents en Nouvelle-Aquitaine  

Loi-cadre sur l’adaptation

Malgré cet avenir qui ne va cesser de s’assombrir, les rapporteurs pointent « une mobilisation globalement insuffisante », et même « embryonnaire pour la grande majorité des collectivités territoriales et des filières économiques ». Et ce, en dépit de l’adoption, en 2011, d’un premier « plan national d’adaptation au changement climatique », suivi d’un deuxième pour la période 2018-2022 – deux textes non normatifs.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La France veut mieux se préparer aux conséquences du changement climatique

Ils préconisent donc « d’envoyer sans tarder un signal politique fort sur le caractère prioritaire de l’adaptation », notamment en confiant au Parlement l’examen d’une loi-cadre sur ce sujet, assortie d’un « large débat sociétal », ainsi que d’une inscription des enjeux climatiques dans le cursus scolaire et la formation professionnelle. Un « rôle moteur » devrait aussi être donné aux régions et aux structures intercommunales, les mieux à même de définir et de mettre en œuvre des politiques territoriales efficaces.

Ils mettent encore en avant la nécessité « d’un chiffrage transparent et crédible des besoins financiers ». Le ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, a annoncé que 3,5 milliards d’euros seront alloués au deuxième plan national d’adaptation, alors que le précédent n’avait bénéficié que de 17 millions d’euros. L’effort paraît donc significatif. Mais cette enveloppe – outre qu’elle ne figure pas explicitement dans le plan – provient pour l’essentiel (3 milliards d’euros) d’une réaffectation d’une partie des budgets des agences de l’eau. « Sans un accompagnement financier fort, les collectivités auront du mal à s’engager véritablement dans des politiques ambitieuses », préviennent les sénateurs.

Normes de construction et agroécologie

A leurs yeux, plusieurs chantiers sont « cruciaux ». D’abord, « l’accompagnement des territoires les plus vulnérables face au changement climatique ». Il s’agit des outremers, particulièrement exposés au risque cyclonique, des zones littorales, grignotées par l’érosion et menacées de submersion, ainsi que des régions montagneuses, où le réchauffement fragilise les activités pastorales et le tourisme associé aux sports d’hiver.

Ensuite, « l’adaptation du bâti et de l’urbanisme », par l’adoption de normes de construction et d’aménagement des villes limitant les dommages provoqués par des événements extrêmes tels qu’inondations, tempêtes ou vagues de chaleur.

Autre grand chantier, une refonte des politiques de l’eau, afin de privilégier l’économie et le recyclage de la ressource hydrique – dont l’irrigation agricole consomme aujourd’hui 43 % –, tout en misant sur des solutions naturelles pour la préserver, comme la « désartificialisation » des sols ou la restauration des zones humides.

Les auteurs insistent encore sur l’indispensable « transformation du secteur agricole », en première ligne face à la hausse des températures et à la raréfaction de l’eau. Ils prônent « une mutation vers l’agroécologie », qui renforce la capacité des sols à stocker et à restituer l’eau aux plantes, mais aussi la recherche de variétés culturales plus résistantes à la sécheresse. Ce secteur doit se préparer à « une recomposition de la carte de France des cultures ».

Le rapport sera envoyé au premier ministre, ainsi qu’à François de Rugy et à son collègue à l’agriculture, Didier Guillaume. Afin, espère Ronan Dantec, que le gouvernement mette en chantier une « vraie culture de l’adaptation ».

https://www.lemonde.fr/

Affaire Chevron en Amazonie équatorienne

La décision de la Cour suprême du Canada ferme la porte à la fin de l’impunité

La Campagne globale pour revendiquer la souveraineté des peuples, démanteler le pouvoir des sociétés transnationales et mettre fin à l’impunité regrette la décision de la Cour Suprême du Canada sur l’affaire Chevron en Amazonie équatorienne et réitère la nécessité urgente d’établir un traité contraignant des Nations Unies sur les sociétés transnationales et les droits humains.

La Campagne globale pour revendiquer la souveraineté des peuples, démanteler le pouvoir des sociétés transnationales et mettre fin à l’impunité, un réseau mondial rassemblant plus de 200 organisations, mouvements, syndicats et communautés touchées par des sociétés transnationales dans le monde entier, regrette la décision de la Cour Suprême du Canada, qui a rejeté l’appel des communautés affectées par Chevron – anciennement Texaco – en Amazonie équatorienne.

En 2015, les sept juges de la Cour Suprême du Canada ont décidé d’accepter la compétence pour mener à bien le « processus d’exécution » au Canada, en reconnaissant la légitimité de la décision de la Cour Suprême de l’Équateur sur l’affaire Chevron. Cette décision représentait un grand espoir pour les communautés autochtones de l’Union des personnes affectées par Chevron-Texaco en Équateur (UDAPT) que justice soit rendue. Cependant, le 23 mai 2018, la Cour d’appel de l’Ontario a rejeté la demande, alléguant que Chevron Canada était une société autonome et indépendante de la société mère Chevron et que, par conséquent, il n’avait aucune obligation envers la justice équatorienne. Cela a représenté un autre coup dur pour le peuple autochtone équatorien, qui a présenté l’appel rejeté aujourd’hui.

