Géothermie


Qui paie les pots fracturés ?

La chaleur extraite des profondeurs de la croûte terrestre peut fournir une énergie abondante et relativement bon marché. Problème : elle n’est pas renouvelable et l’État organise l’impunité des exploitants en cas de dégâts collatéraux dus à la fraction des sols.

La ressource géothermique en France est répartie de manière inégale sur le territoire. Les technologies d’extraction de chaleur diffèrent en fonction des disponibilités. Si une utilisation individuelle est possible partout, ce n’est pas le cas pour une exploitation industrielle réservée aux gros gisements. Extraction, gisements  : l’exploitation de la géothermie est contrôlée par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), gestionnaire du sous-sol en France. De fait l’État est le principal financeur des recherches en géothermie, même si certaines régions particulièrement favorisées comme l’Alsace investissent beaucoup dans cette énergie [1] quand d’autres régions ne se focalisent que sur des sites précis.

Ainsi, en Alsace, le site de Soultz-sous-Forêts est le premier site au monde dit EGS (Enhanced Geothermal System) – utilisant ce qu’ils appellent une «  injection de stimulants chimiques  » – à avoir été raccordé au réseau électrique. Depuis 2008, il fournit l’équivalent de 1,5 MW de production nette sur le réseau électrique. [2]

La gestion du risque géothermique

Le point fort de la géothermie est sa forte rentabilité  : quand la chaleur de l’eau extraite est suffisante, elle peut être utilisée directement sans conversion pour du chauffage. Dans le cas contraire son utilisation par l’intermédiaire d’une pompe à chaleur est aussi d’un bon rendement… au moins en hiver. La question est différente en été quand la géothermie sert par exemple à alimenter des climatiseurs.

La question du risque géothermique a déjà été évoquée dans les années 1980 quand, à la suite des chocs pétroliers, les premières installations ont été lancées. Il s’agissait alors pour les lobbies du pétrole de couper court à toute alternative. Pourtant il ne s’agissait pas d’un pur fantasme.

Le risque principal lié à la géothermie est une conséquence des forages, aujourd’hui complétés par des techniques d’injection d’acide dans les roches  : la pression augmentant considérablement avec la profondeur, il peut se produire une fracturation des sols aboutissant à une complète déstructuration de la roche mère.

Évidemment, le risque croît avec la taille de l’installation. Concernant la géothermie profonde, le cas d’école est la fracturation hydraulique sur un site près de Bâle (Suisse) qui a provoqué en 2006 un séisme de faible magnitude. Le sous-sol de tout un quartier et les fondations de plus de 400 habitations se sont retrouvés fracturés.

Aujourd’hui encore il est difficile d’évaluer les risques de cette technologie encore expérimentale. Pour protéger les entreprises l’État a fondé un fond de soutien aux exploitants, d’abord pour compenser les pertes quand les forages ne permettent pas d’accéder à des ressources exploitables. Pour faire bonne mesure, les dégâts éventuels liés à l’exploitation de la ressource ne seront pas pris en charge par une quelconque assurance privée, ni par un fond étatique.

Pour ce qui est des risques liés aux installations individuelles, les causes peuvent êtres multiples, mais le cas le plus grave recensé est celui de Lochwiller en Alsace en 2008. Deux entreprises effectuent alors un forage à 60 mètres de profondeur sur une colline pour alimenter le chauffage d’une maison. Pas de chance  : le sol gonfle et provoque un effondrement partiel de la colline. En 2019, la situation géologique n’a toujours pas été stabilisée et le village menace d’être enseveli. Face à cette catastrophe, les installateurs sont dédouanés de toute responsabilité par la justice. Les propriétaires de cette maison de lotissement sont considérés comme exploitants de forage, et doivent payer les travaux sur le captage (travaux sans solution technique). Aucune solution financière n’est pour l’instant en cours pour les maisons fracturées, ou pour les futurs dégâts potentiels sur le village.

Transition énergétique ou piège à fric ?

Un certain nombre de projets ont été et sont toujours prometteurs du point de vue de la transition énergétique, comme la captation des nappes souterraines localisées. L’agglomération parisienne, qui est bien pourvue, dispose d’un réseau fiable de plus de 200 000 logements chauffés à l’eau chaude extraite de nappes souterraines. Le chauffage par l’énergie géothermique est ainsi un système fort efficace.

Mais comme toute ressource énergétique, la géothermie est gangrenée quand les investisseurs cherchent à établir des monopoles d’exploitation et de distribution, et que l’État organise leur irresponsabilité. Et quand la géothermie profonde cherche à exploiter des ressources extraites de roches proches du magma, il est difficile de les qualifier de poches d’eau chaude atteignables sans dangers.

L’exemple du réseau de Strasbourg, qui devrait fournir 80 % de la chaleur de la ville, se fait sans garanties de démantèlement des centrales ou de dédommagement éventuel.

Or, cette énergie – qualifiée de renouvelable – puise de la chaleur pour rejeter du froid dans les sous-sols. Cette eau est radioactive, et les échanges de fluide refroidissent le sous-sol. Au final la durée d’extraction n’est pas supérieure à trente ans dans le meilleur des cas, pour une reconstitution du gisement estimée à cent cinquante ans minimum. Ces estimations ne prennent pas en compte la déstructuration de la roche mère et les tonnes d’acides injectés, ni le risque radiologique, qui seront payées au final par les habitantes et habitants.

Face à la géothermie, il est nécessaire de combattre la concentration capitaliste pour favoriser des gestions collectives et raisonnée des projets  : que l’énergie reste aux mains des personnes concernées, utilisant des techniques maîtrisées dans des installations de taille modérée et pour un usage d’abord local.

 [1« Géothermie : Strasbourg, bientôt capitale du capitalisme vert ? », sur Alsace.alternativelibertaire.org

[2« La centrale pilote EGS de Soultz-Sous-Forêts, Alsace », sur Geothermie-perspectives.fr

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