Il convient de rappeler que les opérations de Chevron en Amazonie ont profondément et négativement affecté la vie des peuples autochtones, l’écosystème, l’eau et les biens communs. Entre 1964 et 1992, Texaco-Chevron a déversé près de 650 000 barils du pétrole brut et plus de 16 milliards de gallons d’eaux résiduaires dans les rivières et les sols de la forêt, affectant la santé et les modes de vie de plus de 30 000 autochtones et paysan-ne-s de différentes communautés. Les impacts dévastateurs de leurs activités en Équateur ont fait à ce que l’affaire soit connue sous le nom de « Tchernobyl en Amazonie ». Face à un désastre de cette ampleur, l’UDAPT lutte depuis plus de 25 ans et son objectif est maintenant de parvenir à l’exécution du jugement équatorien, dans le but de réparer les dommages environnementaux, sociaux et culturels causés par la société pétrolière. La sentence de la justice équatorienne est irrévocable et constitue la raison pour laquelle les victimes continueront à lutter pour l’accès à la justice dans d’autres juridictions étrangères jusqu’à ce que les dommages soient réparés.

La décision de la Cour suprême du Canada montre encore une fois l’existence d’une architecture qui a toujours favorisé l’impunité des sociétés transnationales. L’affaire Chevron n’est pas unique. Compte tenu de l’ampleur et de la nature systématique des conflits sociaux et environnementaux générés par les sociétés transnationales dans le monde entier, la Campagne globale lance un appel aux États pour qu’ils avancent dans les négociations d’un traité international contraignant sur les sociétés transnationales et les droits humains. La campagne lance aussi un appel à la solidarité internationale auprès des communautés affectées par Chevron.

Stop corporate impunity

http://www.cadtm.org/La-decision-de-la-Cour-supreme-du-Canada-ferme-la-porte-a-la-fin-de-l-impunite

Une première victoire contre l’industrie pétrolière

Grâce aux indigènes Waorani

Les indigènes waorani en Equateur ont remporté une première bataille judiciaire contre l’industrie pétrolière, avec un jugement qui suspend son entrée sur leurs terres en Amazonie et pourrait compliquer l’exploitation d’autres gisements d’hydrocarbures dans le pays.

Au terme de deux semaines de délibéré, un tribunal pénal de Puyo (centre) a validé un recours intenté par cette tribu pour être protégé contre le projet du gouvernement d’ouvrir 1.800 km2 de leur territoire à l’exploitation pétrolière.

Les juges ont déterminé que ce projet attentait au droit constitutionnel des peuples à l’autodétermination et à être consultés sur l’extraction de ressources non renouvelables dans leur habitat.

Le tribunal a enjoint à l’Etat de mener une nouvelle consultation publique conforme aux exigences de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme, qui siège à San José, la capitale du Costa Rica.

Le jugement peut faire l’objet d’un appel des ministères concernés, ceux de l’Energie et de l’Environnement, ainsi que du ministère public. Dans ce cas, la cour d’appel de la province de Pastaza serait saisie.

Dans cette affaire, le gouvernement équatorien assure qu’il a toutes les autorisations requises par la loi, grâce à une enquête publique réalisée en 2012.

Cependant, les plaignants estiment qu’elle ne s’est pas faite dans les règles, avec des fonctionnaires arrivés par avion qui avaient rapidement obtenu l’assentiment des populations grâce à des arguments trompeurs, de la nourriture et des rafraîchissements.

Les Waorani, forts de quelque 4.800 membres, sont propriétaires d’environ 8.000 km2 de jungle, une petite partie de l’Amazonie équatorienne. La loi reconnaît leur souveraineté, cependant le sous-sol appartient à l’Etat.

L’exploitation du pétrole est un des piliers de l’économie équatorienne depuis les années 1970. Elle a laissé des traces de destruction bien visibles dans la forêt: saccage de vastes superficies, sources d’eau contaminées, montagnes de déchets, disparition de la faune.

Le groupe argentin Tecpetrol avait exprimé son intérêt pour le projet en question, appelé « bloc 22 », avant de se désister faute de réserves suffisantes et en raison des risques qu’il comportait.

Le jugement constitue « un précédent important pour l’Amazonie », a estimé l’avocate des plaignants, Lina Maria Espinosa, qui a estimé que d’autres peuples de la région pourraient prendre exemple sur le combat des Waorani.

AFP, publié le samedi 27 avril 2019

Non à une mine de tungstène dans le Tarn

Signez la pétition

Nous demandons le retrait définitif du permis exclusif de recherche soumis par la société Variscan mines, et de sauver l’avenir de la Commune de Couflens et de la vallée du Haut-Salat.

Association COUFLENS-SALAU DEMAIN a lancé cette pétition adressée à Ministre de l’economie, de l’industrie et du numérique

P E T I T I O N
CONTRE TOUTE EXPLOITATION MINIERE A SALAU :
NON AU PERMIS EXCLUSIF DE RECHERCHE
(Vallée du Haut-Salat – commune de COUFLENS – ARIEGE)

Une demande de permis exclusif de recherche à Salau (sur la commune de Couflens) pour le tungstène et l’or,
déposée par la société Variscan Mines, est actuellement à l’étude par les services de l’État.

Historique
Il existait une exploitation minière à Salau : la Société Minière d’Anglade.
• De 1971 à 1986, production de 12 400 t de tungstène extrait à partir du minerai de scheelite contenant en
moyenne 1,5 % de tungstène.
• En 1986, la mise sur le marché du tungstène chinois produit en très grande quantité et à très faible coût
provoque l’effondrement des cours et la fermeture de la mine de Salau.


La présence avérée d’amiante (amphibole essentiellement de type actinolite) :
• 14 cas de mineurs atteints de fibroses pulmonaires et de cancers à la fermeture de la mine, en seulement 15
ans (y compris des mineurs n’ayant jamais travaillé dans d’autres mines).
• De nombreux cas déclarés depuis chez les anciens mineurs qui obtiennent encore difficilement aujourd’hui
la reconnaissance en maladie professionnelle.
• Des études (géologiques, pétrographiques, métallogéniques …) et des prélèvements et analyses réalisés dans
le minerai et l’air respiré par les mineurs confirment la présence d’amphibole dangereuse pour la santé.
Cette présence d’amiante est, à l’époque, dénoncée par les syndicats et adroitement éludée par la direction de la mine et la sécurité sociale minière.

Aujourd’hui, le projet de Variscan Mines :
• Le percement d’une galerie de recherche de 2 500 ml de long et de 25 m² d’ouverture au coeur du village
de Salau (à environ 100 m des 70 logements de la résidence d’Anglade et des premières maisons).
• Une exploitation minière dite « verte » parce que souterraine !


NOUS SOMMES OPPOSÉS :

Au percement de cette galerie (largement surdimensionnée pour de la simple recherche)
▪ qui générera 90 000 m³ de déblais (foisonnement compris) qui évacués à raison de 250 m³/jour
représenteront 16 allers-retours / jour de camions de 15 m³ pendant 365 jours ;
▪ dont les déblais amiantés ne pourront être utilisés à des fins de granulat ;
▪ dont les déblais amiantés devront obligatoirement être stockés dans des zones réglementées ;
▪ dont les travaux induiront des poussières amiantées qui poseront un réel problème de santé
publique aux habitants du village de Salau et aux travailleurs sur le site.


Aux problèmes de sécurité liés à la circulation intense des camions (1 camion toutes les 15 mn chaque jour) dans la traversée des villages de Salau, Couflens, Seix, Oust, Saint-Girons (etc.) et sur
une petite route départementale de montagne inadaptée à un tel trafic.

Au stockage des déblais et des stériles dans notre vallée du Haut-Salat à très haute valeur environnementale et dédiée à l’agropastoralisme et au tourisme.

Aux faux arguments d’une exploitation souterraine non impactante pour l’environnement
▪ l’ancienne mine de Salau était souterraine. Le remblayage des zones exploitées était déjà pratiqué.
Malgré cela, il était indispensable de stocker des stériles et une partie du tout venant extrait à
l’extérieur de la mine.

A un nouveau scandale de l’amiante et de santé publique

REJOIGNEZ NOUS, EN SIGNANT CETTE PETITION, POUR DEMANDER LE RETRAIT DEFINITIF DE CE PERMIS EXCLUSIF DE RECHERCHE ET SAUVER L’AVENIR DE NOTRE VALLEE

https://www.change.org/p/ministre-de-l-economie-de-l-industrie-et-du-num%C3%A9rique-nous-vous-demandons-le-retrait-d%C3%A9finitif-du-permis-exclusif-de-recherche-soumis-par-la-soci%C3%A9t%C3%A9-variscan-mines-et-de-sauver-l-avenir-de-la-commune-de-couflens-et-de-la-vall%C3%A9e-du-haut-salat?signed=true

Pétrole de schiste aux USA

Bataille à coups de milliards de dollars

Le géant américain Chevron et son concurrent Occidental Petroleum sont entrés dans une coûteuse bataille pour racheter Anadarko, bien positionné dans le Bassin permien.

Même les observateurs les plus aguerris du monde du pétrole ont été surpris : mercredi 24 avril, le groupe américain Occidental Petroleum a proposé 57 milliards de dollars (51 milliards d’euros) pour racheter son compatriote Anadarko. Il y a deux semaines, le géant Chevron avait fait une offre à 33 milliards de dollars, déjà jugée plus que généreuse.

Pourquoi cette bataille à coups de dizaines de milliards de dollars ? Anadarko est loin d’être l’entreprise la plus rentable du secteur. Mais elle possède une position-clé dans une zone qui est devenue le nouvel eldorado du pétrole mondial : le Bassin permien, une vaste zone désertique qui comprend l’ouest du Texas et une partie du Nouveau-Mexique.

C’est ici que la révolution américaine du pétrole de schiste a pris le plus d’ampleur. En début d’année, le Permien est devenu le bassin pétrolier le plus productif au monde, avec plus de 4,1 millions de barils par jour. Davantage que le champ de Ghawar, en Arabie saoudite, s’est targuée en mars l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA).

C’est grâce à cette zone en pleine croissance que les Etats-Unis sont devenus, en 2018, le premier producteur mondial de pétrole, avec plus de 12 millions de barils chaque jour, devant l’Arabie saoudite et la Russie. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les Américains pourraient même devenir les premiers exportateurs mondiaux dès 2023.

« On a découvert l’équivalent de l’Irak ! »

Cette nouvelle donne, qui transforme l’équilibre pétrolier et géopolitique mondial, les Etats-Unis la doivent en grande partie à l’exploitation du pétrole de schiste dans le Bassin permien. Alors que les découvertes d’or noir conventionnel sont au plus bas depuis trente ans, la production de cette zone permet de pallier le déclin naturel des champs pétroliers. « Il faut bien comprendre qu’aux Etats-Unis on a découvert l’équivalent de l’Irak ! », analysait il y a peu un patron français du secteur, incrédule face à la croissance fulgurante de la production.

Dès lors, on comprend mieux pourquoi les grands groupes pétroliers font tout pour s’imposer dans la région. Depuis dix ans, la croissance du pétrole et du gaz de schiste a plutôt été portée par de petits acteurs locaux, avec des modèles économiques très fragiles. Les géants américains comme ExxonMobil ou Chevron préféraient aller forer au Proche-Orient, en Asie ou au large des côtes africaines.

La situation a changé avec la remontée progressive du prix du baril depuis l’été 2017. Les majors se sont positionnées pour acquérir des actifs dans le Bassin permien et, surtout, du terrain, clé du développement du pétrole de schiste. Dans ce secteur, la production des forages décline très vite : pour maintenir sa production, il faut donc forer beaucoup et, partant, détenir des droits sur des terrains et leurs sous-sols.

C’est là tout le sens de la bataille autour d’Anadarko. La course pour devenir le plus gros acteur du Bassien permien est lancée. Chevron est l’un des plus grands groupes pétroliers mondiaux et, s’il acquérait Anadarko, il deviendrait une « super-major », faisant quasiment jeu égal avec l’autre colosse américain, ExxonMobil. Les deux groupes sont en réalité issus de la Standard Oil, le monopole du pétrole aux Etats-Unis au début du XXe siècle, qui avait été dissous et scindé en trente-quatre sociétés.

Course au gigantisme

Dans le Permien, Chevron possède de nombreuses terres non exploitées et compte acquérir le savoir-faire d’Anadarko dans le domaine du pétrole de schiste. A l’inverse, Occidental Petroleum est déjà un intervenant-clé. « Si Occidental l’emportait, il deviendrait l’un des acteurs majeurs du Bassien permien, et pourrait atteindre une production d’un million de barils par jour dans la région en 2020 », note Zoe Sutherland, analyste chez Wood Mackenzie.

Dans le détail, Occidental Petroleum propose 76 dollars par action, en actions et en cash, là où Chevron en proposait environ 65 dollars. Même si l’offre d’Occidental Petroleum est meilleure financièrement, elle provient d’un acteur beaucoup plus petit, ce qui pourrait dissuader certains actionnaires. Autre obstacle : les discussions sont déjà très avancées entre Chevron et Anadarko. Pour rompre les négociations, ce dernier devrait verser une indemnité de plus de un milliard de dollars.

Cette course au gigantisme pourrait relancer un autre débat, plus profond : dans le Bassin permien, la plupart des compagnies pétrolières peinent à gagner de l’argent. Multiplier les forages coûte cher, et la croissance de l’activité dans la zone fait monter en flèche le prix des sous-traitants. Dans son ouvrage Saudi America (Columbia Global Reports, 2018, non traduit), la journaliste Bethany McLean détaille ce paradoxe, en expliquant que « le boom énergétique américain repose sur des bases fragiles, puisqu’il est alimenté par des dettes importantes et un accès facile au crédit ». Elle compare ainsi l’émergence du pétrole de schiste à la bulle numérique des années 2000 ou à la crise des crédits subprimes de 2008.

L’arrivée massive de majors du pétrole dans le secteur pourrait apporter plus de rigueur, estiment certains observateurs. Mais elle risque aussi de les jeter dans une aventure coûteuse et très sensible au cours du pétrole : là où le coût d’extraction d’un baril de pétrole en Arabie saoudite est de quelques dollars, dans le Permien, il est de l’ordre de 40 dollars.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/04/25/aux-etats-unis-bataille-a-coups-de-milliards-de-dollars-pour-le-petrole-de-schiste_5454678_3234.html

Refus de l’extractivisme n° 388

Épuisement des ressources & Ravages de l’extractivisme

1/ Prospection minière en centre Bretagne : les permis de Variscan Mines annulés par arrêté ministériel
Les arrêtés ministériels mettant fin aux trois permis d’exploration minière attribués à la société Variscan Mines sont parus ce jeudi 18 avril au Journal Officiel. Une étape administrative importante qui confirme les annonces faites en juin 2018 par Emmanuel Macron.
https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/prospection-miniere-centre-bretagne-permis-variscan-mines-annules-arrete-ministeriel-1657276.html

2/ Forages en mer & Plateformes pétrolières : Deepwater, un océan de pétrole, mercredi 1 mai à 06:40 sur Arte (et en ligne)
Retour sur l’explosion de la plateforme de forage pétrolier Deepwater Horizon survenue le 20 avril 2010. Le bilan est dramatique : onze personnes décédées et une gigantesque marée noire. C’est la plus importante pollution marine de l’histoire des États-Unis, impactant tragiquement les écosystèmes et l’économie locale.
26 min ; disponible du 14/03/2019 au 20/05/2019
https://www.arte.tv/fr/videos/080944-003-A/points-de-reperes-deepwater-un-ocean-de-petrole/

3/ Comment le « boom des minerais » augmente la violence en Afrique
La hausse du prix des minerais peut avoir de sanglantes conséquences en Afrique. C’est ce qu’ont observé Nicolas Berman, Mathieu Couttenier, Dominic Rohner, et Mathias Thoenig dans une étude récente parue dans The American Economic Review et portant sur l’ensemble de l’Afrique de 1997 à 2010. Le boom des prix de ces minerais en 2000 pourrait expliquer jusqu’à un quart des conflits en Afrique. La violence se déploie même au-delà des zones minières. Avec l’argent gagné, les rebelles déploient leurs combats en étendant leurs zones d’influence.
https://theconversation.com/comment-le-boom-des-minerais-augmente-la-violence-en-afrique-115773

4/ Aux Etats-Unis, bataille à coups de milliards de dollars pour le pétrole de schiste
Le géant américain Chevron et son concurrent Occidental Petroleum sont entrés dans une coûteuse bataille pour racheter Anadarko, bien positionné dans le Bassin permien.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/04/25/aux-etats-unis-bataille-a-coups-de-milliards-de-dollars-pour-le-petrole-de-schiste_5454678_3234.html

5/ Guyane : le gouvernement accorde un nouveau permis de recherche d’or
Par un arrêté publié le 18 avril au Journal officiel, le ministre de l’Economie a délivré un permis exclusif de recherche de mines d’or, en Guyane, à la société par actions simplifiée Amazone Gold. Il s’agit du permis dit « Bélizon », d’une superficie d’environ 44,09 km², situé sur le territoire de la commune de Roura, en Guyane. Ce permis est accordé pour cinq ans.
https://www.actu-environnement.com/ae/news/Guyane-gouvernement-nouveau-permis-recherche-or-33341.php4

6/ En Équateur, la victoire des Indiens waoranis contre l’industrie pétrolière
Peut-on tout se permettre au nom de l’argent ? La justice équatorienne a tranché et sa réponse est non. Vendredi 26 avril, elle a donné raison aux Indiens Waorani en lutte contre l’industrie pétrolière. Gros plan sur une victoire exemplaire.
https://positivr.fr/indiens-equateur-victoire-petrole-waorani/

7/ En Guyane, les groupes miniers préparent « la grande braderie » du territoire
En dépit des mobilisations citoyennes, les compagnies minières sont plus nombreuses à demander et à obtenir des permis d’exploration aurifère. Parmi elles, des multinationales, aux aguets de l’arrivée historique de l’exploitation industrielle de l’or guyanais.
https://reporterre.net/En-Guyane-les-groupes-miniers-preparent-la-grande-braderie-du-territoire

8/ Tout ce qu’il faut savoir sur la nouvelle loi énergie
https://www.liberation.fr/france/2019/04/30/tout-ce-qu-il-faut-savoir-sur-la-nouvelle-loi-energie_1724170

https://yonnelautre.fr/

La Française de l’Energie

« Notre développement et notre ambition s’étendent bien au-delà des bassins miniers français » ; J. Moulin

A la tête de La Française de l’Energie depuis bientôt 10 ans, Julien Moulin est revenu en France après un parcours international consacré à l’investissement dans l’énergie et les ressources naturelles, notamment en Chine et en Australie. Il prend le contrôle d’une petite société, initialement australienne, qu’il transforme en spécialiste de la récupération du gaz de charbon dans les bassins miniers français et devient La Française de l’Energie (LFDE). En juin 2016, l’introduction en Bourse de LFDE permet de lever 37 M€ et de racheter Gazonor pour 20 M€. Objectif : transformer LFDE en leader de la récupération et de la valorisation en circuits courts du gaz issu du charbon, en France et bientôt en Europe. Entretien.

Julien Moulin, La Francaise de l’Energie (LFDE) reste méconnue de la plupart des investisseurs. Quelle est votre activité ?

« La Française de l’Energie récupère du gaz issu du charbon, soit dans les anciennes galeries minières des Hauts de France, une fois que ce gaz s’est mélangé à l’air – il est alors appelé grisou ou gaz de mine, soit dans le Grand Est, directement dans les charbons non exploités par les Charbonnages de France, en Lorraine – il est alors pur et appelé gaz de charbon. Nous valorisons le gaz récupéré en approvisionnant les consommateurs particuliers et industriels régionaux en gaz, électricité verte et chaleur. Nous remplaçons ainsi l’énergie importée fortement carbonée par une énergie locale nettement plus propre. A titre d’exemple, le grisou s’échappe naturellement des anciennes galeries minières, et sa capture évite ainsi que des milliers de tonnes de CO2 partent polluer l’atmosphère. De plus, la fourniture d’énergie tricolore en circuit court renforce cet atout écologique, sans compter l’enjeu de l’indépendance énergétique française. Nous n’allons pas rendre notre pays autosuffisant en énergie, mais tout import évité peut être réinvesti dans le développement des énergies renouvelables et de récupération sur les territoires concernés ».

Quel est votre modèle économique ?

« Nous mettons en œuvre un modèle unique en France qui se décline en deux volets en partant d’une même ressource initiale, le gaz issu du charbon. Dans le Grand Est, notre activité consiste à réaliser un trou de 80 cm de diamètre pour récupérer, par simple différentiel de pression, directement dans les charbons situés à une profondeur avoisinant 1000 mètres, le gaz pur présent dans le charbon. Nous avons investi, depuis son lancement, environ 40 M€ dans cette activité, et réalisé d’importants travaux de modélisations, d’ingénierie de réservoirs et de tests d’équipements afin de valider les aspects économiques et techniques de notre projet et nous préparer à la mise en production. Nous intervenons sur des zones connues puisque des milliers de forages ont déjà été réalisés dans le passé, ce qui permet d’avoir une bonne connaissance et compréhension du sous-sol. À la suite de la validation récente des stocks de gaz présents et récupérables sur ce bassin minier, nous espérons obtenir prochainement une concession jusqu’en 2040 dans la région Grand Est, permettant alors, d’ici la fin 2019, de démarrer la production. L’objectif est que nos clients distributeurs d’énergie, industriels ou particuliers, remplacent ainsi le gaz importé par du gaz local qui a, d’après le rapport CNRS-BioDeloitte et IFEU 2016, une empreinte carbone 10 fois inférieure au mix gazier français.

Par ailleurs, dans les Hauts-de-France, notre activité, via notre filiale Gazonor, consiste à récupérer, à partir d’installations de surface, le gaz de mine qui a migré dans les anciennes galeries minières et qui partirait à l’atmosphère si Gazonor ne le captait pas. La mise en œuvre de ces exploitations permet de valoriser une source d’énergie locale et de supprimer le risque de remontée inopinée de gaz à la surface. Le gaz est ensuite valorisé soit sous forme de gaz et vendu à Total, soit sous forme d’électricité produite via la cogénération et vendue à EDF OA à un tarif de rachat fixé en vertu d’une Obligation d’achat par l’Etat français sur une période de quinze ans. Nous produisons aussi de la chaleur qui est destinée à des collectivités locales ou à des industriels de la région et que nous allons commencer à valoriser en 2021 au plus tard. Nous disposons à ce jour de quatre sites de production pour une puissance installée totale de 9 MW, ce qui correspond aux besoins en électricité de quarante mille habitants. Cette activité a nécessité un investissement de 7 M€ pour un chiffre d’affaires annuel de 5 M€ sur lequel nous dégageons près de 50% de marge opérationnelle. Nous avons commencé à répliquer ce type de sites dans la prolongation du bassin minier, en Wallonie, avec un potentiel de chiffre d’affaires d’ici fin 2021 de 35 M€ rien que sur ce bassin franco-belge ».
 


Quelles sont les barrières à l’entrée dans votre activité ?

« Nous avons le grand avantage d’avoir été pionnier en France et en Belgique. Nous avons surmonté toutes les complexités règlementaires et les contraintes administratives que l’on peut imaginer. Par ailleurs, nous combinons un savoir-faire unique et reconnu en matière de géologie, d’ingénierie et de gestion de projets. Nous avons prouvé que nos installations fonctionnent. Le savoir-faire et les technologies de production que nous utilisons sont employés dans la plupart des grands pays énergétiques, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, et même en Allemagne, où nous serons amenés, à terme, à racheter des petites structures. En Australie, la production du gaz de charbon et son exportation sous forme de Gaz Naturel Liquéfié a permis à ce pays de devenir l’un des principaux producteurs mondiaux de gaz. La Française de l’Energie détient des concessions exclusives sur les bassins miniers français et belges pour une durée d’environ vingt ans. C’est une autre barrière à l’entrée très importante. Les investissements nécessaires pour monter en puissance sur les territoires existants et dans d’autres pays comme l’Allemagne ou la Pologne nécessiteront des investissements conséquents. Cependant, notre capacité d’autofinancement en forte croissance et l’appétit des banques pour financer notre activité devraient nous permettre d’éviter toute dilution supplémentaire pour nos actionnaires. Nous anticipons d’avoir toujours recours à l’endettement à taux très modéré, ce qui réduira notre coût du capital. En effet, maintenant que nous avons fait nos preuves techniquement, le risque d’exécution des projets est relativement faible et notre crédibilité auprès des banques et des collectivités facilite l’obtention de lignes de crédit et de préfinancements ».

zonebourse.com

Faire de l’énergie propre avec du charbon

https://www.boursorama.com/videos/actualites/julien-moulin-faire-de-l-energie-propre-avec-du-charbon-bf121cd325f0708fe5f877c3055ab763

Ou comment faire croire au Père Noël !

Les plus gros pollueurs français

Ils ne paient presque pas de taxe carbone !

J’emprunte le gros de ce billet à mon ami Maxime Combes, et à Attac France dont nous sommes membres l’un et l’autre. À côté des grandes injustices fiscales (en particulier pour la fiscalité écologique) pointées par les « gilets jaunes » ou signalées par d’autres (voir mon billet du 20 novembre, lien à la fin), en voici une qui est totalement passée sous silence et qu’il est temps d’exposer à la lumière. Car certes, la non taxation du kérosène est scandaleuse, tout comme la non-taxation ou la sous-taxation du fioul lourd, mais il y a bien pire :

Total, ArcelorMittal, Solvay Group, Lafarge France et tous les autres grands pollueurs du pays sont exonérés de la taxe carbone que chacun.e paie quand il ou elle fait son plein !

Dans une note (voir le lien à la fin) que Attac France vient de publier, il est proposé de basculer les futures hausses de la fiscalité carbone sur les entreprises les plus polluantes.

Il est important de comprendre que les exonérations de kérosène et de fioul lourd ne sont que la partie émergée de l’iceberg : les 1400 sites industriels et les plus polluants du pays :

– sont exonérés de la taxe carbone payée par les ménages ;

– obtiennent la plupart de leurs quotas d’émission gratuitement, et parfois plus que leurs émissions (= subvention déguisée, en gros c’est un nouveau principe : le « pollueur/payé » !) ;

– n’achètent qu’une part infime de quotas à un prix dérisoire et inférieur à celui que paient les ménages, 4 à 6 fois moins pour les années 2016 et 2017, et encore 3 fois moins en 2018 (17 € la tonne contre 44,6 euros pour les ménages) ;

Ainsi Total ne paie quasiment pas de fiscalité carbone pour ses raffineries en France : elles sont couvertes par près de 80% de permis gratuits.

La proposition est simple, déjà expérimentée au Royaume-Uni : instaurer unilatéralement et immédiatement une taxe carbone complémentaire pour l’ensemble des sites industriels français soumis au marché carbone européen afin que chaque tonne de carbone relâchée soit, a minima, taxée au niveau fixé par la trajectoire carbone.

Ce qui revient à mettre fin au principe du « Pollueur – Payé » et à enfin appliquer le principe du « Pollueur – Payeur » pour les entreprises.

Lien vers la note d’Attac.

ANNEXE : les quatre propositions d’Attac

  1. Supprimer le plus rapidement possible – et progressivement en cas exceptionnel – toutes les exonérations de taxes ; la loi de finances 2019 doit transcrire cette exigence en commençant par la suppression des exonérations de taxe sur le kérosène utilisé pour les vols intérieurs et sur le fioul lourd ;
  2. instaurer unilatéralement et immédiatement une taxe carbone complémentaire pour l’ensemble des sites industriels français soumis au marché carbone européen afin que chaque tonne de carbone relâchée soit taxée au niveau fixé par la trajectoire carbone, c’est-à-dire à 44,6 €/t en 2018 et 55 €/t en 2019, puis 86,2€/t en 2022 ; cette initiative unilatérale est possible et a déjà été expérimentée par le Royaume-Uni qui a introduit en 2013 une sorte de prix plancher carbone unilatéral sur la production d’électricité, à environ 25 € la tonne – en plus du quota exigible sur le marché carbone européen.
  3. remplacer le marché carbone européen par une fiscalité carbone réellement efficace et dissuasive : le marché carbone est si dysfonctionnel, instable et spéculatif qu’il ne peut être réformé pour le rendre efficace ; il est temps de mettre fin au principe du « pollueur-payé » : plus aucun quota ne doit être délivré gratuitement, à très brève échéance ; le produit intégral de la vente aux enchères des quotas doit être consacré au financement de la transition écologique et notamment de la rénovation thermique de l’habitat ; le marché carbone doit-être progressivement transformé en une taxe carbone sur les industries polluantes avec un quota annuel d’émissions à ne pas dépasser, sans possibilité d’obtenir de quotas supplémentaires ; ce quota maximum doit par ailleurs décroître rapidement pour être cohérent avec les objectifs de 1,5°C et 2°C fixés par l’Accord de Paris ;
  4. instaurer un moratoire sur toute nouvelle augmentation de la fiscalité carbone en direction des ménages le temps de la mise en œuvre d’une politique fiscale redistributive permettant de a) réduire les inégalités b) réduire l’empreinte écologique des plus riches c) développer les alternatives au tout-voiture et à l’étalement urbain ; c’est à ces conditions que des taxes sur la consommation des carburants pourraient avoir un effet significatif en termes de réduction de la consommation.

J Gadrey

blogs.alternatives-economiques.fr/

Au Royaume-Uni

L’industrie du gaz de schiste au bord de l’effondrement

Ineos, une entreprise qui espérait exploiter du gaz de schiste outre-Manche, menace d’abandonner ses projets si les règles ne sont pas modifiées.

Un clou de plus vient d’être enfoncé dans le cercueil de l’industrie du gaz de schiste au Royaume-Uni. Ineos, l’une des entreprises les plus actives du secteur, menace de jeter l’éponge. Dirigée par Jim Ratcliffe, l’homme le plus riche du Royaume-Uni, la société estime que les normes antisismiques actuellement en place sont trop draconiennes, rendant la fracturation hydraulique presque impossible.

Lors d’une réunion qui s’est tenue le 23 novembre avec l’Oil and Gas Authority – le régulateur britannique –, dont le Financial Times a dévoilé le compte rendu lundi 15 avril, Ineos a estimé que les normes actuelles étaient « artificiellement basses ». « Ineos affirme que des limites [antisismiques] sensées, réalistes et soutenues par la science sont nécessaires, faute de quoi il a été clairement laissé entendre que l’entreprise arrêterait de demander des autorisations [de forage] », décrit le compte rendu.

Manifestations locales et lutte contre les permis de forer ont sensiblement ralenti l’action du secteur

L’avertissement d’Ineos intervient à un moment critique pour le gaz de schiste au Royaume-Uni. En 2011, la petite entreprise Cuadrilla, qui explorait un puits près de Blackpool, dans le nord-ouest de l’Angleterre, avait provoqué quelques tremblements de terre lors d’opérations de fracturation hydraulique. Le gouvernement britannique avait immédiatement instauré un moratoire, puis autorisé de nouveau les forages, mais en renforçant les normes.

Cet épisode a échaudé la population britannique, qui se bat désormais de façon systématique contre tous les projets de gaz de schiste. Manifestations locales et lutte contre les permis de forer ont sensiblement ralenti l’action de l’industrie, malgré le soutien ferme du gouvernement. Actuellement, il n’existe aucune production utilisant la fracturation hydraulique outre-Manche.

Pression sur les autorités publiques

Cuadrilla a cependant réussi à obtenir de haute lutte un nouveau permis d’exploration, toujours près de Blackpool. En octobre 2018, elle a commencé une opération de fracturation hydraulique, une première depuis sept ans. Pour l’ensemble du secteur, la réussite de ce projet est essentielle.

Mais la société n’arrive pas à mener à bien ces travaux d’exploration, butant sur les normes antisismiques. A chaque secousse de plus de 0,5 sur l’échelle de Richter, elle est obligée de marquer une pause de dix-huit heures. Or, ce niveau – impossible à ressentir naturellement – a déjà été atteint une dizaine de fois depuis le début des travaux.

Bloquée dans son travail, Cuadrilla a tenté de mettre la pression sur les autorités publiques pour desserrer l’étau des normes, mais le gouvernement britannique a émis une fin de non-recevoir. Ineos, qui a les poches beaucoup plus profondes, a renchéri dans le lobbying, comme le prouve le compte rendu de la réunion avec le régulateur.

Cette entreprise pétrochimique, qui possède des raffineries, rêve d’utiliser le gaz de schiste britannique comme matière première bon marché pour ses usines. Elle a donc acheté d’importants permis d’exploration dans plusieurs régions anglaises et a lancé un programme de consultation des populations locales. Cependant, elle ne cache pas son exaspération face aux multiples retards, elle qui espérait forer dès 2017. Si elle abandonnait la partie, le secteur du gaz de schiste britannique serait mort-né.

https://www.lemonde.fr/

Refus de l’extractivisme climaticide n° 387

Épuisement des ressources & Ravages de l’extractivisme

1/ Les grandes entreprises consomment de plus en plus d’eau sur la planète
Selon un rapport d’une ONG britannique, le rôle des entreprises industrielles dans la raréfaction de l’eau douce mondiale est considérable. Cependant, elles sont de plus en plus nombreuses à avoir conscience de leur vulnérabilité à cause de cette raréfaction.
https://reporterre.net/Les-grandes-entreprises-consomment-de-plus-en-plus-d-eau-sur-la-planete

2/ En Norvège, Kvalsund, en Laponie : Levée de boucliers contre un projet minier de cuivre
La petite ville de Kvalsund, en Laponie, sur les bords de la mer de Barents, a connu un moment d’effervescence inédit, lundi 8 avril. Profitant de la venue du ministre du commerce et de l’industrie Torbjorn Roe Isaksen (conservateur), de nombreuses associations environnementales et des militants sami ont manifesté leur opposition au projet de la société Nussir, du nom de la montagne qui surplombe la ville et recèle le plus gros gisement de cuivre de Norvège, ainsi que d’autres minerais : de l’or, de l’argent, du palladium ou du platine. Plusieurs milliers de personnes se sont dit prêtes à s’enchaîner pour bloquer le chantier, à l’instar de la chanteuse sami Mari Boine.
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/04/09/levee-de-boucliers-contre-un-projet-minier-en-laponie-norvegienne_5447807_3210.html
https://reporterre.net/La-Norvege-autorise-une-mine-de-cuivre-au-detriment-de-la-biodiversite-Arctique

3/ EPR de Flamanville : Fissures, soudures ratées… Comment le chantier s’est transformé en un fiasco à près de 11 milliards d’euros
https://yonnelautre.fr/spip.php?article10391

4/ L’avant-projet de loi sur le climat reste encore vague sur la fermeture des centrales à charbon
Dans une nouvelle version du texte, le gouvernement précise comment il entend défendre juridiquement la fermeture des quatre dernières centrales à charbon.
https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/04/12/charbon-l-avant-projet-de-loi-reste-vague-sur-la-fermeture-des-centrales_5449558_3244.html

5/ Shell nous garantit un avenir noir
La première génération de plateformes pétrolières offshore commence à se faire vieille et les gisements sous-marins en cours d’exploitation s’épuisent. Une centaine de plateformes devraient être démantelées d’ici 2030 en mer du Nord et en mer de Norvège. D’ici 2050, le nombre de plateformes à démanteler dans la même zone culminera à 500.
La décision 98/3 de la Convention OSPAR relative à l’élimination des installations offshore désaffectées instaure le principe de démantèlement complet des plateformes. Elle ouvre cependant la porte à des dérogations. Le diable se cache dans les dérogations. Shell a demandé dès février 2017 au gouvernement britannique l’autorisation d’abandonner ses 4 installations du champ Brent, au large des îles Shetland et de la Norvège. Trois d’entre elles sont des plateformes gravitaires en béton, la quatrième est une structure en acier. Shell envisage seulement le démontage et le retrait partiel des parties émergentes. Toutes les cellules de stockage et les infrastructures sous-marines resteraient en place.
http://www.robindesbois.org/shell-nous-garantit-un-avenir-noir/

6/ « L’homme a mangé la Terre », film documentaire de Jean-Robert Viallet : ARTE, mardi 30 avril à 22.10
De la révolution industrielle à aujourd’hui, un décryptage minutieux de la course au développement qui a marqué le point de départ de l’ère de l’anthropocène et de la déterioration continue de la planète.
https://arte-magazine.arte.tv/programme/39127

7/ Nucléaire : Genève porte plainte pour réclamer la fermeture de la centrale du Bugey
Genève (Suisse) vient de déposer une plainte pour demander la fermeture de la centrale nucléaire vieillissante du Bugey (Ain), tout près de la frontière. 90 incidents ont été recensés depuis les années 2000.
https://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/nucleaire-geneve-porte-plainte-pour-reclamer-la-fermeture-de-la-centrale-du-bugey_3399979.html

8/ Au Royaume-Uni, l’industrie du gaz de schiste au bord de l’effondrement
Ineos, une entreprise qui espérait exploiter du gaz de schiste outre-Manche, menace d’abandonner ses projets si les règles ne sont pas modifiées.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/04/16/au-royaume-uni-l-industrie-du-gaz-de-schiste-au-bord-de-l-effondrement_5450856_3234.html

9/ Le géant pétrolier Chevron, qui a saccagé l’Amazonie, échappe à la justice
Pendant 30 ans, la multinationale Chevron a exploité le pétrole de l’Équateur, créant un désastre écologique dans le territoire habité en Amazonie par les indigènes. Ils réclament justice. Une BD raconte leur long combat – 25 ans de procès – et les basses stratégies de Chevron pour ne pas payer sa dette.
https://reporterre.net/Le-geant-petrolier-Chevron-qui-a-saccage-l-Amazonie-echappe-a-la-justice

https://yonnelautre.fr/